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Madagascar : La Gen Z réclame ses dividendes

Libreville, Dimanche 27 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Un an après avoir contribué à faire tomber un pouvoir qu’elle jugeait sourd aux difficultés quotidiennes, une partie de la jeunesse malgache découvre la difficulté la plus politique des révolutions de rue. Faire partir un dirigeant ne suffit pas à changer un pays.

À Madagascar, la génération qui avait placé l’eau, l’électricité, les conditions de vie et la responsabilité publique au cœur de sa mobilisation estime aujourd’hui que la promesse de rupture reste largement à démontrer.

Le premier anniversaire des manifestations de septembre 2025 intervient ainsi dans une atmosphère paradoxale. Les autorités commémorent le mouvement qui a bouleversé le pays, tandis que certains de ceux qui l’ont porté redoutent que leur mobilisation soit désormais récupérée par le pouvoir qu’elle a contribué à installer.

De la colère sociale au basculement politique

Le mouvement Gen Z Madagascar était né d’un problème aussi concret que politique. Les coupures d’eau et d’électricité, devenues le symbole d’un quotidien dégradé, avaient fait descendre une jeunesse connectée dans les rues d’Antananarivo avant que la contestation ne s’étende à d’autres revendications sur la gouvernance, le coût de la vie et la pauvreté. Les manifestations avaient commencé le 25 septembre 2025 et rapidement pris une dimension nationale.

La répression avait fait des victimes. L’ONU avait alors fait état d’au moins 22 morts et de plus d’une centaine de blessés, un bilan contesté par les autorités malgaches.

Le véritable basculement était venu lorsque des éléments de la CAPSAT avaient refusé de tirer sur les manifestants et rejoint la dynamique de contestation. Le président Andry Rajoelina avait quitté le pays, avant que le colonel Michaël Randrianirina, commandant de cette unité, ne soit installé à la tête de l’État le 17 octobre 2025.

Ce moment avait créé une alliance singulière entre une jeunesse mobilisée et une institution militaire. Mais cette alliance portait en elle une contradiction fondamentale. Une mobilisation née pour réclamer davantage de responsabilité citoyenne se retrouvait à accompagner l’arrivée d’un pouvoir issu de l’armée. C’est précisément cette ambiguïté qui revient aujourd’hui au premier plan.

Le pouvoir a changé, les attentes demeurent

Un an plus tard, le sentiment de trahison exprimé par certains militants ne signifie pas que l’ensemble de la Gen Z malgache parle d’une seule voix. Le mouvement s’est fragmenté, comme c’est souvent le cas lorsque la contestation quitte la rue pour entrer dans le champ institutionnel.

Une partie de ses représentants affiche désormais son soutien à Randrianirina, tandis que d’autres observent avec prudence les commémorations officielles organisées pour le premier anniversaire. Leur crainte est claire, selon les témoignages rapportés dans la presse malgache. Que la mémoire d’une mobilisation populaire devienne un instrument de légitimation du nouveau pouvoir.

Sur le terrain, les attentes sont pourtant beaucoup plus immédiates que les cérémonies politiques. Une représentante de l’Association des victimes d’Andranoro, qui dit avoir perdu quatre proches durant les manifestations, souligne quelques améliorations dans les coupures d’eau et d’électricité, tout en estimant que la transformation sociale attendue prendra du temps.

À Fort-Dauphin, Voahangy résume une autre frustration. Même lorsque les autorités évoquent une progression des récoltes, les difficultés financières demeurent pour de nombreux ménages.

Cette réalité rappelle le cœur du problème. La jeunesse malgache n’avait pas manifesté pour changer uniquement un visage au sommet de l’État. Elle demandait une amélioration palpable de son existence.

Or l’électricité, l’eau, le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et la transparence ne se réforment pas par décret. Ils exigent des institutions capables de produire des résultats mesurables.

La bataille de l’après-révolution

Les commémorations prévues à Antananarivo, avec dévoilement d’une stèle, marche et discours de Randrianirina sur la place du 13-Mai, donnent donc au premier anniversaire une portée qui dépasse la mémoire. Cette place, déjà associée aux grands épisodes de contestation politique malgache, devient le décor d’une nouvelle interrogation. Le mouvement de 2025 appartient-il désormais à l’histoire ou reste-t-il une exigence politique vivante ?

Le pouvoir militaire a promis une transition et des élections. Mais la question centrale sera celle de la crédibilité du processus et de la capacité des nouvelles autorités à répondre aux causes profondes de la colère qui a emporté le précédent régime.

L’expérience malgache rappelle ainsi une règle politique devenue familière dans plusieurs mobilisations de jeunesse à travers le monde. Les réseaux sociaux peuvent accélérer une contestation, les foules peuvent provoquer un basculement et une crise peut renverser un gouvernement. Mais aucune de ces forces ne garantit, à elle seule, la transformation économique et institutionnelle réclamée dans la rue.

La Gen Z malgache se retrouve donc face à son propre paradoxe. Elle a découvert qu’elle pouvait faire tomber un pouvoir. Elle doit désormais vérifier si elle peut empêcher qu’un autre reproduise les mécanismes qu’elle dénonçait.

C’est là que se jouera la véritable signification de septembre 2025. Non dans le nombre de cérémonies organisées pour célébrer la chute de l’ancien régime, mais dans la capacité du nouveau pouvoir à rendre aux citoyens les raisons concrètes de croire au changement. À Madagascar, la révolution de la jeunesse entre désormais dans son épreuve la plus difficile, celle des résultats.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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