Dakar au bord d’un tournant politique
Libreville, Lundi 25 Mai 2026 (Infos Gabon) – Le Sénégal traverse l’un des épisodes politiques les plus sensibles de son histoire récente. Deux jours seulement après le départ brutal du Premier ministre Ousmane Sonko, la démission du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a fait l’effet d’un séisme institutionnel à Dakar.
Derrière cette décision officiellement présentée dimanche comme un « choix personnel », c’est toute l’architecture du pouvoir sénégalais qui semble entrer dans une phase de recomposition accélérée.
Dans un pays longtemps considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest, cette succession d’événements ouvre une période d’incertitude majeure. Car au-delà des équilibres internes du Pastef, le parti au pouvoir, c’est désormais l’avenir même du leadership d’Ousmane Sonko qui se retrouve au centre des interrogations nationales et internationales.
Le départ d’El Malick Ndiaye, figure clé de la majorité parlementaire et fidèle parmi les fidèles de Sonko, ne constitue pas une simple transition administrative. Il apparaît comme un mouvement politique lourd de conséquences, susceptible de rebattre profondément les cartes au sommet de l’État sénégalais.
Une démission qui bouleverse le sommet de l’État
Le dimanche 24 mai, El Malick Ndiaye a annoncé publiquement sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a évoqué une décision guidée par « l’intérêt supérieur de la Nation » et sa « conception des institutions ». Aucun détail supplémentaire n’a été fourni.
Mais dans les cercles politiques sénégalais, peu doutent de la dimension stratégique de cette démission.
Élu à la tête de la 15ème législature après la victoire écrasante du Pastef aux élections de novembre 2024, El Malick Ndiaye incarnait jusqu’ici la solidité parlementaire du nouveau pouvoir. Avec 130 sièges sur 165, le parti d’Ousmane Sonko disposait d’une domination rarement observée dans l’histoire politique récente du Sénégal.
Cette majorité devait permettre au gouvernement d’engager de profondes réformes institutionnelles, économiques et sociales promises durant la campagne présidentielle.
Or, le renvoi inattendu d’Ousmane Sonko du poste de Premier ministre par le président de la République a brutalement modifié les équilibres internes du pouvoir. Même si les contours exacts de cette décision restent encore flous, elle a immédiatement alimenté les spéculations sur des tensions croissantes au sein de l’exécutif.
La démission d’El Malick Ndiaye apparaît désormais comme la deuxième secousse d’une crise politique qui pourrait durablement transformer le paysage institutionnel sénégalais.
Ousmane Sonko au cœur de la recomposition
Derrière cette séquence politique, un scénario prend de plus en plus d’épaisseur à Dakar. Celui d’une arrivée d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale. Une telle évolution constituerait un tournant majeur.
Écarté du gouvernement mais toujours leader incontesté du Pastef, Sonko conserverait ainsi un levier institutionnel central, capable de lui permettre de maintenir son influence politique et stratégique sur les grandes orientations du pays.
L’Assemblée nationale sénégalaise n’est pas une institution symbolique. Dans un système où les rapports entre exécutif et législatif jouent un rôle déterminant, contrôler le Parlement signifie conserver une capacité d’impulsion politique considérable.
Pour les partisans du Pastef, une telle réorganisation permettrait de préserver l’unité du mouvement tout en évitant une fracture ouverte au sommet de l’État.
Mais pour une partie de l’opposition et plusieurs observateurs, cette séquence révèle surtout les fragilités d’un pouvoir encore jeune, confronté à la difficile gestion de la transition entre mobilisation militante et exercice concret du pouvoir.
Depuis son accession aux responsabilités, le Pastef porte l’espoir d’une rupture profonde avec les anciennes pratiques politiques sénégalaises. Transparence, souveraineté économique, lutte contre la corruption et réforme des institutions figuraient au cœur de son projet.
Cependant, la concentration du pouvoir autour de figures très fortement identifiées au mouvement suscite désormais des interrogations sur l’équilibre des institutions et la stabilité de la gouvernance.
Le Sénégal face à l’épreuve de sa maturité démocratique
Au-delà des jeux d’influence internes, cette crise intervient dans un contexte régional particulièrement sensible. L’Afrique de l’Ouest reste marquée par une succession de coups d’État militaires, de tensions électorales et de fragilisations institutionnelles.
Dans cet environnement, le Sénégal représentait jusqu’ici une exception démocratique relativement stable. C’est précisément pour cette raison que les développements actuels sont suivis avec autant d’attention par les partenaires internationaux, les marchés et les institutions régionales.
La capacité du pays à gérer cette recomposition sans rupture institutionnelle majeure sera déterminante pour préserver sa crédibilité politique et économique.
Pour l’heure, aucune crise ouverte n’est officiellement déclarée. Les institutions fonctionnent encore et la majorité parlementaire demeure intacte. Mais la rapidité des événements révèle une réalité plus profonde. Le Sénégal entre dans une nouvelle phase politique où les équilibres personnels, les ambitions stratégiques et la gestion du pouvoir deviennent plus complexes que jamais.
L’éventuelle arrivée d’Ousmane Sonko au perchoir transformerait profondément le centre de gravité du pouvoir sénégalais. Elle consacrerait aussi un fait majeur de la vie politique africaine contemporaine. Désormais, les batailles de pouvoir ne se jouent plus uniquement dans les palais présidentiels. Elles se déplacent aussi au cœur des institutions parlementaires. Et à Dakar, cette bataille ne fait probablement que commencer.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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