Politique

Gabon : les communes veulent enfin les moyens de leurs ambitions

Libreville, Jeudi 8 Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Franceville, les maires gabonais ne se réunissent pas seulement pour parler de décentralisation. Ils posent une question beaucoup plus décisive pour l’avenir de l’État : qui doit décider, qui doit financer et qui doit rendre des comptes lorsqu’un service public doit être délivré au plus près du citoyen ?

La 6ème assemblée générale extraordinaire de l’Association des maires du Gabon ouvre précisément ce débat. Sous le très haut patronage du président Brice Clotaire Oligui Nguema et sous la présidence du vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, les collectivités locales cherchent désormais à transformer la promesse de la décentralisation en réalité administrative, financière et territoriale.

Réunis autour du thème « Décentralisation pour une meilleure gestion urbaine afin de bâtir des communes fortes de la Vème République », les élus locaux ont placé au centre de leurs travaux trois préoccupations qui conditionnent toutes les autres : les compétences, les ressources et la capacité de gestion.

Depuis des années, le débat sur la décentralisation bute sur une difficulté structurelle. Il ne suffit pas de confier une responsabilité à une commune si celle-ci ne dispose ni des ressources financières, ni des personnels, ni des outils nécessaires pour l’exercer. Une décentralisation sans moyens risque alors de déplacer la responsabilité sans déplacer réellement le pouvoir d’action.

C’est précisément ce déséquilibre que les maires veulent désormais corriger.

Le transfert des compétences ne peut plus rester théorique

Le président de l’AMG et maire de Libreville, Eugène Mba, a placé le transfert effectif des compétences et des ressources au premier rang des revendications. À ses côtés, le maire de Franceville et deuxième vice-président de l’association, Fernand Paulin Joumas, a insisté sur la nécessité pour les communes de mieux valoriser leurs ressources afin de répondre aux attentes croissantes des populations.

Le message est clair. Les collectivités territoriales veulent disposer d’un cadre leur permettant d’agir avec davantage de responsabilité, mais aussi avec davantage de visibilité. Cela suppose des procédures administratives simplifiées, des personnels mieux formés, un dialogue permanent avec l’État et des mécanismes financiers suffisamment prévisibles pour permettre aux municipalités de planifier leurs investissements.

Le gouvernement semble vouloir inscrire cette évolution dans un cadre juridique renouvelé. Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a annoncé plusieurs chantiers structurants, parmi lesquels la révision de la loi organique relative à la décentralisation, l’opérationnalisation du Fonds de péréquation, un nouveau décret sur le transfert des compétences et la finalisation du projet de loi relatif à la fonction publique locale.

Cette architecture pourrait constituer un tournant. Mais son efficacité dépendra moins de la quantité de textes adoptés que de leur capacité à modifier concrètement le fonctionnement des communes.

Le nerf de la réforme sera financier

C’est probablement le point le plus sensible du débat. Une commune ne peut pas devenir plus autonome si elle reste structurellement dépendante de ressources incertaines ou insuffisantes. Le Fonds de péréquation apparaît, dans cette perspective, comme un instrument essentiel pour réduire les écarts entre collectivités et donner aux communes les moyens d’assumer leurs missions.

Mais la décentralisation implique aussi que les collectivités améliorent leurs propres capacités de mobilisation des recettes. Le gouvernement appelle ainsi les communes à accélérer la digitalisation du recouvrement des taxes locales et à renforcer la lutte contre la fraude.

Cette modernisation n’est pas secondaire. Elle peut permettre de réduire les pertes, de sécuriser les recettes et de mieux connaître le potentiel fiscal local. Elle doit cependant s’accompagner d’une gouvernance rigoureuse. L’autonomie financière ne peut produire de résultats durables que si elle s’accompagne d’une plus grande transparence dans l’utilisation des ressources publiques.

L’enjeu est donc double : donner davantage aux communes tout en exigeant davantage d’elles.

La décentralisation sera jugée dans la rue

C’est finalement le citoyen qui tranchera. À l’issue des réformes, les populations ne mesureront pas la réussite de la décentralisation au nombre de lois votées ou de réunions organisées. Elles la mesureront à l’état des routes, à la propreté des quartiers, à l’éclairage public, à la rapidité de l’état civil, à la qualité de l’assainissement et à la capacité des services municipaux à répondre aux demandes quotidiennes.

Le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a précisément rappelé cette exigence de résultats. Elle donne à la rencontre de Franceville une portée qui dépasse les seules collectivités territoriales.

Car une décentralisation réussie ne signifie pas seulement que l’État transfère des compétences. Elle signifie qu’il rapproche effectivement la décision du citoyen et qu’il rend les responsabilités plus lisibles. Elle suppose aussi une coopération accrue entre communes, notamment pour les problématiques qui dépassent les frontières municipales et nécessitent une action intercommunale.

Le chantier est donc institutionnel, mais il est surtout politique et économique. La Vème République ne pourra consolider son modèle territorial que si ses communes deviennent de véritables centres d’action publique et non de simples relais administratifs.

La 6ème assemblée extraordinaire de l’AMG place ainsi le gouvernement et les maires devant une obligation commune. L’État doit transférer les moyens correspondant aux compétences confiées. Les communes doivent, en retour, démontrer leur capacité à gérer, innover et rendre compte.

Le véritable test de la décentralisation gabonaise ne sera donc pas son inscription dans les textes. Il sera visible dans la vie quotidienne des citoyens. Si les communes disposent enfin des moyens d’agir et de la responsabilité qui va avec, Franceville pourra apparaître comme une étape importante d’une nouvelle organisation territoriale. Dans le cas contraire, la décentralisation restera une promesse administrative de plus. Le temps est désormais venu de passer du transfert de responsabilités au transfert réel de capacité d’action.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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