Gabon : ouverture sous tension d’une session spéciale de la Cour criminelle de Libreville
Libreville, Lundi 10 Novembre 2025 (Infos Gabon) – Une atmosphère lourde et tendue régnait ce lundi matin au Palais de justice de Libreville, où s’est ouverte une session spéciale de la Cour criminelle consacrée à l’examen de plusieurs dossiers sensibles. Devant les juges, plusieurs personnalités arrêtées à la suite du “coup de libération” du 30 août 2023 comparaissent pour divers chefs d’accusation, dans une procédure très attendue et scrutée de près par l’opinion nationale et internationale.
Parmi les accusés présents dans la salle d’audience figuraient notamment Steeve Nziego Dieko, Cyriaque Mvouranziami, Gabin Otha, Ian Ngoulou et Jessye Ella Ekogha, ainsi que d’autres anciens proches collaborateurs de l’ancien régime. Le public, composé d’avocats, de familles, de journalistes et d’observateurs, a assisté à une ouverture d’audience plusieurs fois suspendue.
Une audience marquée par un incident procédural
L’un des faits marquants de la matinée a été l’absence de Mohamed Saliou Oceni Abdul, également cité parmi les prévenus. Le ministère public a précisé que l’intéressé « se trouve bien au centre pénitentiaire de Libreville », mais qu’il n’a pu être extrait de sa cellule pour raison médicale. Le directeur de la prison centrale a confirmé que son état de santé nécessitait un report de sa comparution, précisant que l’intéressé pourrait être présent dès mardi.
Face à cette situation, la Cour a prononcé deux suspensions successives, illustrant la complexité logistique et juridique d’une audience à forte portée symbolique, où chaque détail est scruté avec attention.
Un climat de tension à l’extérieur du Palais de justice
Alors que les débats se poursuivaient à l’intérieur, une manifestation s’est tenue à l’extérieur du Palais de justice, menée par un collectif se présentant comme les “Indignés du Gabon”. Ces derniers réclament la comparution effective de l’ancien coordinateur général des affaires présidentielles, Noureddine Bongo Valentin, et de l’ancienne Première Dame, Sylvia Bongo Ondimba, absents du procès.
Les deux membres de la famille Bongo qui séjournent à Londres (Grande Bretagne), ont refusé de se présenter à l’audience, invoquant le manque de garanties pour un procès équitable; selon les conseils de leurs avocats. Dans un entretien diffusé sur les réseaux sociaux, Noureddine Bongo a justifié cette décision par “la crainte d’un procès politique”, estimant que certaines conditions préalables n’étaient pas réunies pour assurer la transparence et la neutralité de la procédure.
La justice défend un procès équitable
En réponse à ces accusations, le Procureur général près la Cour d’appel de Libreville a tenu à réaffirmer “le caractère pleinement équitable et contradictoire de la procédure”. Il a assuré que toutes les garanties légales et constitutionnelles sont respectées et que les droits de la défense sont garantis à chaque étape. « Personne n’est au-dessus de la loi. Tous les accusés bénéficieront des mêmes droits, y compris ceux qui ont choisi de ne pas comparaître », a-t-il déclaré.
Les autorités judiciaires ont par ailleurs confirmé que Sylvia Bongo et son fils seront jugés par contumace, conformément aux dispositions du Code de procédure pénale.
Un procès symbolique pour la “Cinquième République”
Cette session de la Cour criminelle spéciale marque une étape importante du processus judiciaire post-transition, entamé après la prise de pouvoir du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le 30 août 2023. Présenté par les autorités comme un “coup de libération”, cet épisode a mis fin à l’ancien régime et ouvert une période de refondation institutionnelle.
Pour de nombreux observateurs, ce procès revêt une portée historique et politique majeure : il s’agit à la fois de solder les comptes du passé, de restaurer la confiance dans la justice, mais aussi de démontrer que la lutte contre la corruption et les abus de pouvoir s’applique à tous, sans distinction de rang.
Toutefois, certains analystes appellent à la prudence et à la transparence, rappelant que la justice doit se garder de toute instrumentalisation politique pour demeurer un pilier de la reconstruction nationale.
Une première journée suspendue entre attentes et prudence
Alors que les débats se poursuivent cet après-midi, les regards restent tournés vers la Cour criminelle spéciale. Entre l’attente d’une justice apaisée et impartiale et les crispations d’une opinion publique encore marquée par les fractures du passé, ce procès pourrait devenir un test majeur pour la nouvelle ère institutionnelle du Gabon.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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