Banques gabonaises : La croissance en question
Libreville, Lundi 27 Avril 2026 (Infos Gabon) – Le système bancaire gabonais affiche des signaux contrastés. Au quatrième trimestre 2025, les établissements financiers ont enregistré une progression de 2,2 % de leur total de bilan.
Une performance en apparence encourageante, mais qui masque des fragilités structurelles susceptibles de peser sur la dynamique économique à moyen terme.
Une croissance tirée par les fonds propres
Derrière cette hausse modérée, un moteur principal : le renforcement des capitaux propres, en progression de 8,2 % sur la période. Ce mouvement traduit un effort de consolidation du secteur, dans un environnement où la solidité financière devient un impératif face aux incertitudes économiques.
Mais cette amélioration de la structure des bilans ne suffit pas à dissiper toutes les inquiétudes. Car dans le même temps, les dépôts de la clientèle reculent de 2,9 %, révélant une tension progressive sur les ressources des banques.
Le crédit repart, la liquidité se resserre
Autre indicateur clé : les crédits bruts enregistrent une hausse marquée de 14,4 % sur le trimestre. Une évolution qui témoigne d’un regain de la demande de financement et d’un certain dynamisme de l’économie réelle.
Cependant, cette expansion du crédit s’accompagne d’un déséquilibre croissant. Le ratio de couverture des crédits par les dépôts tombe à 126,2 %, contre 137 % trois mois plus tôt. En d’autres termes, les banques prêtent davantage, mais avec des marges de liquidité plus réduites.
Ce resserrement, encore maîtrisé, constitue néanmoins un signal d’alerte. Car il limite la capacité du système à soutenir durablement l’investissement.
Le risque des créances en souffrance
À cette équation s’ajoute une autre variable sensible : la qualité des portefeuilles. Les créances en souffrance représentent désormais 9,7 % des crédits bruts. Si ce ratio recule légèrement par rapport au trimestre précédent, leur progression en valeur reste préoccupante, avec une hausse de 3,9 % sur trois mois et de plus de 21 % sur un an.
Cette tendance pourrait inciter les banques à adopter une posture plus prudente, voire restrictive, dans l’octroi de nouveaux crédits. Un risque non négligeable dans un contexte où le financement de l’économie demeure un levier central de croissance.
Une dynamique annuelle robuste mais fragile
Sur l’ensemble de l’année 2025, les indicateurs restent globalement orientés à la hausse : +27,1 % pour le total de bilan, +7,7 % pour les dépôts et +12,4 % pour les crédits. Des chiffres qui confirment le rôle du secteur bancaire comme moteur de l’activité économique nationale.
Mais cette dynamique repose sur un équilibre précaire. La baisse récente des dépôts et la montée des créances douteuses pourraient freiner cette trajectoire si des ajustements ne sont pas opérés.
Un enjeu stratégique pour l’économie
Au-delà des chiffres, c’est la capacité du système bancaire à accompagner la diversification de l’économie gabonaise qui est en jeu. Dans un pays en quête de nouveaux relais de croissance, l’accès au crédit productif reste déterminant.
Les autorités sont ainsi confrontées à un double défi : préserver la stabilité financière tout en maintenant un flux de financement suffisant vers les secteurs porteurs.
Une vigilance désormais incontournable
La situation actuelle impose une réponse équilibrée. Renforcer la surveillance prudentielle, améliorer la gestion des risques et favoriser un crédit plus inclusif apparaissent comme des priorités.
Car si la croissance est bien au rendez-vous, elle reste sous tension. Et dans le secteur bancaire, c’est souvent dans ces phases intermédiaires que se dessinent les trajectoires futures.
Le Gabon dispose encore d’une marge de manœuvre. Mais pour transformer cette dynamique en levier durable, une condition s’impose : restaurer un équilibre solide entre expansion du crédit, qualité des actifs et confiance des déposants.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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