Economie

Gabon : Moanda prépare l’après-pétrole

Libreville, Mardi 19 Mai 2026 (Infos Gabon) – Dans les profondeurs rouges de Moanda, au cœur de l’un des plus importants bassins de manganèse de la planète, se joue peut-être une partie décisive de l’avenir industriel africain.

Pendant deux jours, la Compagnie Minière de l’Ogooué, filiale du groupe français Eramet, a ouvert ses installations à 120 jeunes Gabonais venus découvrir l’univers stratégique de l’exploitation minière moderne. Mais derrière cette opération baptisée « Journées Découvertes », l’enjeu dépasse largement une simple visite pédagogique.

À travers cette immersion organisée les 12 et 13 mai derniers, le Gabon cherche en réalité à préparer une nouvelle génération de compétences capables d’accompagner la transformation économique du pays et la montée en puissance des industries extractives africaines dans l’économie mondiale de demain.

Car dans un monde engagé dans la transition énergétique, les minerais stratégiques deviennent le nouveau pétrole du XXIe siècle. Et le manganèse gabonais figure désormais parmi les ressources les plus convoitées de la planète.

Une jeunesse face au futur industriel africain

Ils étaient 120. Soixante filles et soixante garçons issus des principaux établissements de Moanda, parmi lesquels le lycée Léonard Mabicka, le lycée Henri Sylvoz, le lycée Les Lauriers et l’Université des Sciences et Techniques de Masuku.

Cette stricte parité n’a rien d’anecdotique. Elle traduit une volonté assumée de casser les vieux codes d’un secteur historiquement dominé par les hommes et de faire émerger une nouvelle génération féminine dans les métiers techniques, scientifiques et industriels.

L’industrie minière mondiale fait aujourd’hui face à un défi majeur. Le manque croissant de compétences qualifiées capables de répondre aux nouvelles exigences technologiques, environnementales et industrielles.

Au Gabon, cette problématique est encore plus stratégique. Avec des réserves minières considérables et une ambition affichée de transformation locale des matières premières, le pays comprend qu’il ne pourra réussir sa mutation économique sans investir massivement dans le capital humain. Les « Journées Découvertes » organisées par Comilog s’inscrivent précisément dans cette logique.

Le manganèse au centre des nouveaux rapports de force mondiaux

Longtemps perçu comme un minerai secondaire, le manganèse est aujourd’hui devenu une ressource critique dans plusieurs secteurs industriels stratégiques. Production d’acier, batteries électriques, infrastructures énergétiques, technologies de stockage et industries de la transition verte dépendent de plus en plus de ce minerai.

Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse à haute teneur, se retrouve donc au cœur des nouvelles batailles géoéconomiques liées aux matières premières stratégiques. Mais les États africains cherchent désormais à éviter un piège historique. Celui de rester de simples exportateurs de ressources brutes sans maîtrise technologique ni transformation locale.

La stratégie affichée par le groupe Eramet et sa filiale Comilog vise précisément à accompagner une montée en gamme industrielle et technologique du secteur minier gabonais.

Une immersion dans la mine du futur

Durant deux jours, les élèves et étudiants ont découvert l’ensemble de la chaîne de production industrielle du manganèse. Après une induction sécurité obligatoire, reflet de la culture industrielle moderne imposée sur les grands sites miniers internationaux, les participants ont parcouru les installations stratégiques de Moanda.

Des plateaux miniers de Bangombé et d’Okouma aux laveries modulaires, des infrastructures ferroviaires au Centre de gestion des opérations intégrées IROC Moulebé, les jeunes visiteurs ont plongé dans une industrie désormais dominée par la technologie, l’automatisation et les systèmes intelligents de supervision.

L’immersion s’est également poursuivie au sein du Complexe Industriel de Moanda et du Complexe Métallurgique, où le minerai est transformé avant exportation. L’image traditionnelle de la mine africaine change profondément.

L’exploitation minière contemporaine ne repose plus uniquement sur la force physique. Elle exige désormais des compétences en chimie, ingénierie, data, automatisation, maintenance industrielle, environnement et intelligence technologique. C’est précisément cette mutation que Comilog cherche à faire découvrir à la jeunesse gabonaise.

Briser les stéréotypes industriels

L’un des messages les plus forts de cette initiative concerne la place des femmes dans les métiers scientifiques et techniques. Dans de nombreux pays africains, les filières minières, industrielles et technologiques restent encore largement masculinisées. Pourtant, les besoins futurs du secteur imposent une diversification des profils et des compétences.

La décision d’imposer une stricte égalité entre filles et garçons parmi les participants traduit un engagement stratégique. Car l’Afrique ne pourra réussir sa révolution industrielle en laissant de côté une partie de son potentiel humain.

Les témoignages recueillis au terme de l’événement illustrent cette dynamique. Une élève de seconde affirme avoir découvert une vocation pour les métiers de la chimie industrielle. Un lycéen de terminale explique désormais mieux comprendre les perspectives professionnelles offertes par l’ingénierie minière.

Derrière ces réactions se cache un enjeu fondamental. Donner à la jeunesse africaine une projection concrète dans les métiers du futur.

Le vrai défi africain

Le continent africain possède une part majeure des ressources minières stratégiques mondiales. Cobalt, manganèse, lithium, cuivre, terres rares et graphite sont désormais au cœur des nouvelles chaînes industrielles mondiales. Mais le véritable enjeu n’est plus uniquement l’extraction.

Le défi du XXIe siècle sera la capacité des pays africains à former leurs propres ingénieurs, chercheurs, techniciens et industriels capables de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur. Sans cette transformation humaine et technologique, l’Afrique risque de reproduire les schémas anciens d’exportation brute de ses richesses naturelles.

Moanda devient ainsi un symbole plus large. Celui d’un pays qui tente progressivement de transformer son industrie minière en levier de souveraineté économique, de formation et de montée en compétence nationale.

L’Afrique des compétences ou l’Afrique des ressources

Le véritable affrontement mondial qui se dessine ne portera pas uniquement sur l’accès aux minerais. Il portera aussi sur la maîtrise des savoirs industriels qui permettent de les transformer. Le Gabon semble avoir compris cette équation.

À travers des initiatives comme les « Journées Découvertes », Comilog et Eramet ne cherchent pas seulement à communiquer sur leurs activités. Ils participent à la construction d’un écosystème industriel où la jeunesse gabonaise peut enfin se projeter comme actrice de la transformation économique nationale.

À Moanda, ce ne sont donc pas uniquement des installations minières qui ont été ouvertes aux jeunes. C’est une vision du futur africain qui leur a été présentée. Une Afrique capable non seulement d’extraire ses richesses, mais aussi de former les générations qui les transformeront en puissance industrielle durable.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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