GEX 26, le Gabon change d’échelle militaire
Libreville, Vendredi 25 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À première vue, GEX 26 pourrait n’être qu’un exercice militaire supplémentaire. Il révèle pourtant une évolution plus profonde de la politique de défense gabonaise. En réunissant les forces gabonaises, ivoiriennes et françaises autour d’un même dispositif opérationnel, Libreville cherche à transformer la coopération militaire en levier de montée en puissance.
À quelques jours des prochaines phases de l’exercice, les derniers réglages portent sur un enjeu devenu central dans les armées contemporaines, la capacité à agir ensemble, rapidement et efficacement, malgré des procédures, des cultures opérationnelles et des environnements différents.
Le 22 septembre 2026, les contingents engagés poursuivaient ainsi leurs préparatifs. Harmonisation des procédures, coordination des unités, circulation des consignes et capacité à évoluer conjointement dans différents milieux constituent le cœur de cette phase. Derrière cette mécanique apparemment technique se trouve une question stratégique pour le Gabon. Comment renforcer les capacités nationales tout en développant des partenariats capables d’accroître l’efficacité des forces sans diluer la maîtrise des enjeux de souveraineté ?
De la coopération à la capacité opérationnelle
La réponse passe notamment par l’interopérabilité. Une armée moderne ne se définit plus seulement par ses équipements ou ses effectifs. Elle doit pouvoir communiquer avec d’autres forces, comprendre leurs procédures, coordonner une manœuvre et intégrer rapidement des chaînes opérationnelles différentes.
C’est précisément ce que les exercices conjoints permettent de tester. Dans le cadre plus large des activités militaires conduites en Afrique en septembre 2026, le ministère français des Armées présente notamment Tandem 26.3, organisé entre autres au Gabon et en Côte d’Ivoire, comme un dispositif destiné à développer cette interopérabilité dans des environnements particulièrement exigeants. Combat en forêt, opérations en zone urbaine, navigation maritime ou intervention sur des terrains difficiles imposent des compétences spécifiques, mais surtout une capacité à les combiner.
Pour les forces gabonaises, l’enjeu est donc moins de reproduire les méthodes d’une armée partenaire que d’acquérir des réflexes opérationnels supplémentaires. La confrontation des doctrines, des pratiques et des expériences permet de mettre à l’épreuve les capacités nationales dans des configurations différentes de celles rencontrées dans l’entraînement quotidien.
Cette dimension donne à GEX 26 une portée particulière. L’exercice devient un laboratoire opérationnel où chaque séquence peut servir à identifier les forces, les insuffisances et les besoins futurs. L’interopérabilité n’est plus une notion abstraite. Elle devient une compétence concrète, construite par l’entraînement et éprouvée dans l’action.
Libreville mise sur le capital humain
L’autre dimension stratégique réside dans la professionnalisation. La modernisation d’une force armée ne dépend pas exclusivement de l’acquisition de matériels. Elle repose aussi sur la qualité de la formation, la maîtrise des procédures, la capacité de commandement et l’aptitude des personnels à évoluer dans des cadres opérationnels complexes.
Les exercices conjoints offrent précisément cet espace d’apprentissage. Les militaires gabonais peuvent y confronter leurs méthodes à celles de leurs partenaires, partager des expériences et développer une connaissance mutuelle indispensable lorsque plusieurs forces doivent agir sur un même théâtre.
Pour Libreville, cette approche s’inscrit dans une volonté plus large de consolidation des forces de défense et de sécurité. Le renforcement des capacités opérationnelles et la professionnalisation des personnels apparaissent comme deux piliers complémentaires. Une force mieux formée est davantage capable de défendre son territoire, mais également de coopérer efficacement lorsque les circonstances imposent une action coordonnée.
Le bénéfice recherché dépasse ainsi la durée de GEX 26. Ce qui compte véritablement est la capacité à transformer l’expérience accumulée pendant l’exercice en savoir-faire durable. Une procédure maîtrisée, une chaîne de coordination éprouvée ou une meilleure connaissance des méthodes d’un partenaire constituent des acquis qui peuvent rester opérationnels bien après la fin des manœuvres.
La souveraineté se construit aussi par les compétences
C’est ici que la coopération militaire prend une dimension politique et stratégique pour le Gabon. Le renforcement des forces de défense et de sécurité est présenté par le président de la République, chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, comme un élément important de la préservation de la souveraineté nationale.
Cette orientation donne un sens particulier aux partenariats militaires. Leur intérêt ne réside pas uniquement dans l’organisation d’exercices communs, mais dans leur capacité à contribuer au développement des compétences nationales. La coopération devient alors un moyen de renforcer l’outil de défense gabonais, d’élargir son expérience opérationnelle et d’améliorer sa préparation face aux différents défis liés à la protection du territoire.
L’enjeu est d’autant plus important que les réalités sécuritaires contemporaines ne se laissent plus enfermer dans des catégories simples. Les forces doivent pouvoir intervenir dans des environnements terrestres, urbains ou maritimes et coordonner leurs actions avec des partenaires lorsque la situation l’exige. Dans ce contexte, la capacité d’adaptation devient elle-même un instrument de souveraineté.
GEX 26 doit donc être lu à cette échelle. L’exercice ne constitue pas seulement une démonstration de coopération entre le Gabon, la Côte d’Ivoire et la France. Il participe à une dynamique plus large dans laquelle Libreville cherche à faire de ses partenariats un accélérateur de professionnalisation et de capacités nationales.
La véritable mesure du succès ne sera finalement pas le déroulement des manœuvres, mais ce que les forces gabonaises seront capables d’en retenir. Si l’entraînement se traduit par des compétences renforcées, une meilleure coordination et une autonomie opérationnelle accrue, alors la coopération aura produit son effet le plus stratégique. Pour le Gabon, l’objectif dépasse ainsi l’exercice lui-même. Il s’agit de construire, dans la durée, une force de défense mieux préparée, plus professionnelle et capable de coopérer sans perdre de vue la finalité première rappelée par les autorités, la protection du territoire et la consolidation de la souveraineté nationale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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