Le Gabon mise sur l’expertise marocaine
Libreville, Vendredi 22 Mai 2026 (Infos Gabon) – À Bakou, en Azerbaïdjan, le Gabon a discrètement posé les bases d’un rapprochement stratégique qui pourrait peser lourd dans l’avenir de ses politiques urbaines et de logement.
En marge de la 13e édition du Forum Urbain Mondial, le ministre gabonais du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a engagé des discussions approfondies avec les autorités marocaines autour d’un enjeu devenu central pour de nombreux États africains. Comment construire des villes modernes, accessibles et financièrement soutenables dans un continent confronté à une urbanisation accélérée.
La rencontre organisée le 19 mai dernier avec Adib Benbrahim, secrétaire d’État marocain chargé de l’Habitat, marque ainsi une nouvelle étape dans le rapprochement entre Libreville et Rabat autour des questions d’aménagement urbain, de logement social et de financement de l’habitat.
Bakou devient le théâtre d’un rapprochement stratégique
Cette séance de travail ne relevait pas d’un simple échange diplomatique de circonstance. Elle intervient dans un contexte où le Gabon cherche à accélérer sa transformation urbaine tout en répondant à une pression croissante sur le logement, les infrastructures et l’organisation des espaces urbains.
Face à ces défis, le Maroc apparaît aujourd’hui comme l’un des modèles africains les plus avancés en matière de politique de l’habitat et de restructuration urbaine.
Autour de la table figuraient également le secrétaire général du ministère marocain chargé de l’Habitat ainsi que le président de MAJAL, la fédération des Agences Urbaines du Maroc. Cette présence traduit l’importance accordée par Rabat à cette coopération naissante avec le Gabon.
Le modèle marocain attire de plus en plus d’États africains
Depuis plus d’une décennie, le Maroc a engagé d’importants programmes de résorption de l’habitat précaire, de modernisation urbaine et de développement de logements accessibles. Le royaume a progressivement construit un modèle reposant sur une combinaison d’investissements publics, d’implication du secteur privé et de mécanismes de financement adaptés aux réalités sociales.
Cette expérience suscite désormais l’intérêt de plusieurs pays africains confrontés à une urbanisation rapide souvent mal maîtrisée. Pour le Gabon, l’enjeu est considérable.
Libreville, Port-Gentil et plusieurs centres urbains connaissent des défis liés à l’expansion démographique, à l’organisation des voiries, à la pression foncière et au besoin croissant de logements modernes. Dans ce contexte, l’expérience marocaine pourrait servir de laboratoire d’inspiration pour les futures politiques gabonaises de l’habitat.
Une coopération qui dépasse le simple logement
Les discussions de Bakou ont porté sur des sujets beaucoup plus larges que la seule construction immobilière. Les deux parties ont notamment abordé les mécanismes de financement de long terme, l’accompagnement des ménages vers l’accès à la propriété, l’aménagement urbain intégré ainsi que la gouvernance des grands projets de logements.
Le Gabon s’intéresse particulièrement aux outils ayant permis au Maroc de structurer des programmes urbains à grande échelle tout en mobilisant les investisseurs privés.
Autre dossier stratégique évoqué lors des échanges, celui du rôle du groupe Al Omrane, considéré comme l’un des principaux opérateurs publics marocains dans l’aménagement urbain et la promotion immobilière. Son expertise pourrait ouvrir la voie à des partenariats techniques et opérationnels au Gabon dans les années à venir.
Le logement devient un enjeu politique majeur au Gabon
Cette initiative portée par Mays Mouissi s’inscrit dans une dynamique plus globale engagée par les autorités gabonaises autour de la modernisation des territoires et de l’amélioration du cadre de vie. Le logement apparaît désormais comme l’un des grands défis structurels du pays.
Au-delà de la construction de bâtiments, il s’agit de repenser l’organisation des villes, l’accès aux infrastructures, les réseaux d’assainissement, la mobilité urbaine et la gestion du foncier. Pour le gouvernement gabonais, la question de l’habitat est également liée à la stabilité sociale, à l’attractivité économique et à la compétitivité des territoires.
Dans cette logique, les autorités cherchent désormais à attirer davantage de partenaires capables d’apporter une expertise technique mais aussi des solutions de financement adaptées aux ambitions nationales.
Une commission bilatérale en préparation
L’une des avancées majeures de cette rencontre reste l’idée évoquée de créer une commission de partenariat entre les deux ministères. Cette structure permettrait de formaliser et de coordonner les futurs projets de coopération entre Libreville et Rabat dans les domaines du logement, de l’urbanisme et de la modernisation foncière.
L’objectif affiché est de construire une approche progressive, opérationnelle et durable. Cette méthode témoigne d’une volonté des deux pays de dépasser le stade des déclarations d’intention pour aller vers des réalisations concrètes.
Le Gabon redéfinit sa stratégie urbaine
À travers cette offensive diplomatique menée à Bakou, le Gabon envoie également un signal politique plus large. Le pays entend désormais inscrire la transformation urbaine parmi les grands leviers de son développement national.
Dans un continent où les villes deviennent progressivement le cœur des dynamiques économiques et sociales, la maîtrise de l’urbanisation apparaît comme un enjeu stratégique majeur. Le partenariat qui se dessine avec le Maroc pourrait ainsi contribuer à accélérer la modernisation des politiques urbaines gabonaises tout en renforçant les capacités techniques nationales.
Au-delà des accords institutionnels, une question centrale se pose désormais. Le Gabon réussira-t-il à transformer cette coopération en véritable moteur de modernisation urbaine capable de répondre durablement aux attentes des populations ?
À Bakou, les premières fondations de cette ambition viennent en tout cas d’être posées.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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