Economie

Gabon – Libreville : Mayoumba, le pari d’un marché du futur

Libreville, Vendredi 10 Juillet 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la modernisation du marché Mayoumba pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont l’Afrique centrale aborde la question sensible du commerce du gibier.

Longtemps associée aux marchés traditionnels et aux circuits informels, cette activité essentielle pour de nombreuses familles gabonaises entre aujourd’hui dans une nouvelle ère portée par les exigences sanitaires, les impératifs environnementaux et les enjeux de souveraineté alimentaire.

Réunis le 9 juillet à la mairie de Libreville, les responsables municipaux, les représentants des administrations concernées et les experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont officiellement lancé un ambitieux programme destiné à transformer le marché Mayoumba, situé au PK8 dans le sixième arrondissement de la capitale gabonaise.

Derrière ce projet se dessine une ambition plus vaste que la simple réhabilitation d’un espace commercial. Il s’agit de bâtir un modèle capable de concilier sécurité sanitaire, développement économique local et préservation des ressources naturelles dans un secteur qui occupe une place particulière dans les habitudes alimentaires et l’économie informelle de plusieurs pays africains.

Moderniser une filière stratégique

Le futur visage du marché Mayoumba tranche avec l’image traditionnelle des marchés de viande de brousse observés dans de nombreuses villes du continent. Le programme prévoit la construction d’ateliers modernes de découpe, de chambres froides, d’espaces spécialisés de transformation, de points de vente adaptés aux nouvelles normes sanitaires ainsi que d’installations administratives et d’équipements destinés à améliorer les conditions de travail des commerçants.

Cette transformation vise avant tout à réduire les risques sanitaires liés aux conditions actuelles de manipulation, de conservation et de commercialisation du gibier. Pour les experts impliqués dans le projet, l’amélioration des infrastructures constitue une réponse concrète aux défis de santé publique qui accompagnent depuis plusieurs années le commerce des produits issus de la faune sauvage.

Le renforcement des dispositifs d’hygiène, l’amélioration de la traçabilité des produits et l’introduction de meilleures pratiques de conservation doivent permettre de sécuriser davantage la chaîne d’approvisionnement et de protéger les consommateurs. Dans un contexte mondial marqué par une vigilance accrue sur les maladies zoonotiques et les risques de transmission entre animaux et humains, cette démarche revêt une dimension stratégique qui dépasse largement les frontières gabonaises.

Santé publique et souveraineté alimentaire

Au Gabon comme dans plusieurs pays d’Afrique centrale, le gibier demeure une source importante de protéines pour une partie de la population. La question n’est donc plus uniquement celle de l’interdiction ou de la restriction, mais celle de l’organisation, de la régulation et de la sécurisation des circuits de commercialisation. Le projet de Mayoumba s’inscrit précisément dans cette logique.

En structurant la filière autour d’infrastructures adaptées et de règles sanitaires renforcées, les autorités espèrent professionnaliser progressivement un secteur qui fait vivre de nombreux commerçants, transporteurs et acteurs économiques locaux. Cette approche pourrait également contribuer à améliorer les revenus des vendeurs grâce à une meilleure valorisation des produits et à une plus grande confiance des consommateurs.

Au-delà de l’aspect économique, les promoteurs du projet y voient également un levier pour renforcer la souveraineté alimentaire nationale en sécurisant davantage les chaînes locales d’approvisionnement. Dans un contexte international marqué par les tensions sur les marchés alimentaires mondiaux et la hausse des prix des importations, la valorisation des ressources locales apparaît désormais comme un enjeu stratégique pour de nombreux pays africains.

Un laboratoire pour les marchés africains

L’initiative portée conjointement par la municipalité de Libreville, les ministères concernés et les partenaires internationaux pourrait servir de référence pour d’autres villes confrontées aux mêmes défis. Car la problématique dépasse largement le seul cas gabonais.

Partout en Afrique centrale, les autorités cherchent désormais à concilier traditions alimentaires, impératifs de santé publique et exigences de développement durable. Le marché Mayoumba devient ainsi le terrain d’expérimentation d’un nouveau modèle de gouvernance des marchés alimentaires traditionnels.

Le maire de Libreville, Eugène M’Ba, a d’ailleurs réaffirmé la volonté de la municipalité d’accompagner pleinement cette transformation et de mobiliser les moyens nécessaires à sa réussite. Le succès du projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs, notamment l’adhésion des commerçants, l’accompagnement des acteurs de terrain et la capacité des institutions à assurer un suivi durable des nouvelles normes mises en place.

Une chose apparaît néanmoins déjà certaine.

En choisissant de moderniser plutôt que de marginaliser cette activité économique, Libreville ouvre un débat essentiel sur l’avenir des marchés traditionnels africains. Le chantier de Mayoumba dépasse ainsi la simple construction d’infrastructures.

Il interroge la capacité des villes africaines à inventer des solutions adaptées à leurs réalités économiques, sanitaires et culturelles tout en répondant aux standards internationaux de sécurité alimentaire.

Dans cette perspective, le marché du PK8 pourrait devenir bien davantage qu’un équipement municipal modernisé. Il pourrait devenir le symbole d’une nouvelle génération de marchés africains capables de conjuguer tradition, sécurité et développement économique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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