Entre empires et zones d’influence : l’Europe en retrait, l’Afrique à la croisée des chemins
Libreville, Jeudi 22 Janvier 2026 (Infos Gabon) – À mesure que le monde s’organise autour de grandes puissances assumant une logique impériale, États-Unis, Chine et Russie, une autre réalité s’impose : l’affaiblissement stratégique de l’Europe et la recentralisation silencieuse de l’Afrique dans les équilibres mondiaux.
Dans ce nouvel ordre en gestation, aucun continent n’échappe aux recompositions. Mais tous ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre.
L’Europe : une puissance sans empire
Longtemps perçue comme un pôle stabilisateur du multilatéralisme, l’Europe semble aujourd’hui en décalage historique. Ni empire classique, ni véritable puissance géopolitique unifiée, l’Union européenne peine à parler d’une seule voix dans un monde redevenu brutalement transactionnel.
Militairement dépendante, diplomatiquement fragmentée, économiquement concurrencée, l’Europe reste une puissance normative dans un monde qui privilégie désormais la force, la rapidité et l’influence directe.
Face aux empires émergents, elle régule quand d’autres imposent, elle négocie quand d’autres contraignent, elle défend des valeurs quand d’autres défendent des intérêts. Ce décalage affaiblit sa capacité à peser sur les grands arbitrages mondiaux.
Une Europe coincée entre Washington et Pékin
L’Europe se retrouve prise dans un étau stratégique. D’un côté, une alliance historique avec les États-Unis, de plus en plus asymétrique et conditionnelle. De l’autre, une dépendance économique croissante vis-à-vis de la Chine, sans véritable stratégie commune pour y faire face.
Résultat : l’Europe subit plus qu’elle n’influence. Elle devient un espace de marché, de normes et de consommation, mais rarement un centre de décision impérial.
Dans un monde structuré par des blocs, cette position intermédiaire est inconfortable, et potentiellement dangereuse.
L’Afrique : périphérie ou pivot du monde de demain ?
À l’inverse, l’Afrique connaît un paradoxe stratégique. Longtemps marginalisée dans les grandes décisions mondiales, elle redevient aujourd’hui un espace central de convoitises.
Ressources naturelles, croissance démographique, potentiel énergétique, position géographique : le continent africain concentre une partie des enjeux du XXIᵉ siècle. Chine, États-Unis, Russie, Europe, puissances du Golfe… tous y projettent leurs ambitions. Mais cette centralité nouvelle ne garantit pas l’autonomie.
Le risque d’une Afrique redevenue terrain de jeu
Dans un monde d’empires, le danger pour l’Afrique est clair : redevenir une zone d’influence, fragmentée, courtisée, mais rarement souveraine dans les décisions qui la concernent.
Les empires ne cherchent pas des partenaires égaux, mais des marchés, des ressources, des soutiens diplomatiques, parfois des terrains de confrontation indirecte. Sans stratégie collective, l’Afrique risque de négocier en ordre dispersé, renforçant sa vulnérabilité face à des puissances structurées.
Une opportunité historique à saisir
Pourtant, ce monde multipolaire offre aussi une opportunité inédite.
Contrairement au passé, l’Afrique n’est plus condamnée à un alignement unique. Elle peut diversifier ses partenariats, renforcer ses coopérations régionales, imposer ses priorités économiques et sécuritaires.
Encore faut-il passer d’une diplomatie de réaction à une diplomatie de projection. L’Union africaine, les organisations régionales et les États moteurs du continent ont ici un rôle déterminant à jouer.
L’Europe et l’Afrique : un destin encore lié ?
Dans ce contexte, la relation entre l’Europe et l’Afrique mérite d’être repensée. Non plus dans une logique d’assistance ou de tutelle, mais comme un partenariat stratégique équilibré, fondé sur des intérêts réciproques.
L’Europe, affaiblie face aux empires, pourrait trouver dans une relation renouvelée avec l’Afrique : une profondeur géopolitique ; une alliance démographique et économique ; une alternative au tête-à-tête sino-américain.
Encore faut-il accepter un changement de paradigme, ce qui reste politiquement sensible.
Un monde qui oblige à choisir
Le retour des empires ne laisse plus de place à l’ambiguïté. L’Europe doit décider si elle veut rester un espace régulé mais dépendant, ou redevenir une puissance stratégique. L’Afrique doit choisir entre être l’objet de la compétition mondiale ou l’un de ses acteurs.
Dans ce monde en recomposition, l’histoire ne favorise ni les hésitants ni les passifs. Elle appartient à ceux qui savent lire les rapports de force, et surtout, les anticiper.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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