Politique

Gabon : Quid de l’UN après sa réhabilitation ?

Libreville, Jeudi 26 février 2015 (Infos Gabon) – Le retour dans la légalité de l’Union Nationale, parti de l’opposition gabonaise dissout en 2011 par le ministre de l’intérieur de l’époque, est l’un des centres d’intérêt des débats politiques ou partisans au Gabon en ce moment, à coté de fortes grognes sociales et des négociations y relatives avec les pouvoirs publics.

En effet, les passions partisanes vont certainement être exacerbées par les joutes et débats politico-juridiques qui vont suivre la récente réhabilitation de l’Union Nationale (UN) par les autorités en place.

Ainsi en est-il de la question du repositionnement légal et politique de l’UN dans l’opposition. Sur ce point, on observe que du temps où il (UN) était interdit, certains de ses responsables ont néanmoins, tantôt signé des conventions de regroupement de partis politiques, tantôt participé aux meetings politiques de ceux-ci, en dépit des réserves et interdictions venant des pouvoirs publics.

Il apparait d’emblée que sur la question du repositionnement politique de l’UN, il n’y aurait pas de problème sur ce que ce parti reste dans l’opposition au pouvoir, Parti Démocratique Gabonais (PGD) et ses alliés actuels. Il s’agit de l’expression d’une liberté de choix politique de valeur constitutionnelle.

Après quoi se poserait immédiatement la question du leadership dans l’UN, quant on sait le charisme d’un André Mba Obame ou d’un Zacharie Myboto dans un groupement politique ? Et de même si Jean Ping et Jacques Adiahinot et d’autres du Front y adhéraient ? Autrement dit il y a la problématique des auras des uns et des autres. Notamment d’un Jean Eyeghe Ndong qui a été tête de file des indépendants lors des dernières élections municipales et sénatoriales à Libreville. Avec lui les indépendants ou l’UN masqués, auront raflé plus du tiers des conseillers municipaux à Libreville. Certains y voient une plus value de l’influence dans l’UN du natif de Nkémbo face au président Myboto, par exemple.

Mais l’autre question est de savoir quelle place occupera l’UN dans le Front Uni de l’Opposition pour l’Alternance (FUOPA) et même dans l’UFC ? A savoir quelle sera la valeur juridique des engagements conventionnels pris par M. Myboto dans l’UFC, l’Union des Forces pour l’Alternance (UFA) et dans le FUOPA, du temps où l’UN était dissoute. Bref, quel destin juridique peut-on réserver aux actes clandestins ou informels des anciens responsables de l’UN dissoute ? N’est ce pas l’effacement pure et simple, si l’on considère que l’UN n’a recouvré sa capacité juridique de nouer des alliances politique que depuis le 4 janvier dernier. Mais alors comment rattraper les choses qui plus ont bien évolué entre l’UN et l’UFC, l’UFA et peut être fraichement avec le FUOPA.

L’autre grande question est celle de la bannière politique sous laquelle les indépendants élus des dernières élections, que l’on sait militants de l’UN, vont-ils siéger au sénat et dans les conseils départementaux et municipaux du pays ? Ce d’autant qu’ils ont été élus et siégeraient même déjà sous la bannière d’indépendant et que la réhabilitation intervient après. La loi n’est pas rétroactive tout comme les décisions administratives diraient les juristes. Les autres hypothèses qui sont que « l’on doit considérer la situation d’avant » ou celle de « la reconnaissance de facto des élus de l’Union Nationale », ne seraient alors que pure arrangement ou apaisement politique.

Car en effet, il se poserait un problème de trésorerie de l’UN si les indépendants élus ne sont pas considérés comme élus de l’UN, on parle quand même de 235 élus locaux et 9 sénateurs entre Libreville, Oyem, Bitam , Medouneu, Mounana et ailleurs.

Puis dans l’un ou l’autre cas de reconnaissance ou non des élus indépendants comme élus de l’UN, soit l’UN se retrouvera sans élus, soit auréolée de ses élus, elle pourrait devenir la première force politique de l’opposition. Au point de ravir cette place tenant au nombre d’élus nationaux et locaux, au Parti Social Démocrate (PSD) de Pierre Claver Maganga Moussavou, qui trône à la Mairie de Mouila (La Ngounié) et qui garderait la primeur de la représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale.

Puis suivrait le Parti pour le Développement et la Solidarité Sociale (PDS) de Me Séraphin Ndaot, qui pèse 54 élus locaux de l’opposition (Akanda, Gamba et Port-Gentil), en dépit de sa souscription au pacte sociale proposé par le Président la République. Le motif en serait purement et simplement de combat social contre la pauvreté et la précarité. L’autre formation politique qui compte en termes d’élus est l’Union Pour la Nouvelle République (UPNR) de Me Louis Gaston Mayila, avec un député et des élus locaux. Il y a l’Union du Peuple Gabonais (UPG) du défunt Pierre Mamboundou, qui détient aussi des élus locaux de l’opposition (3e arrondissement de Libreville et Ndendé).

Les choses devraient donc mieux se préciser dans les jours à venir surtout dans la perspective des élections présidentielles 2016 en vue desquelles des manœuvres et stratégies sont peaufinées par les unes et les autres intérêts politiques compris.

Les pouvoirs publics, la tutelle des partis politiques et même la Cour constitutionnelle, juge des élections et gardienne du multipartisme, devraient pouvoir être sollicités pour repréciser cette configuration du paysage politique gabonais, la démocratie gabonaise s’illustrant par la vivacité de l’activité politique, à coté de l’expression des libertés et revendications des droits sociaux.

Le pouvoir a donc la charge de juguler au mieux ces préoccupations politiques et sociales, en dépit du contexte économique de chute du prix du baril de pétrole.

FIN/INFOSGABON/AM/2015

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