Savana : le Gabon se raconte autrement
Libreville, Mardi 29 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Et si l’un des futurs outils de promotion touristique du Gabon tenait dans une boîte de jeu ? À l’heure où les destinations cherchent moins à vendre des paysages qu’à construire des expériences, « Savana » propose une autre manière de faire découvrir le pays.
Présenté le 26 septembre à l’Institut Léon Mba, à Libreville, dans le cadre du programme Green and Blue Leader, ce jeu de société place les 13 parcs nationaux au cœur d’un dispositif à la fois ludique, pédagogique et tourné vers la valorisation du patrimoine naturel.
L’initiative portée par Parfait Paul Nzayh intervient à la veille de la Journée mondiale du tourisme, célébrée le 27 septembre. Elle révèle surtout une évolution du regard porté sur le tourisme gabonais. Il ne s’agit plus seulement de faire connaître une destination à des visiteurs étrangers, mais de créer une culture nationale du patrimoine, capable d’associer jeunesse, environnement, entrepreneuriat et attractivité internationale.
Transformer le patrimoine en expérience
Dans sa première édition consacrée au Gabon, « Savana » invite les joueurs à parcourir les 13 parcs nationaux du pays, à travers des cartes, des pions et des dés. Le principe paraît simple. L’enjeu, lui, est plus stratégique. En transformant les espaces protégés en objets de découverte accessibles au grand public, le jeu rend tangible un patrimoine souvent connu de manière fragmentaire, y compris par les populations qui vivent à proximité.
Cette dimension pédagogique constitue l’une des forces du projet. « Savana » cherche notamment à familiariser les enfants avec les écosystèmes gabonais et les gestes écologiques du quotidien. Le tourisme devient ainsi un point d’entrée vers l’éducation environnementale, tandis que la biodiversité cesse d’être seulement une richesse à préserver pour devenir aussi une histoire à transmettre.
Cette approche correspond à l’esprit du programme Green and Blue Leader de l’Institut Léon Mba, qui met en avant des initiatives entrepreneuriales de jeunes dans le champ de l’économie du vivant. Le projet s’inscrit également dans les orientations du Plan national de croissance et de développement autour de la préservation et de la valorisation du patrimoine naturel.
Une destination ne se résume pas à ses paysages
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc le simple lancement d’un produit ludique. La question centrale est celle de la capacité du pays à transformer son exceptionnelle richesse naturelle en véritable économie touristique.
Forêts, parcs nationaux, littoral, biodiversité, cultures et artisanat constituent un portefeuille d’atouts considérable. Mais une destination internationale se construit aussi par les récits qu’elle produit, les expériences qu’elle propose et la capacité de sa population à se les approprier. Sur ce terrain, « Savana » apporte une réponse originale en faisant du patrimoine national un contenu culturel, éducatif et potentiellement exportable.
Cette dynamique intervient alors que les pouvoirs publics cherchent à structurer davantage le secteur. Le Conseil des ministres du 18 septembre a adopté le projet de décret instituant la Caravane Touristique du Gabon comme événement national annuel, organisé entre juin et août. Le dispositif doit contribuer à valoriser les patrimoines naturel, culturel et artisanal, promouvoir le tourisme intérieur et international, diversifier l’offre et stimuler les économies locales.
Le rapprochement entre ces deux initiatives est significatif. La Caravane peut faire circuler la destination sur le territoire, tandis que des outils comme « Savana » peuvent contribuer à faire circuler son image dans les imaginaires. L’une agit par l’événement et la mobilité, l’autre par la transmission et l’expérience.
Le véritable défi commence après la promotion
Le Gabon dispose désormais d’un enjeu plus exigeant que celui de la simple communication touristique. Il lui faut convertir son capital naturel en activités économiques durables, en emplois, en services locaux et en expériences suffisamment structurées pour attirer puis fidéliser les visiteurs.
Un jeu ne peut évidemment pas, à lui seul, transformer une industrie. Mais il peut contribuer à une chaîne plus vaste dans laquelle l’éducation, la culture, l’entrepreneuriat, la conservation et le tourisme cessent d’évoluer séparément.
C’est précisément là que « Savana » prend une dimension intéressante. En mettant les enfants et les jeunes au contact des parcs nationaux, il travaille sur le long terme. Il ne vend pas seulement une destination. Il contribue à fabriquer les futurs ambassadeurs de cette destination.
Pour que cette ambition produise des effets économiques réels, elle devra toutefois s’accompagner d’infrastructures touristiques, d’une meilleure accessibilité des sites, de formations, de services professionnels, de circuits locaux et d’une stratégie internationale cohérente. La notoriété du Gabon ne pourra durablement progresser que si la qualité de l’expérience est à la hauteur de la richesse de son patrimoine.
« Savana » rappelle ainsi une évidence stratégique. Le tourisme de demain ne se construira pas uniquement avec des paysages à montrer, mais avec des histoires à raconter, des populations à associer et une valeur locale à créer. Pour le Gabon, faire connaître ses parcs est une première étape. Faire de cette connaissance un moteur de développement constitue le véritable horizon.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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