Politique

Gabon : Okala, le choix du dialogue

Libreville, Lundi 14 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Okala, le gouvernement joue plus qu’un chantier routier. Il joue une méthode. Face aux inquiétudes des riverains sur les conséquences foncières du projet d’élargissement de la voie, les autorités ont choisi de revenir vers les populations, d’expliquer le projet et de laisser l’expertise technique préciser son impact avant toute décision définitive.

La rencontre du samedi 12 septembre marque ainsi une étape importante dans un dossier où la modernisation de Libreville doit désormais composer avec un impératif tout aussi stratégique, celui du respect des droits des habitants.

Autour de la table se trouvaient notamment le ministre de l’Intérieur Adrien Nguema Mba, le ministre du Logement Mays Mouissi, la gouverneure de l’Estuaire Marie-Françoise Dikoumba, ainsi que les maires de Libreville et d’Akanda et plusieurs responsables locaux. Le message gouvernemental est désormais assumé. Il faut aller vers les populations et expliquer avant d’agir. Cette méthode prolonge la première concertation organisée le 2 septembre avec le collectif des habitants concernés.

Le principe du projet reste inchangé. Il s’agit d’améliorer la circulation sur l’axe reliant Okala à Kanal 7 et de préparer la desserte des futures infrastructures structurantes de la zone. Parmi elles figure le futur Institut des maladies cardio-neurovasculaires prévu sur l’ancien site de Delta Postal. La qualité de l’accès à cet établissement donnera à la route une dimension sanitaire autant qu’urbaine.

Mais pour atteindre cet objectif, le gouvernement doit désormais répondre à une question délicate. Jusqu’où faire passer la route sans sacrifier inutilement les habitations et les droits fonciers qui existent déjà.

L’ANUTTC constitue à cet égard la pièce maîtresse du dispositif. Les études doivent être reprises afin de déterminer avec précision les parcelles et constructions effectivement concernées. Les services techniques évoquent un impact différent selon les côtés de la voie, avec une emprise nettement plus importante sur certaines portions allant de trois à seize mètres. Les biens affectés devront être recensés et évalués avant que ne soient arrêtées les modalités d’accompagnement des familles.

Cette séquence est essentielle, car elle établit une distinction entre l’emprise théorique d’un projet et son impact réel sur les personnes. Elle peut également éviter qu’une infrastructure nécessaire ne se transforme en crise sociale par défaut d’information.

Le Gabon possède déjà une expérience récente de cette approche. En août, 79 familles affectées par des projets routiers à Akémi-Ndjogoni et à la Baie des Cochons ont bénéficié d’une indemnisation globale de 560 millions de FCFA, au terme d’un processus d’identification et d’évaluation des biens.

Okala devient donc un nouveau test. Le gouvernement doit démontrer qu’il est possible de construire plus vite sans construire plus brutalement. La route est nécessaire, mais la manière de la construire compte presque autant que son tracé.

Le porte-parole du collectif des habitants, Édouard Ekomie, a d’ailleurs reconnu à l’issue des échanges que les populations étaient désormais davantage éclairées sur le projet. Ce signal est important. Le dialogue ne signifie pas que tous les désaccords disparaissent. Il signifie que les décisions peuvent être précédées d’une discussion permettant de réduire les incompréhensions et de rechercher des solutions techniques plus équilibrées.

C’est précisément ce qui donne à Okala une portée nationale. Dans une capitale en pleine transformation, les routes, les hôpitaux et les grands équipements vont inévitablement modifier le tissu urbain. La vraie modernisation ne consistera donc pas seulement à ouvrir de nouvelles voies. Elle devra aussi installer une culture administrative où l’étude précède la démolition, où l’information précède l’exécution et où l’indemnisation accompagne l’effort collectif.

Le projet d’Okala est ainsi une épreuve de crédibilité pour l’État. S’il parvient à améliorer la circulation, sécuriser l’accès au futur pôle hospitalier et limiter les destructions tout en respectant les droits des riverains, il offrira un modèle reproductible pour les prochains chantiers du Grand Libreville.

Une ville moderne ne se construit pas contre ses habitants. Elle se construit avec eux. À Okala, le gouvernement semble avoir compris que le dialogue n’est pas un ralentissement du développement. Il peut en devenir la condition de réussite.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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