Gabon : Le pari pétrolier d’Oligui Nguema
Libreville, Dimanche 24 Mai 2026 (Infos Gabon) – Longtemps confronté à l’érosion de ses champs historiques et à l’essoufflement progressif de sa production pétrolière, le Gabon tente désormais de reprendre l’initiative.
À Libreville, le ministère du Pétrole et du Gaz vient de dévoiler le bilan des cent premiers jours de sa nouvelle feuille de route sectorielle. Derrière les chiffres affichés et le taux d’exécution revendiqué de 97,84%, le pouvoir gabonais veut surtout envoyer un message politique et économique clair. Le secteur pétrolier reste le cœur stratégique de l’économie nationale et le nouveau régime entend en reprendre pleinement le contrôle.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Brice Clotaire Oligui Nguema, les autorités gabonaises cherchent à imposer une culture de résultats au sein de l’appareil d’État. Les ministres sont désormais invités à rendre publiquement compte de leurs engagements et de leurs réalisations. Dans ce dispositif de reddition des comptes, le ministère dirigé par Clotaire Kondja occupe une place particulière. Car le pétrole demeure le principal moteur des finances publiques gabonaises, la principale source de devises et un levier essentiel de stabilité économique.
Le document de synthèse présenté vendredi par le ministère révèle une stratégie organisée autour de cinq priorités majeures. Modernisation des infrastructures critiques, exécution des contrats pétroliers, développement gazier, réduction du torchage et renforcement des compétences nationales composent désormais l’architecture de cette relance énergétique.
Une relance industrielle accélérée
Le premier enseignement de ce bilan concerne l’intensification des activités pétrolières. En une année, neuf contrats d’hydrocarbures ont été signés et trente-huit blocs attribués sur quarante-quatre sollicités. Plus de 93 000 kilomètres carrés ont ainsi été concédés, soit plus du tiers du domaine pétrolier national.
Pour les autorités gabonaises, l’objectif est désormais de ralentir le déclin naturel des champs matures grâce à une nouvelle génération de projets pétroliers.
La mise en production du champ de Grand N’Gongui représente à elle seule un apport estimé à 10 000 barils supplémentaires par jour. À cela s’ajoutent les perspectives ouvertes par le champ de Magoga avec ses 24 millions de barils de réserves et une production attendue de 2 300 barils quotidiens.
Plus stratégique encore, le futur développement du champ Boudron dans le cadre de l’extension du permis Dusafu pourrait permettre au Gabon d’ajouter 25 000 barils par jour à l’horizon 2028. Le gouvernement mise également sur la consolidation des actifs existants. Les rachats des opérations de Tullow Oil et de SMP Afrique ont déjà permis d’augmenter la production nationale d’environ 12 000 barils quotidiens.
Dans un environnement africain marqué par le vieillissement des bassins pétroliers traditionnels, ces annonces sont perçues à Libreville comme un signal de résistance économique.
Le gaz devient une question sociale
Mais la nouvelle stratégie énergétique gabonaise ne se limite plus uniquement au pétrole brut. Le gaz domestique s’impose progressivement comme un enjeu social et politique majeur.
Face aux difficultés récurrentes d’approvisionnement observées ces dernières années, les autorités ont accéléré le déploiement des infrastructures de stockage et de remplissage du gaz de pétrole liquéfié.
Le centre emplisseur de Port-Gentil a récemment été livré tandis que celui de Moanda est en cours de finalisation. Trois nouveaux entrepôts de gaz ont également été implantés à Oyem, Franceville et Tchibanga afin d’élargir la couverture nationale.
Avec une capacité estimée à environ 200 tonnes de GPL par jour, le gouvernement espère réduire durablement les ruptures de stock qui affectent régulièrement les ménages gabonais. Treize nouvelles stations-service ont également été mises en service à travers le pays afin de renforcer le réseau de distribution énergétique et soutenir l’activité économique locale.
La souveraineté énergétique par les Gabonais
Le troisième axe majeur de cette réforme concerne le contenu local et la nationalisation progressive des compétences.
Dans le secteur aval pétrolier, la présence gabonaise est passée de 69 à 84% en seulement une année. Les chiffres avancés par le ministère traduisent une volonté claire de réduire la dépendance aux travailleurs expatriés dans les activités de transport et de distribution.
Les postes de pompistes sont désormais occupés à 96% par des Gabonais tandis que les fonctions de caisse, de restauration et de graissage atteignent 97% de représentation nationale.
Au sein même du ministère, plus de 230 agents ont été formés dans des modules techniques liés à la régulation et au contrôle du secteur pétrolier et gazier.
Cette orientation répond à une vision désormais assumée par le chef de l’État. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, chaque baril extrait doit contribuer davantage à la souveraineté nationale et à la transformation économique du pays.
Reste désormais une question essentielle. Le Gabon parviendra-t-il à transformer cette relance énergétique en développement durable dans un monde engagé vers la transition énergétique mondiale ?
Car derrière les chiffres impressionnants et les nouveaux projets, le défi reste immense. Le pays doit simultanément augmenter sa production, moderniser ses infrastructures et préparer l’après-pétrole. Pour Libreville, l’équation est désormais claire. Exploiter davantage aujourd’hui pour mieux préparer demain.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon

















