Gabon : le pari de la valeur minière
Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Rabat, le Gabon ne vient pas seulement parler de son sous-sol. Il vient défendre une question qui dépasse largement les frontières nationales : que doit devenir la richesse minière africaine lorsqu’elle quitte le sol ?
À l’International Mining Congress Morocco, organisé du 6 au 8 octobre 2026, Libreville place la transformation locale, l’industrialisation et la création de valeur au centre de son discours. Une inflexion stratégique qui traduit la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de faire évoluer le modèle économique gabonais, et que le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, porte désormais sur les grandes scènes minières internationales.
De l’extraction à la transformation
Pays d’honneur de cette troisième édition du rendez-vous marocain, le Gabon dispose d’une vitrine particulièrement exposée auprès des investisseurs, des opérateurs miniers et des décideurs africains. Mais le message porté à Rabat est moins celui d’un pays venu présenter ses réserves que celui d’un État qui cherche à redéfinir la manière de les valoriser.
Le ministre Sosthène Nguema Nguema a ainsi mis en avant le « courage politique » associé au choix de renforcer la transformation locale, en rattachant cette orientation à la vision du chef de l’État. Derrière cette formulation se trouve un changement de paradigme : le minerai ne doit plus constituer l’aboutissement de la chaîne économique, mais son point de départ.
Cette logique est particulièrement visible dans le manganèse. Le Gabon dispose déjà d’une expérience industrielle significative dans cette filière et entend désormais franchir une étape supplémentaire. Le gouvernement prévoit notamment l’arrêt de l’exportation du minerai brut à l’horizon 2029, tandis que plusieurs projets de transformation sont engagés. À Mounana, une nouvelle unité industrielle doit ainsi renforcer la production de manganèse transformé et générer des emplois directs.
Le même raisonnement s’étend au fer. La signature, en mai 2026, de la convention d’exploitation du gisement de Milingui avec Havila Mining Gabon illustre cette volonté de faire des ressources minières un levier d’activité industrielle et d’emploi. Le projet est associé à un potentiel estimé à environ 500 millions de tonnes de minerai et à plusieurs centaines d’emplois directs dès sa première phase.
Une bataille industrielle qui se joue à l’échelle africaine
L’enjeu dépasse toutefois le seul Gabon. À Rabat, les discussions portent sur les minerais critiques et stratégiques, la souveraineté industrielle, les infrastructures, les compétences et la capacité des économies africaines à prendre une place plus importante dans les chaînes de valeur mondiales.
Le sujet est devenu stratégique dans un contexte où la transition énergétique mondiale accroît la demande pour de nombreux minerais indispensables aux infrastructures, aux technologies et aux industries de demain. Pour les pays producteurs africains, la question n’est donc plus uniquement de savoir combien de tonnes peuvent être extraites, mais quelle part de la valeur créée peut être captée localement.
C’est précisément sur ce terrain que le discours gabonais cherche à se positionner. La stratégie ne repose pas seulement sur l’exploitation de nouveaux gisements. Elle implique aussi une meilleure connaissance du sous-sol, des infrastructures adaptées, de l’énergie disponible, des compétences nationales et un environnement capable d’attirer des capitaux tout en renforçant les retombées économiques locales.
Les initiatives engagées depuis le début de 2026 vont dans cette direction. Le Gabon a notamment renforcé sa coopération géologique avec l’Afrique du Sud afin d’améliorer la connaissance de son potentiel minier, d’identifier de nouvelles ressources et de développer les compétences techniques.
Le gouvernement affiche par ailleurs l’ambition de faire progresser fortement la contribution du secteur minier au PIB national à l’horizon 2030. Cette ambition donne une mesure de la transformation recherchée : il ne s’agit plus simplement d’augmenter les volumes extraits, mais de faire du secteur minier un pilier de la diversification économique et de l’industrialisation.
Le discours doit désormais rencontrer le capital
La séquence de Rabat marque ainsi une étape importante dans la diplomatie minière gabonaise. Le chef de l’État fixe l’orientation politique ; le ministre en porte la traduction sectorielle auprès des investisseurs et des partenaires internationaux. Mais la crédibilité de cette stratégie se jouera moins dans les forums que sur le terrain.
Le véritable test sera celui de la conversion : convertir les ressources en usines, les usines en emplois, les emplois en compétences et la production en valeur ajoutée durable pour l’économie nationale.
C’est là que se situe le principal enjeu du moment. Le Gabon dispose d’atouts géologiques reconnus et d’une expérience minière ancienne. Il doit désormais démontrer que cette richesse peut financer une nouvelle étape de son développement industriel.
À Rabat, Sosthène Nguema Nguema ne défend donc pas seulement une politique minière. Il expose une ambition économique : faire en sorte que le Gabon ne soit plus seulement identifié comme un territoire où l’on extrait des minerais, mais comme un espace où se construisent les premières étapes de leur valeur mondiale. Le rendez-vous marocain aura été utile si cette vision parvient désormais à se traduire en décisions d’investissement, en capacités industrielles et en résultats mesurables pour les Gabonais.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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