Gabon : SEEG, le secteur privé appelé à la table de la réforme
Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – La réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) entre dans une phase où la question ne sera plus seulement de décider d’une nouvelle architecture, mais de démontrer qu’elle peut produire de meilleurs services. À Libreville, le gouvernement a commencé à associer le secteur privé à cette transformation.
Réunie autour du ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, la Fédération des entreprises du Gabon (FEG) s’est déclarée mercredi prête à mettre son expertise au service de la restructuration de l’opérateur public.
Le projet présenté aux représentants du patronat repose sur une évolution profonde du modèle actuel. La SEEG doit être scindée en deux entités spécialisées, l’une consacrée à l’eau et l’autre à l’électricité, avec la création annoncée de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon. Pour le gouvernement, cette séparation doit permettre de clarifier les responsabilités et de donner à chaque activité une organisation adaptée à ses contraintes et à ses objectifs.
Mais une réforme de cette ampleur ne se résume pas à modifier des organigrammes. Elle touche directement deux infrastructures essentielles au fonctionnement du pays, à la compétitivité des entreprises et aux conditions de vie des ménages.
Séparer pour mieux gouverner
La décision de dissocier l’eau et l’électricité répond à une question de fond, celle de la capacité d’un même opérateur à piloter efficacement deux métiers dont les investissements, les contraintes techniques et les modèles économiques sont différents.
L’intérêt d’une telle séparation dépendra toutefois moins de la nouvelle dénomination des structures que de la qualité de leur gouvernance. Chaque entité devra disposer de responsabilités clairement définies, d’objectifs mesurables, de capacités d’investissement et de mécanismes de contrôle permettant d’évaluer régulièrement ses performances.
C’est précisément sur ce terrain que l’intervention du secteur privé peut prendre du sens. La FEG dispose de dirigeants et d’experts confrontés quotidiennement aux problématiques d’approvisionnement, de coûts, de maintenance, de commande, de gestion et de continuité des activités. Leur contribution peut permettre d’identifier, en amont, les blocages susceptibles de fragiliser les futures sociétés.
Le président de la FEG, Alain-Claude Kouakoua, a ainsi estimé qu’il était du devoir du secteur privé de contribuer à la réussite du processus, en mettant à disposition les compétences disponibles au sein de l’organisation. Cette disponibilité traduit une évolution importante. La réforme de l’opérateur public ne peut plus être pensée comme une affaire exclusivement administrative.
Le privé face au test de l’efficacité
Les échanges entre le ministre et les représentants des entreprises ont notamment porté sur les achats et les activités commerciales. Ces sujets peuvent sembler techniques. Ils sont pourtant déterminants pour la performance future des deux entités.
Dans les services d’eau et d’électricité, les coûts d’approvisionnement, la qualité des équipements, la maintenance, la gestion des stocks et la rapidité des procédures ont des conséquences immédiates sur la continuité du service. Une mauvaise organisation des achats peut renchérir les dépenses et retarder les interventions. À l’inverse, une politique mieux structurée peut permettre de réduire certains coûts et d’améliorer la disponibilité des équipements.
La réforme devra donc répondre à une équation exigeante. Il faudra séparer les activités sans fragmenter les responsabilités, améliorer la gestion sans alourdir les procédures et rechercher la performance sans perdre de vue la mission de service public.
Pour les entreprises, l’enjeu est également économique. L’électricité et l’eau constituent des intrants essentiels pour l’industrie, les commerces, les services et les investissements. Une fourniture plus fiable réduit les coûts indirects supportés par les opérateurs et améliore la prévisibilité des activités. La réforme de la SEEG concerne donc directement l’environnement des affaires.
Une réforme jugée sur les résultats
La disponibilité affichée par la FEG constitue un signal intéressant, mais elle ne pourra produire ses effets que si elle s’inscrit dans un véritable mécanisme de concertation. Le secteur privé peut apporter son expertise, formuler des propositions et contribuer à identifier les solutions opérationnelles. Il appartient toutefois à l’État de fixer le cadre, les objectifs de service public et les règles de gouvernance.
Le véritable test commencera lorsque les deux nouvelles entités devront fonctionner sur le terrain. Les usagers ne jugeront pas la réforme sur la pertinence de son architecture institutionnelle, mais sur des indicateurs beaucoup plus concrets, la régularité de l’électricité, la disponibilité de l’eau, les délais d’intervention, la qualité du service, la transparence des coûts et la capacité à investir.
C’est pourquoi l’ouverture du dialogue avec la FEG peut être utile à condition qu’elle débouche sur une contribution réelle et structurée du secteur productif. Le Gabon n’a pas seulement besoin de nouvelles sociétés. Il a besoin d’opérateurs capables de répondre à une économie en transformation et à une population qui attend des services essentiels plus fiables.
La scission de la SEEG sera donc jugée non sur le nombre de structures créées, mais sur leur capacité à produire davantage d’efficacité. En associant le secteur privé à cette étape, le gouvernement ouvre une voie pertinente. Reste désormais à transformer les expertises mobilisées en décisions, les décisions en investissements et les investissements en résultats visibles. C’est à cette condition que la réforme pourra devenir une véritable modernisation du service public de l’eau et de l’électricité.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : l’alerte carburant met l’État sous pression

















