Gabon : Okondja relance son destin agricole
Libreville, Vendredi 3 Avril 2026 (Infos Gabon) – Dans un pays longtemps dépendant de ses ressources minières, un accord signé à Libreville pourrait bien redessiner l’avenir d’un territoire oublié des politiques agricoles.
La Caisse de Stabilisation et de Péréquation (Caistab) et la Plantation des Cafés d’Ondjèye ont scellé un partenariat stratégique qui dépasse largement le cadre d’une simple convention économique. Derrière cet acte, c’est une ambition plus vaste qui se dessine : reconnecter le Haut-Ogooué à son potentiel agricole et offrir aux populations d’Okondja une alternative crédible à l’économie extractive.
Un partenariat structurant pour toute une filière
Signé mercredi sous l’égide du Directeur général de la CAISTAB, Ismaël Oligui Gnamalengoungou, et représenté côté plantation par Joël Ngoueneni Ndezougma, au nom de Jean-Pierre Lemboumba Lepandou, cet accord marque un tournant pour la filière café au Gabon.
Concrètement, la CAISTAB s’engage à accompagner l’exploitation agricole d’Ondjèye sur toute la chaîne de valeur : de la production à la commercialisation, y compris à l’international. Un appui déterminant dans un secteur longtemps abandonné, où les producteurs ont souvent souffert d’un manque de débouchés structurés.
Ce soutien institutionnel redonne ainsi de la visibilité et de la crédibilité à une filière qui cherche à renaître.
Un levier économique direct pour les populations
Au-delà des engagements institutionnels, ce partenariat porte des promesses concrètes. La plantation, qui s’étend sur près de 200 hectares, devrait générer environ 150 emplois directs et indirects. Un chiffre qui, à l’échelle d’Okondja, représente bien plus qu’une statistique : une opportunité concrète de stabilisation sociale et économique.
Dans une région marquée par le chômage et l’exode rural, cette dynamique pourrait inverser la tendance. Elle offre aux jeunes une perspective locale, là où l’absence d’opportunités les pousse souvent vers les grands centres urbains.
La renaissance d’une mémoire agricole
Ce projet ne se limite pas à une logique de rentabilité. Il s’inscrit dans une reconquête identitaire. Car avant l’essor des industries extractives, le Haut-Ogooué était une terre agricole vivante, où la caféiculture structurait l’économie locale.
Au fil des décennies, cette tradition s’est éteinte, emportée par les mutations économiques et sociales. Les terres ont été délaissées, les savoir-faire oubliés. Ce partenariat vient précisément combler ce vide.
Il réactive une mémoire collective et redonne sens à un héritage longtemps négligé. Il rappelle une évidence simple : la richesse d’un territoire ne se limite pas à son sous-sol.
Diversifier pour exister autrement
Okondja est connue pour ses ressources minières, notamment le manganèse. Mais cette dépendance a montré ses limites. L’accord avec la Plantation des Cafés d’Ondjèye ouvre une autre voie : celle de la diversification économique.
En misant sur l’agriculture, le territoire s’inscrit dans une logique plus durable. Une économie qui repose sur la terre, sur le travail humain, sur des cycles reproductibles. Une économie moins vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux des matières premières. Ce choix stratégique pourrait, à terme, transformer le modèle de développement local.
Un appel à l’engagement collectif
Pour que cette initiative tienne ses promesses, elle ne peut rester isolée. Elle appelle une mobilisation plus large : celle des élites locales, de la diaspora, de la société civile.
L’idée d’organiser des assises sur le retour à la terre prend ici tout son sens. Il s’agit de transformer une opportunité ponctuelle en véritable projet de territoire. De faire de l’agriculture un pilier structurant, et non une activité marginale.
Une démonstration politique et économique
Ce partenariat envoie un message clair : le Gabon peut produire, transformer et valoriser ses propres ressources agricoles. Il peut créer de la richesse autrement, en s’appuyant sur ses territoires et ses populations.
Mais il pose aussi une question fondamentale : cette initiative sera-t-elle un modèle reproductible ou restera-t-elle une exception ? Car au fond, l’enjeu dépasse Okondja. Il concerne toute une nation en quête de diversification et de souveraineté économique.
Une vérité qui s’impose
La terre, contrairement aux ressources extractives, ne s’épuise pas lorsqu’elle est bien exploitée. Elle se régénère, elle nourrit, elle structure.
En relançant la caféiculture à Okondja, ce partenariat ne fait pas que créer des emplois. Il redonne une direction, une dignité et une perspective à toute une région. Reste désormais à savoir si cette impulsion sera amplifiée. Ou si, une fois encore, une opportunité historique sera laissée en friche.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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