Economie

Gabon : L’heure des comptes dans l’Ogooué-Lolo

Libreville, Samedi 23 Mai 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, la Présidence déclenche une offensive contre les marchés d’urgence de l’Ogooué-Lolo.

Le climat change brutalement pour plusieurs entreprises ayant prospéré dans les circuits des marchés d’urgence au Gabon. Derrière un communiqué administratif publié sans grand éclat dans les colonnes du quotidien L’Union le 21 mai 2026, la Présidence gabonaise vient en réalité d’ouvrir l’une des séquences de contrôle financier les plus sensibles depuis le début de la transition politique.

Vingt-deux (22) entreprises opérant dans la province de l’Ogooué-Lolo sont désormais convoquées par la Taskforce présidentielle chargée du contrôle, de l’audit et de la vérification des participations et de la dette de l’État. Officiellement, il s’agit de vérifier l’exécution des travaux financés grâce à la « dotation spéciale » accordée en 2024 sur instruction du chef de l’État. Mais dans les milieux économiques et administratifs, personne ne se trompe sur la portée réelle de cette opération.

Le pouvoir veut désormais savoir ce qui a réellement été fait avec l’argent public débloqué dans l’urgence.

La fin du temps des facilités

Pendant la transition, plusieurs financements exceptionnels avaient été accordés afin d’accélérer des travaux jugés prioritaires dans certaines provinces du pays. L’urgence politique et administrative avait alors permis de contourner certaines lourdeurs classiques de la commande publique.

Deux ans plus tard, l’heure semble être venue des vérifications. Qui a réellement exécuté les chantiers annoncés ? Quels travaux ont effectivement été livrés sur le terrain ? Les montants engagés correspondent-ils aux prestations réalisées ? Certaines entreprises ont-elles bénéficié de paiements sans contrepartie réelle ?

Ces questions traversent désormais les couloirs de la Taskforce présidentielle, devenue l’un des principaux instruments du contrôle financier sous l’ère Oligui Nguema.

Le ton du communiqué publié par l’administration présidentielle est d’ailleurs révélateur de la gravité du moment. Les entreprises concernées doivent fournir dans un délai de huit jours l’ensemble des documents prouvant « la réalité et la conformité des prestations exécutées ainsi que la traçabilité des paiements perçus ».

Factures, ordres de service, justificatifs bancaires, rapports techniques, états d’avancement des travaux, preuves de paiement. La Présidence veut remonter l’intégralité de la chaîne financière.

Une pression grandissante sur le secteur privé

Parmi les sociétés convoquées figurent notamment Gabon Énergie Verte, Semco BTP, Larry Logistic et Transport ou encore Maltrag. Toutes sont attendues au siège de la Taskforce, au quatrième étage de l’Immeuble Premium à Libreville.

Mais au-delà des entreprises officiellement citées, c’est l’ensemble du tissu économique ayant bénéficié des financements exceptionnels de l’État qui observe désormais cette opération avec inquiétude. Dans les cercles d’affaires, beaucoup redoutent que cet audit débouche sur des poursuites pour surfacturation, détournement de fonds publics, prestations fictives ou enrichissement illicite.

D’autres y voient au contraire un signal fort envoyé par la Présidence pour démontrer sa volonté de restaurer une culture de responsabilité dans la gestion des finances publiques. Car depuis plusieurs mois, les autorités gabonaises multiplient les discours sur la transparence, la discipline budgétaire et la moralisation de la dépense publique.

Un avertissement politique

Le passage le plus commenté du communiqué reste cependant celui-ci. « À défaut, la TASKFORCE se réserve le droit de prendre toutes les mesures légales et réglementaires appropriées. »

Dans un pays marqué pendant des décennies par les accusations de mauvaise gouvernance et d’opacité financière, cette phrase résonne comme un avertissement direct. Elle traduit surtout une évolution majeure de la transition gabonaise. Après avoir concentré les contrôles sur les administrations publiques, le pouvoir semble désormais étendre sa vigilance aux entreprises privées ayant bénéficié des circuits financiers d’urgence.

Cette séquence ouvre donc une nouvelle étape dans la gouvernance de la transition. Une étape où les relations entre l’État et certains opérateurs économiques pourraient profondément changer. Car au Gabon, le temps des marchés exceptionnels sans obligation de résultats semble progressivement toucher à sa fin.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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