Economie

Le Gabon entre au cœur d’Eramet

Libreville, Vendredi 29 Mai 2026 (Infos Gabon) – La nomination de Murielle Minkoué Mézui épouse Mintsa au conseil d’administration d’Eramet dépasse largement le cadre d’un simple renouvellement de représentation.

Derrière cette décision validée le 27 mai 2026 lors de l’assemblée générale extraordinaire du groupe minier à Paris sous la présidence de Mme Christel Bories, Présidente-Directrice Générale du Groupe, se dessine une évolution plus profonde du positionnement stratégique du Gabon dans la gouvernance mondiale de ses ressources minières.

Secrétaire générale de la présidence de la République depuis mai 2025, ancienne ministre de la Réforme des institutions et magistrate reconnue, Murielle Minkoué Mézui rejoint désormais l’organe décisionnel du géant minier français, l’un des acteurs majeurs mondiaux des minerais stratégiques. Une arrivée qui intervient dans un contexte où les métaux critiques deviennent des leviers de puissance économique, industrielle et géopolitique.

À travers cette désignation, Libreville envoie un signal clair. Le temps où les États producteurs demeuraient en périphérie des centres de décision industriels semble progressivement révolu.

Une présence gabonaise renforcée

Le conseil d’administration d’Eramet constitue le véritable centre névralgique du groupe. C’est là que se décident les grandes orientations industrielles, les investissements stratégiques, les politiques de transformation et les choix liés à l’exploitation des ressources minières.

L’entrée de Murielle Minkoué Mézui dans cet espace de pouvoir économique marque donc une avancée institutionnelle majeure pour le Gabon. Cette nomination remplace celle de son compatriote Tanguy Gahouma-Békalé, et s’inscrit dans une continuité renforcée, mais à un niveau de responsabilité supérieur.

Cette représentation gabonaise au sein d’Eramet ne date pas d’hier. En mai 2021, Alilat Antsélévé Oyima avait été confirmé comme administrateur du groupe pour un mandat de quatre ans, prenant lui-même la relève de Michel Antsélévé, coopté dès 2016. En mai 2025, Tanguy Gahouma-Békalé avait ensuite été désigné pour poursuivre cette présence gabonaise au sein de l’instance stratégique du groupe minier. Mais sa démission avant l’échéance de son mandat a conduit le conseil d’administration d’Eramet, réuni le 19 mars dernier, à porter son choix sur Murielle Minkoué Mézui épouse Mintsa afin d’assurer cette succession dans un contexte devenu hautement stratégique pour Libreville.

Pour la première fois, une personnalité occupant l’un des postes les plus importants de l’appareil d’État gabonais siège directement au sein de la gouvernance d’un groupe qui structure une part essentielle de l’économie nationale. Car Eramet n’est pas un acteur industriel ordinaire au Gabon.

À travers sa filiale Comilog, le groupe exploite la mine de Moanda, considérée comme l’un des plus importants gisements de manganèse au monde. Le Gabon occupe ainsi une position clé dans l’approvisionnement mondial en minerais critiques, devenus indispensables aux industries de la transition énergétique, des batteries et des technologies avancées.

Le groupe intervient également dans les infrastructures stratégiques via la SETRAG, qui contrôle le transport ferroviaire du minerai mais aussi une partie importante de la logistique nationale. Autrement dit, Eramet se situe au croisement de la souveraineté minière, du transport national et des ambitions industrielles du Gabon.

Le tournant de la souveraineté minière

L’arrivée de Murielle Minkoué Mézui intervient alors que les autorités gabonaises accélèrent leur stratégie de transformation locale des ressources naturelles.

Depuis plusieurs mois, le pouvoir affiche une volonté claire. Réduire progressivement la dépendance aux exportations de matières premières brutes et construire une chaîne industrielle capable de générer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.

L’objectif annoncé d’une limitation des exportations de minerai brut à partir de 2029 illustre cette nouvelle doctrine économique. Dans ce contexte, la présence d’une haute responsable de l’État au sein du conseil d’administration d’Eramet apparaît comme un levier de suivi stratégique autant qu’un instrument d’influence.

Le Gabon ne veut plus uniquement fournir des ressources. Il cherche désormais à participer aux décisions qui organisent leur exploitation, leur transformation et leur valorisation internationale.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large observable sur le continent africain. Plusieurs États producteurs tentent progressivement de renforcer leur présence dans les centres de gouvernance des grandes industries extractives afin de mieux défendre leurs intérêts économiques.

Une bataille mondiale autour des minerais

La portée de cette nomination dépasse largement les frontières gabonaises. Dans un monde marqué par la compétition autour des minerais critiques, le manganèse devient un actif stratégique majeur. Batteries électriques, infrastructures énergétiques, technologies industrielles. La demande mondiale explose sous l’effet des transitions énergétiques engagées par les grandes puissances.

Cette nouvelle géographie économique transforme progressivement les pays producteurs en acteurs géopolitiques incontournables.

À travers Murielle Minkoué Mézui, le Gabon entend désormais s’inscrire plus directement dans cette recomposition mondiale. Sa nomination symbolise également la montée en puissance d’une nouvelle génération de responsables africains capables d’évoluer au sein des grandes structures internationales de décision économique.

Mais l’enjeu dépasse désormais la seule représentation institutionnelle. Lors de la même séquence parisienne du 27 mai, l’assemblée générale extraordinaire a validé une opération d’augmentation de capital de 500 millions d’euros. Une décision qui ouvre désormais la voie à l’entrée du Gabon dans l’actionnariat d’Eramet, avec une participation estimée autour de 5 %.

Cette évolution marque un tournant majeur dans les relations entre Libreville et le géant minier français. Le Gabon ne serait plus seulement représenté au conseil d’administration. Il accéderait également au cercle des actionnaires du groupe, avec la possibilité d’influencer plus directement les grandes orientations stratégiques d’un acteur central de l’industrie mondiale du manganèse.

Dans un contexte international marqué par la compétition autour des minerais critiques, cette montée en puissance traduit une volonté politique claire de reprendre davantage de contrôle sur les chaînes de valeur liées aux ressources naturelles stratégiques du pays.

Au-delà de la trajectoire individuelle, cette désignation traduit surtout une ambition d’État. Celle d’un pays qui refuse désormais de rester spectateur de la gouvernance de ses propres richesses. Dans les grands équilibres miniers mondiaux qui se redessinent, le Gabon cherche désormais moins à subir qu’à peser.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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