Economie

Gabon : Investir ensemble ou décrocher ensemble

Libreville, Vendredi 5 Juin 2026 (Infos Gabon) – La relance officielle du Haut Conseil pour l’Investissement marque un tournant dans la stratégie économique du Gabon.

Derrière cette réunion qui a rassemblé gouvernement, administration et secteur privé au Palais des Congrès de Libreville, se joue en réalité l’une des équations les plus décisives du septennat du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Comment mobiliser les capitaux nécessaires à la transformation du pays dans un contexte régional et international de plus en plus concurrentiel ?

En présidant la reprise des travaux de cette instance de concertation, le Vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a envoyé un message clair. Le temps des diagnostics est terminé. Place désormais à la recherche de solutions concrètes capables de lever les freins à l’investissement et d’accélérer la croissance.

L’enjeu est colossal. Le Plan national de croissance fixe un objectif de 27 000 milliards de francs CFA d’investissements à mobiliser au cours des prochaines années. Près de 18 000 milliards devraient provenir du secteur privé. Un chiffre qui traduit à lui seul l’ampleur du défi et l’impossibilité pour l’État de porter seul l’effort de transformation économique.

Le retour d’un dialogue devenu stratégique

Dans toutes les économies en mutation, la qualité du dialogue entre les pouvoirs publics et les entreprises constitue un indicateur essentiel de compétitivité. Le Haut Conseil pour l’Investissement a précisément été conçu pour jouer ce rôle de passerelle entre les attentes du secteur privé et les ambitions de l’État.

Sa relance intervient dans un contexte particulier. Depuis la Transition, les autorités affichent leur volonté de diversifier une économie longtemps dépendante des revenus pétroliers. L’industrialisation, l’agriculture, la transformation locale des matières premières, les infrastructures et l’économie numérique figurent parmi les priorités identifiées.

Pour atteindre ces objectifs, l’investissement privé apparaît comme une condition incontournable.

Hermann Immongault l’a reconnu sans détour en affirmant que l’État ne pourra pas relever seul ce défi. Son appel à construire des solutions communes et à produire des résultats visibles dans des délais courts traduit une volonté de pragmatisme rarement exprimée avec autant de clarté dans les politiques économiques nationales.

Cette approche rejoint les recommandations des grandes institutions internationales qui considèrent aujourd’hui le partenariat public-privé comme un levier majeur du développement durable.

Les entreprises réclament un changement de méthode

Si le gouvernement appelle à la mobilisation des investisseurs, les entreprises ont profité de cette tribune pour rappeler les obstacles qui freinent encore l’initiative privée.

Le président de la Fédération des entreprises du Gabon, Alain-Claude Kouakoua, a dressé un état des lieux sans complaisance. Pression fiscale et parafiscale élevée, multiplication des contrôles administratifs, insécurité juridique, difficultés d’accès aux marchés publics, retards dans le paiement de la dette intérieure, insuffisances des infrastructures énergétiques et de transport figurent parmi les principales préoccupations exprimées.

Ces difficultés ne sont pas propres au Gabon. Elles constituent des contraintes récurrentes dans de nombreuses économies africaines. Mais dans un contexte de compétition internationale accrue pour attirer les capitaux, elles peuvent rapidement devenir des facteurs de découragement pour les investisseurs.

Les études de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de plusieurs agences de notation montrent qu’au-delà des ressources naturelles, les investisseurs recherchent avant tout la prévisibilité, la sécurité juridique et la stabilité réglementaire.

Autrement dit, les capitaux suivent souvent davantage la qualité des institutions que l’abondance des richesses naturelles.

Une nouvelle alliance pour financer l’avenir

La réponse du gouvernement, portée par le ministre de l’Économie, Thierry Minko, traduit une prise de conscience de ces réalités. En reconnaissant publiquement les contraintes rencontrées par les opérateurs économiques, les autorités semblent vouloir instaurer une relation davantage fondée sur la concertation que sur la confrontation.

Cette évolution pourrait constituer l’un des changements majeurs de la gouvernance économique actuelle. Le véritable succès du Haut Conseil pour l’Investissement ne sera pas mesuré au nombre de réunions organisées, mais à sa capacité à produire des réformes réelles susceptibles d’améliorer durablement le climat des affaires.

La relance de cette plateforme de dialogue intervient au moment où le Gabon cherche à renforcer son attractivité auprès des investisseurs internationaux, à consolider ses finances publiques et à accélérer sa transformation structurelle.

La mobilisation de 27 000 milliards de francs CFA ne relève pas seulement d’un objectif budgétaire. Elle représente la condition indispensable pour financer les infrastructures, moderniser les services publics, soutenir l’emploi et créer les bases d’une croissance durable.

Le message adressé à Libreville est donc double. Aux entreprises, l’État demande un engagement plus fort dans la dynamique de développement. À l’administration, le secteur privé rappelle qu’aucune ambition économique ne pourra être atteinte sans un environnement réellement favorable à l’investissement.

Entre ces deux exigences se joue désormais une part importante de l’avenir économique du Gabon.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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