Economie

Gabon : Le trou noir fiscal

Libreville, Mardi 19 Mai 2026 (Infos Gabon) – Le constat a l’effet d’un séisme financier. Au Gabon, près de 75% des prélèvements parafiscaux opérés dans l’économie nationale échapperaient aux circuits légaux de l’État.

Derrière cette révélation issue d’une réunion gouvernementale stratégique présidée le 13 mai dernier par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, se dessine l’un des plus grands scandales silencieux des finances publiques gabonaises. Car au-delà des chiffres, cette dérive met en lumière un système opaque où taxes, redevances et prélèvements parallèles prolifèrent hors du contrôle budgétaire officiel, au détriment des entreprises, des consommateurs et de l’autorité même de l’État.

Le diagnostic dressé par l’administration est particulièrement alarmant. Selon les conclusions des travaux présentées par Abdu Razzaq Guy Kambogo, le Secrétaire général du gouvernement, seuls 25 à 30% des prélèvements actuellement collectés dans le pays seraient réellement conformes au cadre prévu par la Loi de finances 2026. Le reste évoluerait dans une zone grise faite de pratiques irrégulières, de taxes sans fondement légal clair et de mécanismes de perception échappant à la traçabilité publique.

Dans un pays confronté à des défis budgétaires majeurs, cette situation représente une perte colossale de ressources. Chaque franc détourné du circuit légal prive potentiellement l’État d’investissements dans les infrastructures, la santé, l’éducation ou les politiques sociales. Mais l’impact ne s’arrête pas là. La multiplication des prélèvements non conformes alourdit considérablement les charges des entreprises qui répercutent ensuite ces coûts sur les prix des biens et services. Résultat, la pression fiscale invisible devient un accélérateur direct de la vie chère dans une économie déjà fragilisée.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que la Loi de finances 2026 encadre pourtant clairement les principaux prélèvements autorisés. Taxe sur les jeux de hasard fixée à 9% des mises engagées, droits d’accises sur la téléphonie mobile à hauteur de 5%, taxation des boissons sucrées, contribution foncière unique destinée aux collectivités locales, ou encore droits de sortie sur les produits transformés du bois. Le dispositif légal existe. Mais son application semble concurrencée par une galaxie de prélèvements parallèles qui brouillent les règles économiques et fragilisent la sécurité juridique des opérateurs.

Face à cette situation, le gouvernement gabonais veut reprendre le contrôle. Deux priorités ont été fixées. Identifier précisément tous les prélèvements légalement autorisés et rationaliser les mécanismes de perception existants. Derrière cette réforme se joue en réalité une bataille plus profonde contre les circuits financiers informels qui prospèrent dans les failles administratives.

Les autorités misent désormais sur trois leviers majeurs. La digitalisation du recouvrement afin de réduire les manipulations humaines, la traçabilité complète des flux financiers pour limiter les détournements et une clarification publique des taxes légalement applicables afin de restaurer la confiance des entreprises.

Cette réforme dépasse largement la seule question technique de la parafiscalité. Elle interroge directement la capacité de l’État à exercer pleinement sa souveraineté financière. Dans toute économie moderne, l’impôt constitue le cœur du contrat entre puissance publique et activité économique. Lorsqu’une majorité des prélèvements échappe au système officiel, c’est l’autorité de l’État elle-même qui vacille.

Le Gabon se trouve aujourd’hui à un moment décisif. Soit cette réforme débouche sur une modernisation profonde des mécanismes de collecte et de contrôle, soit le pays continuera de voir une part considérable de ses ressources se dissoudre dans des circuits opaques. Car derrière les 75% évoqués par le gouvernement, c’est toute la question de la gouvernance économique et de la crédibilité financière de l’État qui est désormais posée.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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