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Trump et le retour des empires : vers un monde dominé par trois grandes puissances ?

Libreville, Jeudi 22 Janvier 2026 (Infos Gabon) – Depuis son retour sur le devant de la scène internationale, Donald Trump ne se contente plus de contester l’ordre mondial hérité de l’après-guerre. Il semble désormais vouloir le remplacer.

Le lancement ce jeudi d’un « Conseil de paix » à Davos (Suisse), en marge des institutions multilatérales traditionnelles, s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un monde réorganisé autour de grandes puissances assumant pleinement leur statut impérial.

Derrière les slogans et les ruptures de ton, se dessine une philosophie politique cohérente, brutale parfois, mais lisible : le multilatéralisme est obsolète, la puissance prime sur les règles, et l’histoire revient à une logique de blocs dominants.

La philosophie Trump : le monde comme rapport de force permanent

Donald Trump n’a jamais cru aux vertus universelles du multilatéralisme. Pour lui, les organisations internationales sont moins des espaces de coopération que des contraintes imposées aux États puissants, en particulier aux États-Unis.

Sa vision repose sur trois piliers simples : la souveraineté absolue des grandes nations ; la primauté des intérêts nationaux sur les normes internationales ; la légitimité du rapport de force économique, militaire et diplomatique.

Dans cette lecture, le monde n’est pas une communauté de valeurs, mais un champ de compétition. Ceux qui disposent de la puissance imposent les règles ; les autres s’y adaptent.

La fin de l’illusion universaliste

L’ordre international issu de 1945 reposait sur une promesse : celle d’un monde régulé par des institutions communes, où même les grandes puissances accepteraient certaines limites. Trump considère cette promesse comme une illusion coûteuse.

Le Conseil de paix qu’il propose, réservé aux États capables de payer un ticket d’entrée exorbitant, illustre cette rupture : la légitimité ne vient plus du droit international, mais de la capacité financière et stratégique.

Ce glissement marque un retour assumé à une diplomatie sélective, hiérarchisée, presque aristocratique dans sa conception.

Trois empires en gestation

Dans cette nouvelle lecture du monde, trois grandes puissances émergent comme des pôles impériaux, chacune avec sa logique propre.

Les États-Unis : l’empire transactionnel

Sous Trump, l’Amérique ne cherche plus à être un modèle universel, mais une puissance dominante pragmatique. Elle ne promet plus la démocratie, elle négocie des accords. Elle ne garantit plus la sécurité collective, elle la facture.

C’est un empire transactionnel, fondé sur la supériorité militaire, la puissance financière, la capacité à imposer des sanctions ou des protections. Dans cette logique, les alliances deviennent réversibles, conditionnelles, négociables.

La Chine : l’empire civilisationnel

À l’opposé du style trumpien, la Chine avance sans bruit. Elle ne conteste pas frontalement l’ordre international : elle le vide progressivement de sa substance. Son empire est économique (routes de la soie), technologique (données, IA, infrastructures), culturel (narratif de stabilité et de continuité).

Pékin ne cherche pas l’adhésion idéologique, mais la dépendance structurelle.

La Russie : l’empire de la mémoire et de la force

Affaiblie économiquement mais redoutable stratégiquement, la Russie incarne un empire fondé sur la puissance militaire, la dissuasion, la nostalgie géopolitique.

Moscou revendique des zones d’influence historiques et assume une vision révisionniste des frontières et des équilibres internationaux.

Un monde multipolaire, mais pas égalitaire

Contrairement au discours officiel, ce monde à trois empires n’est pas véritablement multipolaire. Il est hiérarchisé. Les puissances intermédiaires, notamment l’Europe, l’Afrique, l’Amérique latine, risquent d’être reléguées au rang de zones d’influence, de marchés ou de terrains de confrontation indirecte.

L’Europe peine à exister politiquement. L’Afrique devient stratégique, mais rarement décisionnaire. Les institutions internationales se fragilisent, coincées entre des empires qui les utilisent quand cela les arrange.

Un retour au XIXᵉ siècle ?

De nombreux observateurs parlent d’un retour à une logique du XIXᵉ siècle, celle des sphères d’influence et des empires concurrents. La comparaison n’est pas anodine.

Comme à cette époque, la puissance prime sur le droit, les alliances sont fluctuantes, la paix repose sur l’équilibre de la peur plutôt que sur des règles communes.

La différence majeure réside dans la technologie : aujourd’hui, les conflits sont aussi numériques, informationnels et économiques.

Quel avenir pour les États faibles et intermédiaires ?

Dans ce monde redessiné, la question centrale devient : comment exister sans empire ? Pour de nombreux pays, notamment en Afrique, l’enjeu est stratégique : éviter l’alignement passif, préserver une marge de manœuvre, renforcer les coopérations régionales.

La philosophie trumpienne oblige ces États à repenser leur diplomatie, non plus comme une adhésion à un ordre mondial stable, mais comme une navigation prudente entre puissances dominantes.

Trump, symptôme plus que cause

Donald Trump n’est peut-être pas l’architecte de ce nouveau monde, mais il en est le révélateur le plus brutal. Son discours, longtemps perçu comme une anomalie, semble aujourd’hui anticiper une tendance lourde : la fin du monde des règles communes et le retour des puissances assumées.

Reste une question essentielle : ce monde d’empires sera-t-il plus stable ou plus dangereux ? L’histoire suggère que lorsque les règles s’effacent, la paix devient fragile, et toujours provisoire.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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