Environnement

Forêts, richesse oubliée : le pari des champions gabonais

Libreville, Dimanche 26 avril 2026 (infos Gabon) – Dans un pays où la forêt représente à la fois un patrimoine écologique et un potentiel économique encore sous-exploité, le Gabon tente un virage stratégique.

À Libreville, l’Agence Gabonaise de Développement de l’Économie Verte (AGADEV) a officiellement lancé un programme inédit : faire émerger une élite d’entrepreneurs capables de transformer les produits forestiers non ligneux en véritable moteur de croissance.

Derrière cette initiative, une ambition claire : sortir du modèle extractif pour bâtir une économie de transformation ancrée localement.

Transformer la forêt en valeur économique

Le programme des Champions Nationaux Produits Forestiers Autres que le Bois d’Œuvre (PFABO) s’inscrit dans une dynamique de rupture. Il ne s’agit plus simplement d’exploiter la forêt, mais de la valoriser autrement. Raphia, résine d’okoumé, noix de moabi : ces ressources longtemps considérées comme secondaires deviennent aujourd’hui des leviers stratégiques.

Lors de la cérémonie de lancement lundi, la ministre du Commerce, Gninga Chaning Zenaba, a insisté sur cette mutation. L’objectif est clair : accompagner les acteurs locaux vers une montée en gamme, en passant de la cueillette à la transformation, puis à la commercialisation. Une évolution qui pourrait redéfinir les chaînes de valeur nationales et créer des emplois durables.

Un programme structurant mais encore fragile

Pensé sur douze mois, le dispositif porté par l’Agence Gabonaise de Développement de l’Économie Verte repose sur un accompagnement complet : diagnostic des entreprises, structuration financière, renforcement des capacités, accès aux marchés et préparation à l’export. Quinze entrepreneurs ont été sélectionnés pour incarner cette première génération de “champions”.

À la tête de l’agence, Scyrielle P. Sende Etali assume une vision ambitieuse : faire émerger des entreprises capables de porter les produits gabonais sur les marchés internationaux. Elle rappelle que la transformation locale est la clé d’une souveraineté économique durable.

Mais derrière l’élan, une réalité interpelle. La faible participation des nationaux à l’appel à candidatures révèle un paradoxe : alors même que les opportunités existent, elles peinent encore à mobiliser. Un signal préoccupant pour une stratégie qui repose précisément sur l’appropriation locale.

Encadrer pour réussir : le rôle clé des mentors

Pour maximiser les chances de succès, le programme s’appuie sur trois figures reconnues de l’entrepreneuriat : Selena Souah, Folly Koussawo et Serge Patrick Amissah. Leur mission dépasse le simple accompagnement technique : il s’agit de transformer des initiatives individuelles en projets viables, compétitifs et exportables.

Ce choix stratégique traduit une volonté de professionnaliser un secteur encore largement informel. Car sans structuration, les ressources naturelles, aussi abondantes soient-elles, restent des richesses dormantes.

Une vision économique en mutation

Au-delà des quinze bénéficiaires, c’est un modèle économique qui se dessine. Le Gabon cherche à démontrer qu’il est possible de générer de la richesse sans compromettre ses écosystèmes. Une équation complexe, mais essentielle dans un contexte mondial marqué par la transition écologique.

Le soutien affiché de la Première Dame, Zita Oligui Nguema, marraine du programme, illustre l’importance politique accordée à cette initiative. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à faire du capital naturel un pilier de diversification économique.

L’enjeu de l’appropriation nationale

Reste une question centrale : les Gabonais saisiront-ils cette opportunité ? Car au-delà des dispositifs, la réussite dépendra de l’engagement des acteurs locaux. Sans eux, même les politiques les plus ambitieuses risquent de rester lettre morte.

Le programme PFABO ne se limite pas à un accompagnement entrepreneurial. Il constitue un test grandeur nature de la capacité du pays à transformer ses ressources en richesse durable. Une démonstration que la forêt, loin d’être un simple héritage, peut devenir un levier stratégique de souveraineté économique.

En lançant cette initiative, le Gabon envoie un signal fort : l’avenir ne se jouera plus uniquement dans l’exploitation brute des ressources, mais dans leur transformation intelligente. Encore faut-il que cette vision soit partagée, portée et incarnée. Car c’est là, plus que dans les discours, que se jouera le véritable tournant.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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