Iboga : le Gabon trace la voie d’une gouvernance durable et équitable de son trésor sacré
Libreville, Mardi 13 Janvier 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon entend reprendre pleinement la main sur la gestion de l’Iboga, plante endémique à haute valeur culturelle, spirituelle et thérapeutique, en posant les bases d’un cadre durable, souverain et équitable.
C’est le message fort délivré lundi à Libreville par le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, à l’ouverture à Libreville des travaux de la Conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne.
Une conférence internationale au cœur des enjeux de souveraineté
Organisée à l’initiative d’un consortium d’ONG américaines, notamment Americans for Ibogaine (AFI), Bloc of Operators in the Iboga Sector (BOIS) et Reset Health (RE7), cette rencontre de haut niveau a réuni, durant deux jours, une pluralité d’acteurs nationaux et internationaux.
Experts scientifiques, chercheurs, chefs traditionnels, entrepreneurs, représentants de la société civile et partenaires techniques ont croisé leurs regards autour des enjeux scientifiques, juridiques, éthiques et économiques liés à l’Iboga, dont le Gabon demeure le principal sanctuaire naturel.
L’objectif affiché est clair : bâtir des cadres de coopération « gagnant-gagnant » capables de concilier la valorisation de la ressource avec la protection des intérêts nationaux et du patrimoine naturel gabonais.
L’Iboga, bien plus qu’une plante
Dans son allocution, le ministre a tenu à rappeler la dimension profondément sacrée de l’Iboga, pilier des traditions initiatiques gabonaises, notamment au sein du Bwiti.
« L’Iboga n’est pas qu’une espèce botanique parmi d’autres ; elle est le symbole vivant de l’interconnexion entre l’homme et la forêt, entre la nature et la culture, entre le visible et l’invisible », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de préserver non seulement les forêts, mais aussi les savoirs ancestraux et les écosystèmes complexes qui y sont associés.
Un potentiel immense, mais une filière encore fragile
Si les vertus thérapeutiques de l’Iboga, notamment dans le traitement des addictions et de certaines pathologies mentales, suscitent un intérêt croissant à l’échelle mondiale, le ministre a dressé un constat sans complaisance de l’état actuel de la filière. Manque de structuration, risques de surexploitation, appropriation illégitime des savoirs traditionnels et dérives éthiques figurent parmi les principales menaces identifiées.
À cela s’ajoute l’absence, jusqu’ici, d’un cadre réglementaire clair, qui a limité les retombées économiques concrètes pour les communautés locales, pourtant premières détentrices et gardiennes de cette richesse.
Zéro tolérance face aux dérives
Le message de l’État gabonais est sans ambiguïté. Une mise en garde solennelle a été adressée à toute entité, nationale ou internationale, tentée par le commerce illicite de l’Iboga.
« La science et la tradition ne peuvent s’épanouir qu’à l’ombre de la légalité », a martelé le ministre, rappelant que toute infraction sera sévèrement sanctionnée.
Il a par ailleurs réaffirmé que l’exportation de l’Iboga demeure suspendue afin d’en garantir la pérennité. Toutefois, le Gabon ne se ferme pas au progrès scientifique. Des autorisations spéciales pourront être accordées à titre exceptionnel, après avis technique de l’administration forestière, dans le strict respect du Protocole de Nagoya, garantissant la traçabilité totale des ressources et un partage juste et équitable des bénéfices au profit exclusif des communautés locales.
Déclinant la vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le ministre a rappelé les quatre piliers de l’action gouvernementale en la matière : préserver la ressource, respecter les savoirs traditionnels, garantir la souveraineté nationale et assurer un partage équitable des bénéfices.
Vers des partenariats durables et responsables
Au final, cette conférence marque une étape décisive dans la volonté du Gabon de transformer l’Iboga en un véritable levier de croissance, d’innovation et de prospérité, sans renier son caractère sacré. Une ambition qui s’inscrit pleinement dans les priorités nationales de souveraineté culturelle et environnementale, et qui vise à faire de la valorisation des ressources naturelles un moteur de développement durable bénéficiant avant tout aux populations locales.
Le Gabon entend ainsi démontrer qu’il est possible de concilier tradition, science et développement, dans le respect des peuples, de la nature et de la loi.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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