Economie

Manganèse : le paradoxe gabonais entre richesse minière et blocages logistiques

Libreville, lundi 20 Avril 2026 (Infos Gabon) – Une production en recul malgré un potentiel intact. Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, voit pourtant son principal levier minier ralentir.

En 2025, la production nationale a reculé de 2,5 %, selon la Direction générale de l’Économie et de la Politique fiscale, pour s’établir autour de 9,1 millions de tonnes, contre 9,4 millions en 2024. Un repli qui s’inscrit dans une tendance préoccupante, après une baisse déjà significative de 5,3 % l’année précédente. Derrière ces chiffres, un constat s’impose : le problème n’est plus dans le sous-sol, mais à la surface.

Le transport, talon d’Achille du secteur

Si les gisements de Moanda et Franceville continuent de démontrer leur robustesse, comme en témoigne la hausse de 10,8 % de la production au quatrième trimestre 2025, cette dynamique reste freinée par un verrou logistique persistant. L’évacuation du minerai vers le port d’Owendo demeure le principal goulot d’étranglement.

Au cœur de cette contrainte, les travaux du Transgabonais, indispensables à long terme, mais pénalisants à court terme. Le Projet de Remise à Niveau de la voie ferrée ralentit la cadence des trains minéraliers, réduisant mécaniquement les volumes exportés. À cela s’ajoutent des fragilités structurelles : infrastructures vieillissantes à Ndjolé, lenteurs administratives dans l’octroi de permis pour des sites stratégiques comme Biniomi et Bordeaux, et une coordination logistique encore perfectible.

Une stratégie nationale sous pression

Ce recul intervient à un moment charnière. Le Gabon affiche clairement son ambition : transformer localement le manganèse avant exportation, afin de capter davantage de valeur ajoutée. Mais cette stratégie industrielle exige une chaîne logistique fluide et performante, condition sine qua non pour attirer les investissements et garantir la compétitivité.

En l’état, le décalage entre potentiel extractif et capacité d’acheminement fragilise cette ambition. Le pays produit, mais peine encore à exporter efficacement. Un paradoxe qui souligne les limites d’un modèle encore trop dépendant de ses infrastructures.

Un tournant décisif pour 2026

L’année 2026 s’annonce donc déterminante. Plus qu’une simple reprise de la production, c’est une refonte du système logistique qui est attendue. Modernisation ferroviaire, simplification administrative, optimisation des flux : autant de chantiers urgents pour aligner les capacités du pays avec ses ambitions.

Car au-delà des statistiques, l’enjeu est stratégique. Dans un contexte mondial de transition énergétique, le manganèse est un minerai clé. Le Gabon dispose des ressources pour peser davantage. Reste à lever les obstacles qui freinent encore son élan.

Sans cela, la richesse minière du pays continuera de buter sur une réalité implacable : produire ne suffit plus, il faut savoir acheminer, transformer et valoriser. C’est à ce prix que le manganèse gabonais pourra pleinement jouer son rôle dans la souveraineté économique du pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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