Gabon : 71 permis miniers rendus à l’État
Libreville, Mardi 20 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon engage une reprise en main de son secteur minier. Au terme de plus de trois mois d’audit, le ministère des Mines et des Ressources géologiques annonce le retour dans le domaine public de 71 permis, dont 48 permis de recherche et 23 permis d’exploitation.
Publiée le 19 octobre, cette décision dépasse le cadre d’une opération administrative. Elle pose une question stratégique pour Libreville : comment transformer le potentiel du sous-sol en richesse nationale, sans laisser l’opacité des titres, l’inactivité de certains sites ou les failles du contrôle compromettre les retombées économiques attendues ?
L’opération s’inscrit dans une séquence ouverte le 22 juin, lorsque les autorités ont suspendu les activités aurifères à petite échelle sur l’ensemble du territoire, à la suite du démantèlement d’un réseau d’orpaillage clandestin dans la Ngounié. Depuis sa nomination, le 1er janvier 2026, le ministre Sosthène Nguema Nguema défend une réorganisation du secteur fondée sur une meilleure connaissance des détenteurs de titres, de leurs obligations et de leurs activités réelles.
Conduit du 29 juin au 16 octobre, l’audit a soumis les titulaires à l’examen d’une commission chargée d’évaluer la régularité des permis, les capacités techniques et la solidité financière des sociétés. Le ministère présente cette démarche comme un moyen de clarifier la situation du secteur et d’améliorer le suivi des opérations. La décision s’appuie sur le cadre juridique minier en vigueur, notamment la loi n°037/2018 du 11 juin 2019, telle que citée dans le communiqué.
Une reprise en main à l’échelle nationale
Les listes publiées détaillent les sociétés concernées, les numéros de permis, les localités et les provinces. Elles mentionnent notamment SMO, la Société des mines et carrières du Gabon, Agil Gabon, Gabon Gold Mining, Global Mine Development, Jin He Mining et plusieurs autres opérateurs. Cette publication permet aux acteurs économiques et au public d’identifier les titres concernés et de confronter les décisions aux informations disponibles.
La répartition géographique fait apparaître une concentration notable dans l’Ogooué-Ivindo et la Ngounié, deux territoires fortement représentés dans les tableaux. Les titres concernés couvrent également le Woleu-Ntem, l’Ogooué-Lolo, le Haut-Ogooué, l’Estuaire, le Nyanga et le Moyen-Ogooué. L’opération concerne ainsi huit provinces sur les neuf que compte le Gabon.
Cette cartographie rappelle que la gouvernance minière ne se joue pas seulement dans les bureaux de l’administration centrale. Elle engage les territoires, les communautés riveraines, les investisseurs et les recettes publiques. Un titre minier constitue un droit encadré, mais aussi une responsabilité. Lorsqu’une zone demeure immobilisée sans développement effectif, l’État doit pouvoir vérifier si les obligations prévues sont respectées et, le cas échéant, appliquer les procédures légales.
De l’audit à la réforme du Code minier
Le retour de ces 71 permis intervient alors que le Gabon prépare une révision de son Code minier. Lancés le 23 juin, les travaux doivent permettre d’adapter les règles qui encadrent l’octroi, le suivi et l’exploitation des titres. Les deux démarches sont étroitement liées : l’audit établit un état des lieux, tandis que la réforme peut tirer les enseignements des difficultés constatées sur le terrain.
L’enjeu est d’éviter que des permis rendus à l’État ne deviennent simplement des lignes supplémentaires dans les registres administratifs. Leur éventuelle réattribution devra suivre les procédures prévues, avec des critères compréhensibles, des obligations de mise en valeur clairement définies et un contrôle effectif des engagements pris par les nouveaux titulaires. La transparence du processus sera déterminante pour maintenir la confiance des opérateurs sérieux et prévenir toute suspicion de traitement arbitraire.
Des questions restent néanmoins ouvertes. Le communiqué ne précise pas le nombre total de dossiers examinés ni la nature détaillée des manquements constatés pour chaque société. La publication d’une synthèse de l’audit, dans le respect des règles applicables, permettrait de mieux comprendre les motifs des décisions. Il conviendra également de rendre publiques les étapes de la redistribution des titres, conformément aux exigences légales.
Pour le Gabon, dont la stratégie de diversification économique repose notamment sur les ressources minières, l’enjeu est considérable. Le manganèse occupe déjà une place majeure dans les exportations, tandis que l’or représente un potentiel supplémentaire, à condition que son exploitation soit mieux encadrée et profite davantage à l’économie nationale.
La restitution de 71 permis constitue un acte de reprise en main, pas encore la preuve d’une gouvernance minière transformée. Le véritable test sera désormais de garantir des procédures transparentes, de prévenir la reconstitution de situations opaques et de faire des ressources du sous-sol un levier d’investissement, d’emplois et de recettes publiques. La souveraineté minière ne se mesure pas au nombre de titres récupérés, mais à la capacité de l’État à en faire un patrimoine utile à tous.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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