Economie

Gabon / Sortie du COVID-19 et relance économique : La recette de Régis Immongault

Libreville, Vendredi 17 Avril 2020 (Infos Gabon) – L’ancien ministre propose quelques solutions devant permettre au Gabon de se remettre de cette crise sanitaire sans trop subir les dégâts.

Une crise dangereuse

A l’instar du reste de la planète, le Gabon est confronté à la pandémie du Coronavirus avec ce qu’elle comporte comme effets dévastateurs sur les vies humaines et les économies. A l’initiative du président Ali Bongo Ondimba, plusieurs mesures sont mises en œuvre par le gouvernement pour remédier à la situation.

En sa qualité d’économiste de renom et d’observateur averti, Régis Immongault Tatangani, dans un entretien accordé à lalibreville, décortique de manière scientifique et technique cette crise qui, à terme, pourrait laisser des marques indélébiles si l’on n’y prend garde.  Avec détachement et pertinence, l’ancien ministre tire la sonnette d’alarme et propose quelques pistes pour sortir de cette mauvaise passe sans que les effets dévastateurs ne se fassent trop ressentir sur les populations.

D’après lui, le choc est à la fois sur l’offre et sur la demande. «Un choc sur l’offre avec la baisse de nos exportations des ressources naturelles du fait de la détérioration des termes de l’échange des matières premières, notamment le pétrole et la baisse de la production manufacturière. La hausse des prix expliquée par la spéculation et la rareté de certains produits. Un choc sur la demande aussi du fait de la baisse des investissements et de la consommation consécutive à la baisse de l’activité économique, la prudence des investisseurs, la baisse des revenus du gouvernement qui est un moteur de l’économie. Vous comprenez donc que cette simultanéité des chocs d’offre et de demande rend la situation dangereuse.», souligne-t-il.

«Sur le plan macro-économique, il est clair nous allons assister en 2020 à une dégradation des principaux agrégats : Twin Deficits (déficits jumeaux c’est à dire déficit budgétaire – du fait de la baisse des recettes budgétaires – et déficit du compte courant de la balance de paiements – du fait de la baisse des exportations -, contraction de la demande agrégée, augmentation du ratio dette/PIB du fait de l’augmentation de l’encours et de la dégradation du dénominateur qu’est le PIB en valeur», poursuit l’économiste.

Selon lui, sur le plan micro, plusieurs secteurs étant en difficultés, cela mettra les entreprises dans des situations difficiles en matière de trésorerie et de maintien de la production du fait de la baisse de la demande. «La conséquence étant la destruction des emplois donc la perte des revenus pour les ménages. A cela, s’ajoute le fait que plusieurs activités s’opèrent dans le secteur informel. Or, les mesures de fermeture administrative touchent également ce secteur. L’absence de revenu pourrait fragiliser la situation de bon nombre de concitoyens», prévient Régis Immongault Tatangani.

L’ancien ministre parle de la destruction des emplois et de la perte des revenus comme parfaite illustration de cette crise. «Beaucoup de petits opérateurs perdront leurs revenus d’activités, du fait de la fermeture de certaines activités. Bien que la préservation des emplois soit la priorité du chef de l’Etat, il n’en demeure pas moins que certains opérateurs seront dans l’obligation de procéder au chômage technique avec des réductions de salaires. Tout comme, les petits commerçants qui sont totalement privés des revenus. Tout le secteur des services, qui par définition est intensif en emplois, sera fortement affecté par le confinement», indique-t-il.

Mesures présidentielles : un plan adapté à la crise

L’économiste ne manque pas de saluer les mesures courageuses mises en place par le chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba, visant à soutenir les populations et les entreprises en ces temps difficiles. «Ce plan permet notamment aux entreprises de bénéficier des financements pour soutenir leur trésorerie, de bénéficier des aides sous formes d’allègement fiscaux ou de report des échéances des crédits bancaires. En cette période particulièrement difficile, il est effectivement indispensable d’aider les entreprises à mobiliser la trésorerie pour couvrir leurs charges fixes, d’une part, et alléger ou reporter certaines charges, d’autre part. Au niveau social, la préservation des emplois et le soutien aux revenus des ménages apparaissent parmi les priorités du chef de l’Etat.

On relève notamment l’instauration d’une indemnité de chômage représentant 70 % du salaire brut et divers soutiens sous forme de prise en charge par l’Etat de certains loyers, du transport public, l’eau et l’énergie, la banque alimentaire, etc. Ce sont là aussi des soutiens adaptés à la configuration sociale de notre pays», se réjouit-il.

«Comme l’a annoncé le chef de l’Etat, on constate effectivement que personne n’est laissé de côté. Même si la mise en œuvre de certaines mesures s’avère difficile dans un contexte de confinement général actuel des populations de Libreville. Je pense à la Banque alimentaire et au recensement pour les loyers», poursuit-il. Selon lui, «de façon générale que ce plan est adapté. Il répond à des préoccupations d’offre, de demande et de justice sociale. Mais il faut reconnaître, qu’on ne peut régler tous les problèmes simultanément. L’important est d’atténuer les chocs et d’être prêt à relancer l’économie à la fin de cette pandémie. Le plan est adapté il s’agit maintenant de bien le déployer».

Une contribution nécessaire des partenaires

Dans un contexte marqué par l’épuisement des marges de manœuvre budgétaires, la perte accrue de recettes budgétaires et la nécessité de financer les mesures économiques et sociales, Régis Immongault Tatangani apporte quelques solutions. «Dans ces conditions, la première mesure est de revoir le budget de l’Etat et de le limiter exclusivement aux besoins essentiels. Les dépenses relatives aux missions, à l’organisation des séminaires, les événements sportifs… doivent par exemple être annulées au profit des dépenses sociales et de soutien à l’économie», pense-t-il.

«L’ajustement des dépenses sera certainement insuffisant. Il faudra sans doute recourir en plus de cela à l’appui financier des Multilatéraux sous forme d’aide d’urgence. C’est dans cette perspective que le FMI a autorisé le décaissement d’environ 88 milliards de FCFA au profit du Gabon. D’autres partenaires devront imiter le FMI. Le report ou l’annulation pure et simple de quelques échéances de dette constituerait aussi une bouffée d’oxygène pour notre budget», recommande-t-il.

Il pense également que «la Banque centrale, dans ce contexte devrait pratiquer une politique accommodante, elle devra jouer un rôle plus important en matière de financement des Etats et de l’économie. Le retour momentané des avances statutaires doit être étudié, ainsi que la révision de la réglementation prudentielle pour permettre aux banques de financer l’économie. Cela se traduira par une baisse des réserves, mais c’est pour faire face à des circonstances pareilles qu’on accumule des réserves». Il ne manque non plus de saluer le fait que «les entreprises sont accompagnées sur le plan du financement de leurs trésoreries, le report des échéances de crédits bancaires et les allègements des échéances fiscales et sociales. Cela représente un effort très important de la part des autorités publiques».

Cependant, il pense que dans un contexte aussi exceptionnel, «les banques doivent jouer un rôle plus important en continuant à fournir du crédit à l’économie et permettre ainsi de maintenir en vie notre tissu économique. Il est important à cet effet que la COBAC puisse revoir certains ratios prudentiels de façon à tirer profit des mesures de la Banque centrale. Il est important par ailleurs que le dispositif puisse prévoir une aide forfaitaire gratuite aux très petites entreprises, comme cela a par exemple été fait dans certains pays. L’accès de ces dernières au système bancaire étant plus difficile, je crains que certaines d’entre elles ne puissent se relever de la crise».

L’urgence d’un renouveau économique et social

Pour l’économiste, le Gabon devra tirer les leçons, une fois sorti de cette situation peu enviable. «Sur le plan économique, la diversification de l’économie doit être accélérée afin de réduire davantage le poids du pétrole. Notre économie doit également être moins dépendante de l’extérieur sur le plan alimentaire, car avec la fermeture des usines dans le monde et les frontières, nous ne sommes pas à l’abri de la crise alimentaire».

D’après lui, le secteur informel doit enfin faire l’effort de se régulariser afin de mieux bénéficier du soutien de l’Etat en cas de crise. Alors qu’au plan social, «des gros efforts sont attendus en matière de construction de logements sociaux. Si de nombreux Gabonais bénéficiaient des logements sociaux, les mesures de gratuité des loyers, d’eau et d’électricité seraient faciles à mettre en œuvre par exemple. Tout comme, il serait plus facile de distribuer les produits alimentaires. L’alimentation et le logement sont les plus grosses dépenses du panier de la ménagère. La crise actuelle vient à nouveau de démontrer que, sans production locale des aliments, sans logements sociaux, il est difficile de soutenir les plus fragiles».

Afin de mettre le secteur informel à l’abri de toute autre éventualité, Régis Immongault Tatangani ne manque non plus de solution.  «La seule solution à mon avis consisterait tout simplement à élargir le filet social en augmentant les aides directs aux personnes les plus fragiles. En plus, des mesures de gratuité déjà annoncées par le gouvernement, on pourrait par exemple augmenter les allocations familiales versées aux personnes fragiles, baisser significativement le prix de la bouteille de gaz pour les personnes sans emplois ou distribuer des bons d’achat pour les bouteilles de gaz», recommande-t-il.

FIN/INFOSGABON/SM/2020

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : Le port du masque est obligatoire

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *