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La BEAC ouvre l’Afrique centrale au marché des paiements africains

Libreville, Vendredi 10 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Une révolution silencieuse est en marche dans les finances africaines. Longtemps freinés par la fragmentation des systèmes bancaires, les coûts élevés des transferts et la dépendance aux monnaies étrangères, les échanges commerciaux entre pays africains pourraient connaître une accélération historique.

En rejoignant officiellement le Système de paiement et de règlement panafricain, connu sous l’acronyme PAPSS, la Banque des États de l’Afrique Centrale franchit une étape majeure vers la création d’un espace financier africain intégré.

L’annonce, faite au Caire, dépasse largement le cadre technique des infrastructures bancaires. Elle ouvre une nouvelle perspective pour les entreprises, les banques et les citoyens des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, à savoir le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.

Avec cette adhésion, le réseau du PAPSS couvre désormais vingt-huit pays africains, seize plateformes de compensation et plus de cent quatre-vingt-dix banques commerciales et entreprises de technologies financières. Grâce à ses partenaires, le système est également connecté à plus de deux cent cinquante autres institutions financières à travers le continent.

Pour l’Afrique centrale, cette intégration représente l’entrée dans une nouvelle architecture financière continentale pensée pour faciliter les échanges entre économies africaines sans passer systématiquement par le dollar ou l’euro.

La fin progressive de la dépendance aux devises extérieures

Pendant des décennies, un commerçant gabonais souhaitant régler un fournisseur nigérian ou kenyan devait souvent convertir ses francs CFA en dollars avant qu’ils ne soient à nouveau convertis dans la monnaie du pays destinataire. Cette double conversion augmentait les coûts, rallongeait les délais et exposait les entreprises africaines aux fluctuations des marchés internationaux.

Le PAPSS ambitionne de mettre fin à cette dépendance structurelle en permettant des paiements instantanés directement en monnaies africaines. Conçu par Afreximbank en partenariat avec l’Union africaine et le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine, le système permet aux fonds de circuler d’un pays à un autre en quelques secondes seulement.

Cette innovation pourrait transformer profondément les échanges commerciaux intra-africains, qui restent parmi les plus faibles au monde malgré la proximité géographique des marchés. Pour les petites et moyennes entreprises, souvent pénalisées par le coût des transactions internationales, les gains potentiels sont considérables.

Des paiements plus rapides signifient une meilleure gestion de trésorerie, des coûts bancaires réduits et une capacité accrue à conquérir de nouveaux marchés régionaux.

Une position stratégique pour l’Afrique centrale

La participation de la Banque des États de l’Afrique centrale apporte au PAPSS un point d’ancrage essentiel dans l’espace francophone du continent. La CEMAC représente plus de soixante-douze millions d’habitants et constitue un carrefour stratégique entre l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.

Cette position géographique confère à la région un rôle clé dans la construction du futur marché financier africain. La phase pilote annoncée avec la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest devrait d’ailleurs permettre de relier prochainement deux des plus importantes unions monétaires du continent.

Pour Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC et président de l’Association des banques centrales africaines, cette évolution doit désormais s’accompagner d’une mobilisation du secteur financier régional. Le succès du système dépendra en grande partie de la capacité des banques commerciales, des établissements financiers et des entreprises technologiques à intégrer rapidement cette nouvelle infrastructure.

Du côté du PAPSS, son directeur général Mike Ogbalu III considère cette adhésion comme une avancée majeure pour l’intégration financière africaine et pour l’ouverture de nouveaux corridors commerciaux entre les régions du continent.

Vers une nouvelle souveraineté financière africaine

Au-delà des considérations bancaires, l’enjeu est avant tout politique et stratégique. Depuis plusieurs décennies, l’Afrique ambitionne de renforcer son commerce intérieur afin de réduire sa dépendance aux marchés extérieurs et de mieux valoriser ses propres chaînes de valeur.

La création de la Zone de libre-échange continentale africaine constitue l’un des piliers de cette ambition. Mais aucun marché commun ne peut fonctionner efficacement sans un système de paiement capable d’accompagner les flux commerciaux.

Le PAPSS apparaît ainsi comme l’une des infrastructures les plus importantes construites depuis le lancement du projet d’intégration économique africaine. Pour les particuliers, cette innovation pourrait permettre d’envoyer de l’argent à leurs proches dans d’autres pays africains à moindre coût et dans des délais quasi instantanés.

Pour les entreprises, elle ouvre l’accès à de nouveaux débouchés commerciaux. Pour les États, elle renforce la capacité du continent à traiter ses propres transactions sans dépendre des circuits financiers extérieurs.

La Banque des États de l’Afrique centrale et le PAPSS travailleront désormais à l’opérationnalisation complète du dispositif d’ici la fin de l’année 2026 afin d’intégrer progressivement l’ensemble des établissements financiers de la région.

Cette étape pourrait marquer le début d’une transformation profonde des échanges africains. Car l’intégration économique ne se mesure pas uniquement à la suppression des frontières commerciales. Elle commence aussi par la capacité des Africains à payer, investir et commercer entre eux avec la même facilité qu’ils le font avec le reste du monde.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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