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Gabon – Grève des enseignants : SOS Éducation durcit le ton et conditionne toute reprise des cours à la libération des syndicalistes

Libreville, Lundi 26 Janvier 2026 (Infos Gabon) – Alors que le gouvernement tablait sur une reprise progressive des cours ce lundi 26 janvier, la crise dans le secteur de l’éducation nationale est loin de s’apaiser. Réunis en assemblée générale samedi à Libreville, les enseignants affiliés au collectif SOS Éducation “la base”, réputé pour sa ligne la plus ferme, ont décidé à l’unanimité de maintenir la grève, malgré certaines avancées annoncées par les autorités.

Cette décision va à contre-courant des communications officielles et prolonge un mouvement social déclenché le 5 janvier 2026, dont les premières victimes restent les élèves, contraints de demeurer hors des salles de classe, au grand dam de nombreux parents et apprenants qui expriment de plus en plus ouvertement leur lassitude.

Une condition désormais non négociable

Si le collectif se dit disposé à engager des discussions avec le gouvernement, il pose désormais un préalable jugé incontournable : la libération sans condition de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, deux leaders syndicaux placés en détention provisoire à la suite d’une décision du juge d’instruction du tribunal de première instance de Libreville.

Pour les grévistes, cette exigence est devenue centrale et figure noir sur blanc dans le protocole de sortie de crise en cours d’élaboration. « Tant que nos deux papas seront en prison, il n’y aura pas de négociations », a martelé Honorine Angue Mintsa, l’une des neuf déléguées mandatées par la base pour conduire les échanges avec les autorités.

La même responsable a été catégorique : aucune reprise des cours ne sera envisagée sans la signature préalable d’un accord formel. « Nous ne pouvons pas appeler les enseignants à reprendre le travail sans garanties claires et écrites », a-t-elle insisté.

Des revendications structurelles toujours pendantes

Au-delà de la question des arrestations, les revendications des enseignants restent inchangées sur le fond. Elles portent principalement sur la régularisation des situations administratives, notamment les recrutements, les avancements automatiques, les reclassements, ainsi que le paiement des arriérés de solde et des vacations.

Autant de dossiers anciens, régulièrement remis sur la table, et qui illustrent, selon les syndicats, les dysfonctionnements profonds du système de gestion des carrières dans la fonction publique gabonaise.

Médiation présidentielle et ouverture parlementaire

L’assemblée générale de samedi a également été marquée par la présence du député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, désigné par le Chef de l’État comme médiateur dans cette crise. Les échanges entre l’élu et les enseignants ont été décrits comme directs, francs et sans faux-semblants.

Parallèlement à cette médiation, les représentants du collectif sont attendus ce lundi au Bureau de l’Assemblée nationale, qui a également pris l’initiative de les inviter à une séance de dialogue, signe d’une mobilisation institutionnelle accrue face à une crise devenue nationale.

Un malaise social qui dépasse l’éducation

Pour plusieurs observateurs, la grève des enseignants révèle un malaise plus large au sein de l’administration publique. Le député de Ntoum, Charles Oliva Mondjo, plaide pour une approche globale plutôt que sectorielle.

Selon lui, les revendications portées par les enseignants sont légitimes et mettent en lumière les limites d’un système de gestion des carrières arrivé à bout de souffle. « Après l’Éducation nationale, la Santé, l’Enseignement supérieur ou encore Gabon Télévision ont envoyé des signaux similaires. Le gouvernement gagnerait à repenser en profondeur les mécanismes de suivi des agents publics, secteur par secteur », estime-t-il.

Une journée décisive en perspective

La journée de ce lundi s’annonce donc déterminante. Entre les rencontres prévues avec les représentants de SOS Éducation, la médiation engagée par le député Ntoutoume Ayi et l’évolution du sort judiciaire des syndicalistes incarcérés, l’issue de la crise pourrait se dessiner dans les prochaines heures.

À défaut d’un dénouement rapide, le bras de fer risque de se prolonger, avec pour conséquence directe un calendrier scolaire de plus en plus compromis et une pression sociale grandissante sur les autorités. Dans les rangs des enseignants comme chez les parents d’élèves, une certitude demeure : le temps joue désormais contre tout le monde.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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