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Madagascar : le colonel Michael Randrianirina s’empare du pouvoir et dissout les institutions, Andry Rajoelina en exil

Libreville, Mercredi 15 octobre 2025 (Infos Gabon) – Madagascar vient de basculer dans une nouvelle ère. Le colonel Michael Randrianirina, chef du Corps autonome des personnels et services administratifs et techniques (CAPSAT), s’est proclamé Chef de l’État mardi après-midi, à l’issue d’une journée de tension marquée par la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Andry Rajoelina et l’effondrement rapide du pouvoir civil. L’Assemblée nationale l’a à son tour destitué.

L’armée a pris le contrôle total du pays, dissolvant toutes les institutions de la République, à l’exception de l’Assemblée nationale qui, selon le colonel, « continuera à exercer sa mission législative dans un cadre révisé ».

Dans une déclaration solennelle retransmise à la télévision nationale malgache, le colonel Randrianirina a annoncé la suspension de la Constitution, la fermeture temporaire de la Cour suprême, et la mise en place prochaine d’un Conseil pour la sauvegarde de la Nation (CSN), chargé de conduire la transition.

« Le peuple malgache s’est exprimé. Nous prenons nos responsabilités pour restaurer la confiance, la justice et la dignité de la Nation », a déclaré le nouvel homme fort du pays, salué par des acclamations à Antananarivo et dans plusieurs grandes villes.

Une fin de règne sans combat

Le président déchu Andry Rajoelina, 49 ans, a quitté précipitamment le pays ce week-end après la mutinerie du CAPSAT et les manifestations monstres menées par la « génération Z ». Selon plusieurs sources diplomatiques, il a été exfiltré par un avion militaire français vers La Réunion, avant de rejoindre une destination encore inconnue.

Dans un message diffusé lundi soir sur les réseaux sociaux de la présidence, il affirmait avoir « quitté le pays pour des raisons de sécurité », tout en refusant de reconnaître sa destitution. Mais dans les faits, son pouvoir n’existe plus. Les bâtiments présidentiels sont sous contrôle militaire, les ministres sortants assignés à résidence, et les forces armées ont pris position dans les grandes villes sans effusion de sang.

Le colonel Michael Randrianirina, nouveau visage du pouvoir

Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, le colonel Randrianirina, 47 ans, est devenu en quelques jours le symbole d’une armée qui dit “non” à la répression. Samedi dernier, il avait refusé d’obéir à l’ordre de tirer sur les manifestants, avant de rallier la foule place du 13-Mai.

Son discours est simple : “Nous ne faisons pas un coup d’État, nous répondons à l’appel du peuple.” Sous sa direction, les militaires ont assuré qu’aucune chasse aux sorcières ne serait engagée et qu’un gouvernement civil de transition serait formé dans les prochains jours, avec des représentants « de toutes les forces vives du pays ».

Une onde de choc régionale

Cette prise de pouvoir militaire, la première à Madagascar depuis 2009 — année où Rajoelina lui-même avait pris le pouvoir par un putsch —, a immédiatement suscité des réactions internationales.
La SADC, l’Union africaine et l’ONU ont exprimé leur « vive préoccupation », tout en appelant les nouvelles autorités à garantir la sécurité du président déchu et des civils.

La France, ancienne puissance coloniale, a confirmé l’évacuation « temporaire » d’Andry Rajoelina vers un lieu sûr « pour des raisons humanitaires ».

Une transition incertaine

Selon le colonel Randrianirina, la transition ne devrait pas excéder 24 mois, le temps de « refonder les institutions et de préparer des élections libres et inclusives ».

Des comités de concertation vont être installés dans les 23 régions du pays pour recueillir les propositions de la population. Mais beaucoup s’interrogent déjà : cette promesse de transition démocratique sera-t-elle tenue, ou s’agit-il d’un nouveau cycle de pouvoir militaire dans l’île rouge ?

En attendant, Madagascar a tourné la page Rajoelina — dans un scénario qui rappelle, à bien des égards, le coup d’État “pacifique” survenu au Gabon en août 2023 qui a conduit le général Brice Clotaire Oligui Nguema au pouvoir.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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