Insolvabilité : Libreville prépare un nouveau débat Afrique-Europe
Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Et si la manière dont une économie traite ses entreprises en difficulté était devenue un indicateur de sa maturité ? C’est autour de cette question, à la fois juridique, économique et stratégique, que Libreville accueillera les 10 et 11 décembre 2026 la Conférence internationale Afrique–Europe sur l’insolvabilité.
En amont de ce rendez-vous, l’ambassadeur du Gabon à Bruxelles, Eudes Régis Immongault-Tatangani, a reçu le Dr Laëtitia Makita-Ngadi, présidente de Semen Africa Consulting, et Me Werner Derijcke, président du comité scientifique de la conférence.
Placée sous le thème « L’insolvabilité : prémices d’une révolution », la rencontre entend réunir universitaires, juristes, magistrats, économistes, entrepreneurs et praticiens autour d’un sujet encore trop souvent abordé sous le seul angle de l’échec d’une entreprise. Or, dans une économie moderne, traiter l’insolvabilité ne consiste pas seulement à organiser la disparition d’un acteur devenu fragile. Il s’agit aussi de savoir préserver ce qui peut l’être : des emplois, des actifs, des compétences, des créances, des investisseurs et parfois des secteurs économiques entiers.
Quand la difficulté d’une entreprise devient une question d’État
L’insolvabilité est souvent perçue comme le dernier acte de la vie d’une entreprise. Elle peut pourtant constituer un moment déterminant de la politique économique. Une procédure trop lente ou trop incertaine peut immobiliser des capitaux, fragiliser les créanciers et décourager l’investissement. À l’inverse, un cadre suffisamment lisible peut permettre d’identifier rapidement les entreprises viables, de restructurer celles qui peuvent l’être et d’organiser proprement la sortie de celles qui ne peuvent plus poursuivre leur activité.
C’est cette approche que la conférence veut placer au centre du débat. Organisée par le Fonds scientifique Jean Bastin, l’Université Internationale de Libreville – Berthe & Jean et Semen Africa Consulting, elle ambitionne de mettre en dialogue les expériences européennes et les pratiques de l’espace OHADA.
L’enjeu dépasse donc la technique juridique. Pour les économies africaines qui cherchent à attirer davantage de capitaux privés et à faire émerger des entreprises nationales solides, la sécurité juridique constitue une infrastructure aussi importante que les routes, l’énergie ou les télécommunications. Un investisseur ne regarde pas uniquement les possibilités de rendement ; il évalue également ce qui se passe lorsque son investissement rencontre une difficulté. La qualité du traitement des entreprises en crise devient alors un élément de compétitivité.
Afrique-Europe : comparer les pratiques pour faire évoluer les règles
La rencontre de Libreville veut précisément ouvrir cet espace de comparaison. Les systèmes européens disposent d’une expérience importante en matière de prévention des difficultés, de restructuration et de traitement des procédures collectives. L’espace OHADA, de son côté, dispose d’un cadre juridique commun qui constitue un instrument essentiel d’intégration économique pour ses États membres.
Le dialogue entre ces deux univers peut permettre d’interroger les pratiques existantes sans tomber dans la simple transposition de modèles. Les réalités économiques africaines, la structure du tissu entrepreneurial, le poids des PME, l’accès au financement et les particularités des marchés locaux imposent d’adapter les réponses.
La question centrale devient alors celle de l’efficacité : comment intervenir suffisamment tôt ? Comment protéger les créanciers sans condamner prématurément l’entreprise ? Comment préserver l’emploi ? Comment responsabiliser les dirigeants ? Comment accélérer les procédures judiciaires ? Et surtout, comment construire un environnement dans lequel l’échec économique ne signifie pas nécessairement la destruction définitive de la valeur ?
Ces interrogations donnent au rendez-vous de décembre une portée qui dépasse le cercle des spécialistes du droit des affaires.
La diaspora au cœur d’une nouvelle souveraineté économique
Le choix de Libreville comme lieu de cette réflexion intervient également dans un contexte où le Gabon cherche à renforcer sa souveraineté économique, à attirer l’investissement et à mieux valoriser ses compétences nationales. L’ambassade du Gabon en Belgique, partenaire institutionnel de l’événement, entend ainsi inscrire cette initiative dans les priorités portées par les autorités gabonaises en matière d’investissement, de souveraineté économique et de valorisation des compétences.
L’un des éléments les plus significatifs réside dans l’implication de la diaspora. À travers Laëtitia Makita-Ngadi et Semen Africa Consulting, une expertise construite à l’extérieur du continent revient participer à une réflexion directement tournée vers le Gabon et son environnement juridique et économique.
Cette dynamique mérite d’être observée au-delà de la seule conférence. Une diaspora utile à son pays n’est pas uniquement celle qui transfère des ressources ou entretient un lien affectif avec son territoire d’origine. Elle peut également exporter de la compétence, connecter des réseaux, créer des passerelles institutionnelles et contribuer à produire des solutions.
C’est précisément ce qui donne à cette conférence une dimension potentiellement structurante. En réunissant à Libreville les savoirs universitaires, l’expérience judiciaire, la pratique entrepreneuriale, l’expertise internationale et les réalités de l’espace OHADA, elle peut contribuer à déplacer le débat : l’insolvabilité ne serait plus seulement envisagée comme la gestion d’une crise, mais comme une composante de la gouvernance économique.
À terme, la capacité d’un pays à traiter rapidement, équitablement et intelligemment les difficultés des entreprises participera de sa capacité à attirer et retenir le capital. Le rendez-vous des 10 et 11 décembre ne portera donc pas uniquement sur la faillite ou la restructuration. Il posera une question plus fondamentale : quel droit des affaires faut-il construire pour permettre aux entreprises africaines de prendre des risques, de survivre aux crises et, lorsqu’elles échouent, de libérer à nouveau les capitaux et les compétences nécessaires à la prochaine génération d’entrepreneurs ?
À Libreville, le débat sur l’insolvabilité pourrait ainsi devenir un débat sur la confiance économique elle-même. Et c’est probablement là que se trouve sa véritable portée stratégique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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