Gabon : TikTok multiplie les concessions pour obtenir la levée du blocage
Libreville, Mercredi 25 Février 2026 (Infos Gabon) – Confronté à la suspension des réseaux sociaux décrétée par les autorités gabonaises, le groupe TikTok tente d’ouvrir une voie de sortie par le dialogue.
Une délégation de la plateforme est attendue dans la capitale gabonaise au début du mois de mars afin de négocier avec la Haute Autorité de la Communication (HAC) les conditions d’un éventuel rétablissement du service.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte de durcissement de la régulation numérique, où les autorités invoquent la protection de l’ordre public et de la cohésion sociale face à la circulation de contenus jugés problématiques.
Une suspension aux motivations sécuritaires
Le 17 février 2026, la HAC a annoncé la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national. Le régulateur évoque une prolifération de publications considérées comme diffamatoires, incitant à la haine ou portant atteinte à la dignité humaine. Certaines, selon l’institution, seraient également susceptibles de fragiliser la cohésion sociale et de compromettre la sécurité nationale.
Cette décision a eu des répercussions immédiates pour les utilisateurs, les créateurs de contenus et de nombreuses petites entreprises qui dépendent des plateformes pour leurs activités.
Une offensive diplomatique du groupe
Face à cette situation, TikTok a pris l’initiative de contacter officiellement le régulateur. Dans une correspondance adressée au président de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, le directeur des politiques publiques et des relations institutionnelles pour l’Afrique francophone, Fabrice Nshingu Kazadi, basé à Johannesburg, annonce la venue prochaine d’une équipe à Libreville.
L’objectif affiché est d’engager des discussions techniques afin de définir les modalités d’une reprise encadrée du service et de parvenir à une « issue concertée » à la crise.
Des outils de contrôle renforcés
Pour répondre aux préoccupations des autorités gabonaises, la plateforme propose la mise en place d’un dispositif spécifique : le TikTok Safety Enforcement Tool (TSET). Ce mécanisme offrirait à la HAC un canal de signalement prioritaire permettant un traitement accéléré des contenus considérés comme illicites ou dangereux.
Parmi les mesures avancées figurent également : la transmission directe des liens (URL) des contenus jugés préjudiciables afin d’en permettre la suppression rapide ; l’intégration d’une liste de mots-clés et d’expressions sensibles, adaptée au contexte gabonais, pour renforcer la détection automatique ; l’alignement des procédures de modération sur les dispositions du Code de la communication, notamment la loi n°019/2016.
À travers ces propositions, TikTok cherche à démontrer sa capacité d’adaptation aux exigences réglementaires nationales.
Un dialogue élargi avec les plateformes
La suspension décidée par la HAC ne concerne pas uniquement TikTok, mais l’ensemble des réseaux sociaux. Selon la présidence de la République, des échanges sont également en cours avec d’autres acteurs du secteur.
Intervenant sur TV5 Monde, la porte-parole adjointe de la présidence, Jennyfer Mélodie Sambat, a ainsi évoqué des discussions engagées avec les responsables du groupe Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp.
Entre régulation et libertés numériques
Au-delà du bras de fer technique, l’épisode relance le débat sur l’équilibre entre régulation de l’espace numérique et liberté d’expression. Les autorités mettent en avant la nécessité de lutter contre la désinformation et les discours de haine, tandis que plusieurs acteurs de la société civile s’inquiètent des effets d’une suspension généralisée sur l’accès à l’information et l’activité économique.
La visite annoncée de la délégation de TikTok pourrait constituer une étape décisive. En cas d’accord, elle ouvrirait la voie à un rétablissement progressif des services sous surveillance renforcée. À défaut, le blocage pourrait s’inscrire dans la durée, au risque d’accentuer l’impact économique et social de la mesure.
À Libreville, l’issue des discussions de début mars est désormais attendue comme un test de la capacité des autorités et des plateformes à trouver un terrain d’entente dans un environnement numérique de plus en plus sensible.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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