Côte d’Ivoire : Koné, l’or ivoirien change d’échelle
Libreville, Mardi 29 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La Côte d’Ivoire vient de franchir un cap qui dépasse largement la symbolique d’un premier lingot. À Koné, dans le district du Woroba, Montage Gold a réalisé le 26 septembre sa première coulée d’or, produisant environ 42 kilogrammes, soit près de 1 140 onces, seulement vingt mois après le lancement des travaux.
Le geste marque l’entrée progressive du projet dans sa phase productive et confirme surtout le changement d’échelle d’une industrie minière appelée à peser davantage dans l’économie ivoirienne.
Derrière ces premiers kilos se joue une transformation plus profonde. Abidjan cherche désormais à faire de l’or un deuxième grand moteur d’exportation, capable de compléter le modèle historiquement dominé par le café et le cacao. Le gouvernement vise environ 100 tonnes de production annuelle à l’horizon 2035 et prépare parallèlement une unité d’affinage d’une capacité annoncée de 100 tonnes, avec une mise en service prévue au premier semestre 2027.
Koné, une mine pensée pour durer
Le projet de Montage Gold repose sur une durée d’exploitation estimée à seize ans et sur une montée en puissance qui doit transformer progressivement le site en l’un des grands actifs aurifères du pays. Le circuit consacré au minerai oxydé doit atteindre la production commerciale au quatrième trimestre 2026, tandis que le circuit de traitement de la roche dure doit être achevé au deuxième trimestre 2027. Le projet vise à terme une production supérieure à 300 000 onces par an durant ses premières années d’exploitation.
Le calendrier donne une mesure de l’enjeu industriel. Plus de 400 000 tonnes de minerai avaient déjà été traitées avant la première coulée et les travaux de forage se poursuivent afin d’accroître la connaissance du gisement et de ses extensions. La construction a par ailleurs généré environ 3 600 emplois, avec plus de 95 % de travailleurs ivoiriens, tandis qu’environ 1 500 emplois permanents sont annoncés pour la phase d’exploitation.
Cette intégration de la main-d’œuvre nationale est déterminante. Une mine moderne ne se mesure plus uniquement au volume de minerai extrait, mais à sa capacité à faire émerger des compétences, des entreprises sous-traitantes, des services logistiques et une chaîne industrielle autour du gisement. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est précisément de transformer l’investissement minier en activité économique durable au-delà de la clôture du site.
De la production à la transformation
La progression de Koné intervient dans un secteur ivoirien déjà en forte expansion. Les données officielles font état d’une production passée de 23,54 tonnes en 2015 à 59,12 tonnes en 2024, tandis que les projections gouvernementales tablaient sur 61 tonnes en 2025, 63 tonnes en 2026 et 65 tonnes en 2027. Le développement de Koné doit contribuer à cette trajectoire.
Mais la véritable rupture pourrait se jouer en aval. Produire davantage d’or ne suffit pas à accroître mécaniquement la valeur captée par l’économie nationale. L’affinage local annoncé par les autorités vise précisément à réduire cette dépendance à l’exportation de produits peu transformés. L’objectif affiché est de disposer, dès le premier semestre 2027, d’une capacité de traitement pouvant atteindre 100 tonnes par an.
Cette évolution place également la Côte d’Ivoire face à une question plus large de politique industrielle. Les revenus miniers peuvent financer des infrastructures, des écoles, des centres de santé, l’accès à l’eau ou l’électrification des zones productrices. Mais leur impact réel dépendra de la transparence des mécanismes de redistribution, de la qualité des infrastructures et de la capacité à développer des fournisseurs et des compétences ivoiriennes.
L’enjeu dépasse le lingot
Koné arrive ainsi à un moment où Abidjan cherche à repositionner son secteur extractif. L’objectif n’est plus seulement d’attirer des capitaux pour ouvrir des mines, mais de construire progressivement un écosystème minier capable de produire, transformer, employer et exporter davantage de valeur depuis le territoire national.
Le projet de Montage Gold constitue une pièce importante de cette stratégie, sans en être à lui seul la garantie. Le succès économique se mesurera dans la durée, à travers la production effective, les recettes publiques, les emplois permanents, l’intégration des entreprises locales, les infrastructures et la transformation industrielle.
Le premier lingot de Koné est donc moins une arrivée qu’un signal de départ. La Côte d’Ivoire dispose désormais d’une industrie aurifère suffisamment dynamique pour modifier son profil économique régional. La prochaine étape sera de démontrer que la croissance des volumes peut également produire davantage de valeur ajoutée, de compétences et de prospérité durable sur le territoire ivoirien.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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