Economie

Gabon : SAIL, le pétrole face à son triple défi

Libreville, Samedi 3 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, l’avenir du pétrole et du gaz ne se jouera pas uniquement dans les puits, les terminaux ou les installations industrielles. Il se décidera aussi dans la capacité du pays à sécuriser ses approvisionnements, valoriser davantage ses ressources, former ses propres compétences et prévenir les tensions que peuvent provoquer les grands projets sur les territoires.

C’est cette équation, à la fois économique, sociale et environnementale, qui s’est imposée vendredi à Libreville lors d’un panel consacré aux enjeux du secteur pétrolier et gazier au Salon africain des infrastructures.

Réunis autour des perspectives de transformation des infrastructures gabonaises, des représentants de Gab’Oil, de Solutions for Facilities and Maintenance Services (Sofams) et d’Insuco ont fait émerger une même conviction : l’industrie des hydrocarbures ne peut plus être pensée comme une succession d’opérations techniques. Elle doit être envisagée comme un écosystème associant logistique, énergie, capital humain, territoires et protection des ressources naturelles.

Sécuriser la chaîne, libérer le potentiel gazier

Pour Michel Aubert, directeur général adjoint de Gab’Oil, la première urgence demeure la disponibilité des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire. Cette sécurité repose sur une chaîne où chaque maillon compte, de la Société gabonaise de raffinage à la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers, en passant par les transporteurs et les distributeurs.

La question paraît logistique. Elle est en réalité stratégique. Une rupture d’approvisionnement affecte directement les ménages, les entreprises et les activités économiques. Dans un pays qui cherche à renforcer son industrialisation, la continuité énergétique devient ainsi une condition de compétitivité.

Le gaz ouvre parallèlement un autre chantier. Une partie du potentiel associé à la production pétrolière demeure insuffisamment valorisée, alors même que les besoins énergétiques du pays progressent. Le représentant de Sofams, Mourad, a pointé le manque d’infrastructures et d’expertise technique nécessaires pour transformer pleinement cette ressource en valeur économique.

Le défi dépasse donc la simple production. Il concerne la capacité à collecter, traiter, transporter et utiliser le gaz dans des conditions techniquement et économiquement viables. Autrement dit, le Gabon dispose d’une ressource, mais doit encore consolider l’architecture industrielle permettant d’en tirer davantage de valeur.

La biodiversité entre dans l’équation économique

Cette transformation ne peut cependant s’effectuer en faisant abstraction des territoires. C’est l’un des enseignements majeurs portés par Sandrine Biau Lalanne, représentante d’Insuco, qui a replacé la biodiversité et les populations au centre de la réflexion sur les projets pétroliers et gaziers.

Son argument est particulièrement important pour les investisseurs : l’environnement et le social ne constituent pas uniquement des obligations réglementaires. Ils participent aussi à la maîtrise du risque économique. Une mauvaise anticipation peut entraîner des conflits avec les communautés, interrompre des activités, accroître les coûts de restauration, fragiliser la réputation d’une entreprise ou compliquer ses relations avec les bailleurs et investisseurs.

La méthode défendue repose sur une hiérarchie claire. Avant de réduire ou de restaurer un impact, il faut d’abord chercher à l’éviter. Cela peut conduire à modifier un tracé, déplacer une implantation, réduire l’emprise d’un chantier ou adapter le calendrier des travaux aux périodes sensibles pour certaines espèces.

Cette logique prend une dimension particulière au Gabon. Une forêt, une rivière, une zone humide ou une mangrove ne représentent pas seulement une valeur écologique. Ces espaces peuvent également être des lieux de pêche, de chasse, d’agriculture, de collecte de ressources ou porter une dimension culturelle et coutumière.

D’où la nécessité, selon l’experte, d’établir une cartographie croisée des écosystèmes, des usages des ressources, des droits fonciers et coutumiers, des activités économiques et des populations qui en dépendent. L’objectif est de comprendre les conséquences d’une modification du territoire avant qu’elles ne deviennent des sources de conflit.

Cette vigilance doit se poursuivre pendant toute la durée du projet. Études d’impact, plans de gestion, indicateurs, mécanismes d’alerte et participation des populations doivent former un système de surveillance continu plutôt qu’un exercice réalisé uniquement avant le démarrage des travaux.

Le capital humain comme infrastructure invisible

Reste une autre condition de réussite, souvent moins visible que les équipements : la compétence. Jean-Pierre Mbadinga Nzamba, directeur des ressources humaines de Sofams, a plaidé pour une alliance renforcée entre l’État, les entreprises et les établissements de formation. L’objectif est d’adapter les cursus aux besoins réels de l’industrie et d’accroître progressivement la présence des compétences gabonaises dans les métiers du gaz.

Soudure, tuyauterie à haute pression, maintenance des installations ou opérations techniques exigent des qualifications spécifiques et une expérience pratique. Pour répondre à ces besoins, les formations doivent pouvoir s’appuyer sur des professionnels expérimentés et offrir aux jeunes une immersion plus proche des réalités industrielles.

L’enjeu est double. Il s’agit d’abord de répondre aux besoins immédiats des entreprises. Mais il s’agit surtout de construire une capacité nationale permettant au Gabon de conserver davantage de valeur sur son territoire.

C’est là que les trois dimensions discutées au SAIL se rejoignent. Une industrie pétrolière et gazière performante a besoin d’une chaîne d’approvisionnement fiable, d’infrastructures adaptées, d’un gaz mieux valorisé, mais aussi de territoires préservés et de travailleurs qualifiés.

Le véritable défi du Gabon n’est donc plus seulement de produire des hydrocarbures. Il consiste à bâtir autour de ces ressources un modèle industriel capable de sécuriser l’énergie, créer des emplois, développer les compétences et limiter les risques environnementaux et sociaux.

Le SAIL aura ainsi mis en lumière une réalité fondamentale : dans l’industrie des hydrocarbures de demain, la performance ne se mesurera plus uniquement aux volumes extraits. Elle se mesurera aussi à la capacité d’un pays à transformer ses ressources sans fragiliser ses territoires, à intégrer ses populations et à faire monter en puissance ses propres compétences.

C’est à cette condition que le pétrole et le gaz pourront véritablement devenir des instruments de transformation économique plutôt que de simples ressources à exploiter.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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