Economie

Gabon-Chine : L’ouverture chinoise passe au test du réel

Libreville, Jeudi 1er Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, le dialogue entre la Chine et l’Afrique change de registre. Réunis autour du 15ᵉ Plan quinquennal chinois et de la politique de zéro tarif douanier accordée à certains produits africains, responsables politiques, diplomates, universitaires et opérateurs économiques ont posé une question qui dépasse largement le cadre d’un colloque.

Que peut réellement gagner le Gabon d’une ouverture accrue du marché chinois, et surtout comment transformer cette fenêtre commerciale en capacité productive durable ?

Ouvert mercredi 30 septembre par Hugues Mbadinga Madiya, président de l’Institut Prométhée, le colloque Chine-Afrique organisé à Libreville entend précisément déplacer le débat. L’enjeu n’est plus seulement de célébrer la profondeur des relations sino-africaines, mais d’en mesurer les retombées concrètes pour les économies africaines. Autour de l’ambassadeur de Chine au Gabon, Zhou Ping, et des ministres Zenaba Gninga Chaning et Lubin Martial Ntoutoume, les échanges ont ainsi placé les entreprises, l’industrie, le commerce, la gouvernance et les échanges humains au cœur d’une même réflexion.

De l’accès au marché à la capacité de produire

La suppression des droits de douane constitue, sur le papier, un avantage considérable. Mais elle ne garantit pas, à elle seule, l’arrivée massive de produits gabonais sur le marché chinois. C’est précisément sur ce point que le débat de Libreville prend une dimension stratégique.

La ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PME/PMI, Zenaba Gninga Chaning, a insisté sur la nécessité de transformer l’ouverture commerciale en opportunités pour les entreprises, les producteurs et la jeunesse. Car accéder à un marché mondial de cette dimension suppose davantage qu’une préférence tarifaire. Il faut produire en quantité, respecter les normes, assurer la régularité des approvisionnements, maîtriser les coûts et construire des entreprises capables de tenir dans la durée.

Cette équation est particulièrement importante pour le Gabon. Le pays dispose de ressources naturelles, d’un potentiel agricole, forestier et industriel, mais doit encore renforcer les chaînes de transformation, la certification, la logistique et l’organisation de son tissu entrepreneurial. L’accès au marché chinois peut donc devenir un accélérateur, à condition que l’offre gabonaise soit en mesure de répondre à la demande.

Le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Martial Ntoutoume, a placé cette question au centre de son intervention. À ses yeux, la politique chinoise de zéro droit de douane constitue l’une des expressions les plus récentes de l’ouverture économique de Pékin. Mais son intérêt pour le Gabon dépendra de la capacité du pays à articuler accès au marché, transfert de technologies, partenariats industriels et montée en compétences.

Ne pas importer un modèle, mais capter ses ressorts

C’est probablement là que se situe le véritable enjeu de cette séquence. La relation avec la Chine ne peut être réduite à une relation d’acheteur à vendeur, ni à la seule recherche de débouchés pour les matières premières africaines.

Les discussions du colloque s’organisent autour de quatre axes. Le premier porte sur le 15ᵉ Plan quinquennal chinois, le zéro tarif douanier et les nouvelles orientations de la coopération. Le deuxième interroge la capacité des économies africaines à saisir les opportunités industrielles et commerciales. Le troisième s’intéresse à l’expérience chinoise en matière de gouvernance. Le quatrième élargit le champ aux échanges humains et culturels.

Cette architecture est révélatrice d’une évolution du partenariat. Pour le Gabon, la question essentielle consiste désormais à obtenir davantage de valeur de la coopération. Cela passe par les technologies, la formation, les compétences, les partenariats industriels et l’accompagnement des administrations, mais aussi par une meilleure préparation des entreprises nationales aux exigences des marchés internationaux.

Hugues Mbadinga Madiya a résumé cette ambition en appelant à passer « de la pensée à l’action ». La formule prend un relief particulier alors que les politiques industrielles et commerciales africaines cherchent encore leur articulation avec les grands marchés mondiaux.

L’ambassadeur Zhou Ping a, de son côté, présenté la rencontre comme un « bébé commun », dans le contexte du 70ᵉ anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique. Pékin présente le zéro tarif comme un instrument destiné à faciliter l’entrée de produits africains sur son marché et à renforcer les capacités de développement autonome du continent. Cette approche s’inscrit également dans la mise en œuvre du Plan d’action de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine.

L’économie ne suffira pas à elle seule

Le choix de prolonger le colloque par une exposition artistique à l’Hôtel de Ville de Libreville, jeudi 1er octobre, n’est donc pas anodin. Sous le thème « Dialogue des civilisations pour un avenir commun », cette manifestation veut inscrire le rapprochement sino-gabonais dans une dimension qui dépasse les contrats et les échanges commerciaux.

L’exposition doit notamment présenter « Le Fleuve des Civilisations », œuvre réalisée en 2026 par l’artiste gabonaise Michelle Nze. Cette création en technique mixte, de 80 × 100 cm, associe des références visuelles aux imaginaires gabonais et chinois. Elle vient prolonger, sur le terrain culturel, les échanges engagés dans les domaines économique, institutionnel et académique.

Cette articulation entre commerce, industrie, gouvernance et culture traduit une réalité plus profonde. Une relation internationale durable ne se mesure pas seulement au volume des échanges. Elle se juge aussi à la capacité des partenaires à créer des compétences, des entreprises, des innovations, des passerelles humaines et une compréhension réciproque.

Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de franchir un seuil. Le zéro tarif ne deviendra une véritable opportunité que si le pays dispose de produits compétitifs à exporter, d’entreprises suffisamment solides pour conquérir les marchés, d’infrastructures capables de soutenir les flux et d’une stratégie industrielle permettant de conserver davantage de valeur sur son territoire.

Le colloque de Libreville aura donc servi de laboratoire d’idées. Sa portée réelle dépendra moins des déclarations prononcées que de la capacité à convertir les échanges en décisions, les préférences commerciales en exportations et la coopération en capacités productives. C’est à cette condition que l’ouverture chinoise pourra devenir, pour le Gabon et plus largement pour l’Afrique, autre chose qu’une promesse de marché.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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