Gabon : SEEG, le vrai défi commence avec la scission
Libreville, Vendredi 25 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La réforme de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon entre dans une phase où les intentions doivent désormais se traduire en mécanismes concrets. En ouvrant le 22 septembre un dialogue direct avec le secteur bancaire, le gouvernement s’attaque à l’un des volets les plus sensibles de la transformation de la SEEG, celui de son architecture financière.
Sous l’impulsion du ministre de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, les établissements de crédit ont été associés aux discussions sur une réforme qui prévoit de séparer durablement les activités d’eau et d’électricité.
L’enjeu dépasse donc la simple réorganisation administrative d’une entreprise publique. La scission doit donner naissance à deux entités distinctes, Électricité du Gabon pour l’électricité et La Gabonaise des Eaux pour l’eau, avec chacune son propre cadre institutionnel, juridique et financier. Mais avant que cette nouvelle architecture puisse fonctionner, le gouvernement doit résoudre une équation autrement plus complexe, celle des engagements accumulés par la SEEG et de leur traitement dans le cadre de la transition.
Le passif, première épreuve de la réforme
La rencontre avec l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit n’est pas anodine. Les banques sont directement concernées par les conséquences financières d’une transformation qui doit clarifier les responsabilités, sécuriser les engagements existants et éviter qu’une nouvelle organisation ne reproduise les fragilités de l’ancienne.
C’est dans cette perspective que les discussions ont accordé une place importante au passif historique de la SEEG. Le gouvernement envisage notamment une structure de défaisance destinée à isoler et traiter les engagements concernés, ainsi qu’un mécanisme de titrisation. La circularisation des encours bancaires doit compléter ce dispositif en permettant de confronter les informations détenues par les différentes parties et d’établir une photographie consolidée, fiable et exhaustive des dettes et engagements.
Cette étape peut sembler technique. Elle constitue pourtant l’un des fondements de la réforme. Impossible de bâtir deux nouvelles entités solides si les engagements hérités de l’ancien modèle restent insuffisamment identifiés ou juridiquement mal répartis. La clarification du passif devient ainsi une condition préalable à la crédibilité financière de la future organisation.
Le dialogue engagé avec les banques répond précisément à cette nécessité. Il permet au gouvernement d’identifier les risques, de mesurer les conséquences financières des différents scénarios et de préparer les conditions d’une transition susceptible de préserver les intérêts des créanciers tout en donnant aux nouvelles structures une base financière lisible.
Deux entreprises, deux modèles à construire
La séparation de l’eau et de l’électricité répond également à une logique de différenciation des activités. Ces deux secteurs relèvent de contraintes techniques, économiques et opérationnelles distinctes. Leur regroupement au sein d’une même structure avait conduit à une organisation où les problématiques des deux services étaient traitées dans un cadre commun. La réforme entend désormais donner à chacun un instrument institutionnel spécifiquement adapté à ses réalités.
Cette évolution ne sera toutefois pertinente que si elle améliore concrètement le fonctionnement des services. La création d’Électricité du Gabon et de La Gabonaise des Eaux ne peut donc constituer une fin en soi. Elle doit permettre de clarifier les responsabilités, d’améliorer la gouvernance et de créer les conditions d’une gestion plus adaptée aux impératifs propres à chaque secteur.
Le chantier est d’autant plus sensible que l’électricité et l’eau constituent des infrastructures essentielles à la vie économique et sociale. Une restructuration mal maîtrisée pourrait fragiliser la continuité du service public. À l’inverse, une transition soigneusement préparée peut offrir l’occasion de revoir les mécanismes de gestion, de renforcer la lisibilité financière des deux activités et de créer les conditions d’une amélioration durable de la fourniture.
C’est pourquoi les garanties juridiques, le cadre réglementaire et les conditions précises de mise en œuvre occupent une place centrale dans les échanges. La réforme ne peut réussir sans un dispositif suffisamment robuste pour sécuriser les actifs, les engagements, les personnels, les relations contractuelles et la continuité des opérations.
Le test sera celui du service rendu
En associant le secteur bancaire à cette phase de préparation, le gouvernement reconnaît implicitement une réalité essentielle. La transformation de la SEEG ne sera pas uniquement une affaire d’organisation administrative. Elle sera aussi une opération financière, juridique et économique dont la réussite dépendra de la capacité à coordonner l’ensemble des acteurs concernés.
La question centrale demeure cependant celle du résultat pour les populations. Derrière les mécanismes de titrisation, la circularisation des encours ou la création d’une structure de défaisance se trouve une finalité beaucoup plus concrète, garantir que la réforme débouche sur des services d’eau et d’électricité plus fiables et plus durables.
C’est là que se mesurera véritablement la portée de la scission. Si la nouvelle architecture permet de mieux maîtriser les finances, de responsabiliser les structures, de sécuriser les investissements et d’améliorer la qualité du service, elle pourra constituer un tournant dans la gestion de ces deux secteurs stratégiques. Si elle se limite à déplacer les structures sans résoudre les difficultés financières et opérationnelles héritées du passé, elle restera une réforme institutionnelle de plus.
Sous les orientations du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le gouvernement présente cette transformation comme une étape de modernisation de l’action publique. Le dialogue engagé avec les banques montre désormais que cette ambition entre dans sa phase la plus exigeante, celle où il faut transformer une décision politique en architecture financière viable.
La scission de la SEEG n’est donc pas seulement un changement de nom ou de périmètre. Elle constitue une épreuve de gouvernance. Le véritable succès de la réforme se jugera moins à la naissance de deux nouvelles entreprises qu’à leur capacité à fonctionner durablement, à honorer leurs engagements, à attirer les moyens nécessaires à leur développement et, surtout, à garantir aux Gabonais le service public qu’ils sont en droit d’attendre.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon

















