Gabon : Akanda reprend son territoire
Libreville, Mercredi 1er Juillet 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la transformation urbaine n’est plus un projet sur le papier. Elle se matérialise désormais sur le terrain, parfois au prix de décisions spectaculaires.
À Malibé II, dans la commune d’Akanda, les bulldozers de l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre ont entamé le déguerpissement de constructions jugées illégales sur le tracé de la future route à deux fois deux voies reliant le Carrefour des Neuf Provinces à la Plage du Nord. Une opération qui illustre la volonté des autorités gabonaises de reprendre le contrôle de l’aménagement urbain et de sécuriser les grands projets d’infrastructure appelés à redessiner le visage du Grand Libreville.
Lancée le 29 juin sous la supervision du conseiller du directeur général de l’ANUTTC, le colonel Richard Ndjami, avec l’appui de la Brigade spéciale de l’urbanisme et de la construction, cette intervention vise à libérer une emprise publique devenue stratégique pour le développement futur de la capitale.
Un axe routier au cœur de la nouvelle vision urbaine
Le projet concerné dépasse largement la simple réalisation d’une route. Long de 11,5 kilomètres, le futur axe en deux fois deux voies constitue l’un des maillons essentiels du programme de modernisation engagé dans la périphérie nord de Libreville.
Confiés à la société AOM, les travaux doivent permettre de fluidifier la circulation dans une zone confrontée à une forte croissance démographique et à une urbanisation accélérée. Akanda est aujourd’hui l’un des principaux pôles d’expansion du Grand Libreville, où la pression foncière s’est intensifiée au fil des années.
Pour les autorités, cette infrastructure doit accompagner le projet Mondah Beach, présenté comme l’un des futurs moteurs du développement urbain national. Ce programme prévoit la création de nouveaux logements, d’équipements publics modernes et d’espaces structurés capables d’accueillir une population en constante augmentation.
L’enjeu est donc autant économique qu’urbanistique. Il s’agit d’éviter la reproduction des désordres qui ont marqué l’extension de plusieurs quartiers périphériques de la capitale, où les constructions anarchiques ont souvent précédé l’arrivée des infrastructures.
La bataille contre l’occupation irrégulière du domaine public
L’opération de déguerpissement met également en lumière une problématique ancienne au Gabon. De nombreuses occupations foncières se sont développées au fil du temps sans validation administrative ni conformité avec les documents d’aménagement.
Selon l’ANUTTC, les terrains concernés sont intégrés au domaine réservé aux infrastructures publiques et ne peuvent faire l’objet ni de cessions ni de constructions privées. Les autorités rappellent que toute occupation irrégulière expose désormais ses auteurs aux sanctions prévues par la législation.
Cette fermeté traduit une évolution dans la gouvernance foncière. Longtemps critiquée pour son manque de contrôle et l’irrégularité des occupations urbaines, l’administration cherche désormais à imposer davantage de discipline dans la gestion du territoire.
Cette approche répond également à une nécessité économique. Chaque retard causé par des occupations illégales augmente le coût des infrastructures, ralentit les investissements publics et compromet les objectifs de développement.
Le signal d’un changement de méthode
Au-delà du cas de Malibé II, l’opération envoie un message clair. Le pouvoir entend faire prévaloir les impératifs de planification sur les logiques d’occupation spontanée qui ont longtemps accompagné l’urbanisation du pays.
Cette orientation s’inscrit dans la dynamique impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui place les infrastructures, l’aménagement du territoire et la modernisation des villes parmi les priorités de la refondation nationale.
Pour les autorités, la réussite des grands projets structurants dépend désormais de la capacité de l’État à protéger ses réserves foncières et à faire respecter les schémas directeurs d’aménagement.
L’ANUTTC invite ainsi les populations à vérifier systématiquement la situation juridique des terrains avant toute acquisition ou tout projet immobilier. Une recommandation qui dépasse le seul secteur de Malibé II et qui pourrait devenir la nouvelle règle dans un pays engagé dans une profonde reconfiguration urbaine.
À Akanda, les démolitions ne marquent donc pas seulement la disparition de constructions irrégulières. Elles symbolisent l’affirmation d’un nouveau rapport entre l’État, le foncier et le développement. Un choix qui pourrait durablement transformer la manière dont le Gabon construit ses villes et prépare son avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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