Politique

Gabon : Les oubliés de la République

Libreville, Jeudi 16 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Ils ont porté l’uniforme, servi l’État et participé pendant des décennies à la protection des institutions, des frontières et des citoyens. Aujourd’hui, une partie des anciens agents des Forces de défense et de sécurité du Gabon estime avoir été abandonnée par le système qu’elle a contribué à défendre.

Réunis au sein de l’Union des agents retraités des Forces de défense et de sécurité du Gabon, récemment reconnue par les autorités, ces anciens serviteurs de l’État ont choisi de porter leur combat jusque devant la Cour constitutionnelle.

Reçue mercredi à Libreville par le président de la Haute juridiction, Dieudonné Aba’a Owono, la délégation est venue exposer une situation qu’elle juge devenue intenable. Derrière les revendications financières se dessine en réalité une question plus profonde, celle de la place accordée aux anciens militaires, policiers, gendarmes et agents de sécurité dans le contrat social gabonais.

Au cœur des réclamations figurent l’application des dispositions prévues par les textes relatifs aux droits des retraités des corps de défense et de sécurité. Les représentants de l’Union rappellent notamment que l’article 94 prévoit une indemnité de services rendus pour tout agent admis à la retraite, tandis que l’article 104 prévoit le versement d’une pension équivalente à 80 % du dernier salaire de base perçu en activité.

Selon le président de l’organisation, Jean Edgard Moussavou, ces mécanismes ne bénéficieraient aujourd’hui qu’à une partie des retraités, principalement les officiers généraux, seuls concernés par un décret d’application spécifique. Une situation qui alimente un profond sentiment d’injustice parmi les autres catégories d’anciens agents.

La question dépasse désormais le simple cadre administratif. Dans de nombreux pays, la prise en charge des anciens membres des forces de sécurité constitue un indicateur de reconnaissance nationale et un facteur essentiel de cohésion institutionnelle. Une armée ou une police qui sait que la République protégera ses serviteurs après leur carrière demeure souvent plus stable, plus loyale et plus engagée dans sa mission.

Le président de la Cour constitutionnelle a invité les requérants à poursuivre leurs démarches dans le respect des procédures prévues par les institutions républicaines. Mais pour ces retraités, le temps administratif ne coïncide plus toujours avec l’urgence sociale.

Le dossier qui s’ouvre interroge désormais le Gabon sur sa capacité à honorer la mémoire de ceux qui ont consacré leur vie au service de l’État et à garantir que le devoir accompli ne se transforme jamais, une fois l’uniforme rangé, en oubli institutionnel.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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