Le pari minier du Gabon
Libreville, Lundi 4 Mai 2026 (Infos Gabon) – Porter la contribution du secteur minier de 6 % à près de 20 % des recettes fiscales à court terme : l’objectif affiché par le ministre des Mines marque un tournant stratégique.
Derrière cette ambition, c’est toute la trajectoire économique du Gabon qui se redessine, entre impératif de diversification et exigence de résultats.
Une ambition chiffrée, un cap assumé
À l’occasion de la célébration de la Journée internationale du travail, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a posé les bases d’une stratégie claire : tripler, voire quadrupler, la contribution du secteur minier à l’assiette fiscale nationale.
L’objectif est précis : passer de 6 % actuellement à 15–20 % dans le court terme. Une déclaration loin d’être anodine dans un pays où les ressources extractives sont appelées à jouer un rôle central dans la transformation économique.
Un secteur clé pour la diversification
Dans un contexte de recomposition économique, le secteur minier apparaît comme l’un des leviers les plus solides pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Déjà, il représente : près de 25 % des recettes d’exportation, environ 6 % du PIB.
Mais les ambitions vont plus loin : porter cette contribution à 25–30 % du PIB d’ici 2030. Pour le Gabon, l’enjeu est double :
valoriser ses ressources naturelles tout en créant une chaîne de valeur locale plus intégrée.
Un discours de mobilisation interne
Face aux agents du ministère, réunis dans un cadre volontairement informel à proximité de Libreville, le ministre a adopté un ton direct, presque martial. Son message : remettre l’administration minière « debout ».
« Je ne vais ménager aucun effort », a-t-il insisté, appelant à une mobilisation totale, « de la personne qui ouvre le portail à celui qui est au sixième étage ». Derrière la formule, une idée structurante : la performance du secteur passera autant par la réforme interne que par les investissements extérieurs.
Des revendications sociales révélatrices
Mais cette ambition se heurte à une réalité sociale exprimée sans détour. Par la voix de Annie Gisèle Nyangui Moukagni, le Syndicat des professionnels des mines du Gabon a dressé une liste de revendications. L’on note l’amélioration des conditions de travail, la revalorisation des acquis, l’intégration du ministère dans les régies financières, le renforcement des capacités, ainsi qu’une meilleure couverture sociale.
Un rappel clair : la montée en puissance du secteur ne pourra se faire sans un capital humain motivé et soutenu.
Le défi de la transformation locale
Au-delà des chiffres, la stratégie repose sur un pivot essentiel : la transformation locale des ressources. Longtemps exportateur de matières premières brutes, le Gabon entend désormais : attirer davantage d’investissements, développer des unités de transformation et renforcer la formation technique.
Cette orientation s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté économique, visant à capter davantage de valeur sur le territoire national.
Entre volontarisme politique et contraintes structurelles
L’ambition affichée par Sosthène Nguema Nguema s’inscrit dans une dynamique globale impulsée par les autorités : faire du secteur minier un pilier du développement. Mais le chemin reste exigeant.
Car atteindre ces objectifs suppose de lever plusieurs obstacles. Ils passent par la gouvernance du secteur, l’attractivité pour les investisseurs, les infrastructures adaptées et la stabilité réglementaire.
Autrement dit, transformer une richesse potentielle en moteur réel de croissance.
Un test pour la stratégie économique gabonaise
Avec ce cap ambitieux, le Gabon engage bien plus qu’une réforme sectorielle. Il teste sa capacité à réussir sa diversification économique.
Car si le pari minier réussit, il pourrait redéfinir durablement l’équilibre économique du pays. Mais en cas d’échec, il révélerait les limites d’une stratégie encore dépendante de ses ressources.
Une chose est certaine, le secteur minier est désormais au cœur du projet économique gabonais, et son succès conditionnera en grande partie celui du pays tout entier.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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