Sucreries du Gabon : L’État face à l’urgence industrielle
Libreville, Vendredi 30 Octobre 2026 (Infos Gabon) – La seule sucrerie du Gabon est désormais au centre d’une préoccupation qui dépasse largement les difficultés d’une entreprise. À Franceville, dans le Haut-Ogooué, les Sucreries du Gabon cumulent recul de l’activité, baisse des débouchés industriels, outil de production vieillissant et tensions sur les salaires. Face au risque d’affaiblissement de cette unité stratégique, le Gouvernement a décidé de suivre le dossier de près.
La rencontre organisée mercredi entre le ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Transformation, porte-parole du Gouvernement, Emmanuel Eyeghe Nze, et les dirigeants de l’entreprise marque une nouvelle étape. L’enjeu est désormais de transformer l’alerte en plan de redressement crédible, capable de préserver les emplois et la capacité du pays à produire son propre sucre.
Une entreprise fragilisée sur plusieurs fronts
La délégation reçue par le ministre était conduite par Ousmane Mabignath Sall, directeur général des Sucreries du Gabon, et Ibrahim Sy, vice-président du groupe turc MFB International, actionnaire de référence depuis la reprise de l’entreprise en 2024. Le groupe détient 90 % du capital, contre 10 % pour l’État gabonais.
Les difficultés exposées sont multiples. La vétusté de l’outil industriel pèserait sur les rendements et la compétitivité. L’entreprise dénonce également une concurrence qu’elle juge déloyale, liée notamment à l’afflux de sucre importé, ainsi que des contraintes dans l’application de la convention qui la lie à l’État.
Ces problèmes structurels se reflètent dans les résultats commerciaux. Entre janvier et septembre 2026, la société a enregistré 7,43 milliards de FCFA de recettes issues de la vente de sucre, soit environ 826 millions par mois. Pourtant, son activité industrielle aurait reculé de 25,3 %. Selon Paul Francis Mvomo, directeur des ressources humaines, les industriels, qui représentaient une part importante du chiffre d’affaires, ont fortement réduit leurs achats. Cette contraction des débouchés fragilise la trésorerie et contribue aux retards de salaires qui ont provoqué un mouvement de grève, depuis suspendu.
La question n’est donc pas seulement celle des ventes. Elle concerne la capacité de l’entreprise à moderniser ses équipements, à retrouver des clients, à maîtriser ses coûts et à rétablir un fonctionnement social stable.
Un enjeu de souveraineté économique
La situation des Sucreries du Gabon engage des intérêts qui dépassent ceux de ses actionnaires et de ses salariés. L’usine de Franceville constitue l’unique unité sucrière du pays. Sa fragilisation pose directement la question de la sécurité de l’approvisionnement, de la dépendance aux importations et de la place de la transformation locale dans l’économie gabonaise.
Des centaines d’emplois dans le Haut-Ogooué sont également concernés. Autour d’une unité industrielle de cette nature gravitent des activités agricoles, logistiques, commerciales et des revenus familiaux. Un affaiblissement durable aurait donc des répercussions sur tout un écosystème économique local.
Le Gouvernement affirme vouloir accompagner les initiatives destinées à consolider les capacités nationales de production et à préserver l’activité industrielle. Le dossier fait l’objet d’un suivi particulier sous l’impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dont le Plan national de croissance et de développement place l’industrialisation et la transformation locale parmi les axes stratégiques.
Cette volonté politique devra toutefois se traduire par des mesures précises. La protection du marché ne peut, à elle seule, résoudre les difficultés d’une entreprise si les coûts de production, la qualité, la disponibilité des produits et la compétitivité ne sont pas également traités. De même, l’intervention publique doit s’inscrire dans un cadre transparent, avec des engagements clairement répartis entre l’État et l’actionnaire majoritaire.
Du suivi gouvernemental au redressement concret
La rencontre du 28 octobre constitue un signal institutionnel important, mais elle ne représente pas encore un plan de sauvetage. Pour sortir de l’impasse, plusieurs chantiers devront avancer simultanément. Le renouvellement des équipements, l’examen des conditions de concurrence, la clarification de la convention avec l’État et la reconquête des clients industriels apparaissent comme des priorités complémentaires.
La situation financière mérite également une présentation détaillée. Les recettes commerciales annoncées ne suffisent pas à apprécier la viabilité de l’entreprise sans connaître ses charges, ses dettes, ses besoins d’investissement et ses marges. Un diagnostic partagé permettrait de fixer des objectifs réalistes et de mesurer les progrès accomplis.
Le défi est clair pour le Gabon. Préserver les Sucreries du Gabon ne signifie pas maintenir artificiellement une structure en difficulté, mais restaurer les conditions de sa compétitivité et de sa pérennité. L’État, l’actionnaire et la direction doivent désormais apporter des réponses à la hauteur de l’enjeu. Car une politique d’industrialisation ne se juge pas seulement aux ambitions qu’elle affiche, mais à sa capacité à faire vivre les usines, à sécuriser les emplois et à transformer durablement les ressources et les marchés du pays en richesse nationale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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