Forêts communautaires : le Gabon confie 28 000 hectares à ses villages
Libreville, Dimanche 5 Avril 2026 (Infos Gabon) – À Meteck-Mavi, dans le département du Komo-Océan, le Gabon a posé un acte politique majeur qui pourrait redéfinir durablement son modèle de développement : attribuer plus de 28 000 hectares de forêts à des communautés rurales.
Derrière cette décision, annoncée le 3 avril dernier par le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, se joue bien plus qu’un simple transfert foncier. C’est une nouvelle philosophie du développement qui s’affirme, fondée sur l’inclusion, la responsabilisation des populations et la valorisation durable des ressources naturelles.
Longtemps perçues comme des espaces éloignés des centres de décision, les zones rurales deviennent ici des territoires stratégiques. À travers la création de six forêts communautaires au profit d’associations villageoises, notamment celles de Meteck Mevie, Avole Begone Be Ya Nkoma, Mvam, Ndzomoe et Ekatso, l’État opère un rééquilibrage silencieux mais déterminant : celui du pouvoir économique et territorial.
Ce dispositif, prévu par le Code forestier de 2001, permet aux communautés organisées d’accéder gratuitement à des portions du domaine forestier national. Mais au-delà du cadre légal, c’est une logique de rupture qui se dessine. Le Gabon ne se contente plus de gérer ses forêts depuis le sommet de l’État ; il choisit désormais de les partager avec ceux qui les vivent au quotidien. Une évolution qui traduit une compréhension plus fine des enjeux contemporains : la durabilité ne peut exister sans appropriation locale.
L’enjeu est d’abord social. En donnant aux populations rurales les moyens d’exploiter et de valoriser leurs ressources, l’État lutte directement contre l’exclusion économique et l’exode rural. Là où les villages perdaient progressivement leurs forces vives, cette initiative ouvre une perspective nouvelle : celle d’un développement enraciné, capable de fixer les populations et de recréer une dynamique locale. La forêt cesse alors d’être un simple patrimoine naturel pour devenir un outil de transformation économique.
Mais l’ambition est également économique. Les communautés bénéficiaires sont encouragées à diversifier leurs activités, au-delà de l’exploitation du bois. Produits forestiers non ligneux, agriculture durable, cueillette, transformation locale : autant de filières qui peuvent générer des revenus, créer des emplois et structurer de véritables économies rurales. L’appui de partenaires internationaux, comme l’Initiative des Forêts d’Afrique Centrale (CAFI), vient renforcer cette dynamique en apportant expertise technique et soutien financier.
Dans cette perspective, la forêt gabonaise change de statut. Elle n’est plus uniquement une richesse à préserver ou à exploiter à grande échelle ; elle devient un levier de développement inclusif. Cette approche permet également de répondre aux exigences internationales en matière de gestion durable, en garantissant une exploitation mieux contrôlée, plus transparente et plus respectueuse des équilibres écologiques.
Car l’enjeu environnemental reste central. En confiant ces espaces aux communautés, le Gabon fait le pari que ceux qui vivent de la forêt seront aussi les premiers à la protéger. Une logique qui s’oppose aux modèles extractifs souvent responsables de dégradations irréversibles. Ici, la durabilité n’est pas imposée de l’extérieur : elle devient une nécessité économique et sociale pour les populations elles-mêmes.
Cependant, le succès de cette politique dépendra de sa mise en œuvre. La formation des communautés, l’encadrement technique, la transparence dans la gestion et l’accès aux marchés seront déterminants. Sans ces conditions, le risque serait de voir cette ambition se diluer dans les contraintes du terrain. Mais si ces défis sont relevés, le Gabon pourrait bien s’imposer comme un modèle en Afrique en matière de gouvernance forestière participative.
Cette décision marque ainsi un tournant. Elle traduit une volonté claire : faire du développement durable une réalité concrète, ancrée dans les territoires et portée par les populations elles-mêmes. En redonnant la forêt à ceux qui la vivent, le Gabon ne se contente pas de corriger une inégalité historique. Il pose les bases d’un nouveau contrat social et économique.
Le message est fort : l’avenir du pays ne se construira pas uniquement dans les grandes villes ou dans les industries extractives, mais aussi, et peut-être surtout, dans ses villages, là où la terre, la forêt et les hommes peuvent, enfin, avancer ensemble.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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