Rail minier au Gabon : derrière la concertation, la bataille silencieuse des coûts de transport
Libreville, Lundi 23 Février 2026 (Infos Gabon) – Réunis à l’initiative du ministère des Mines, l’opérateur ferroviaire national et les entreprises minières ont échangé sur l’évolution des tarifs d’accès au réseau.
Officiellement techniques, les discussions traduisent en réalité une tension croissante autour du coût de la logistique, enjeu stratégique pour la compétitivité du secteur.
Le transport du minerai, colonne vertébrale de l’économie extractive gabonaise, s’invite au cœur des préoccupations du secteur. Le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguéma Nguéma, a convoqué vendredi une réunion de travail réunissant la direction générale de la Société d’exploitation du Transgabonais (SETRAG) et plusieurs opérateurs miniers.
Objectif affiché : clarifier les conditions d’accès au réseau ferroviaire et examiner les modalités tarifaires appliquées aux entreprises utilisatrices.
Derrière cette rencontre présentée comme une démarche de dialogue, se dessine un enjeu plus large : la maîtrise des coûts de transport dans un contexte de pression sur la rentabilité des activités minières.
Des hausses jugées “mesurées” par l’opérateur
Face aux interrogations des industriels, la SETRAG a défendu sa politique tarifaire. Selon l’entreprise, les ajustements appliqués depuis 2022 répondent avant tout à des impératifs techniques et financiers.
Le réseau du Transgabonais, mis en service en 1986, nécessite d’importants travaux de modernisation et de sécurisation. À cela s’ajoute la hausse du prix des matériaux et équipements importés, dans un contexte international marqué par des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
L’opérateur assure que les révisions restent limitées : l’augmentation moyenne serait comprise entre 1 et 2 FCFA par tonne et par an. Une progression que la société présente comme nécessaire pour garantir la fiabilité et la durabilité de l’infrastructure.
Un enjeu stratégique pour les opérateurs miniers
Pour les entreprises extractives, la question tarifaire dépasse toutefois le simple ajustement technique. Le transport ferroviaire représente une part significative du coût global de production, notamment pour les minerais destinés à l’exportation.
Toute variation, même marginale, peut affecter la compétitivité sur les marchés internationaux, où les marges restent étroitement liées aux coûts logistiques. Dans ce contexte, les opérateurs plaident pour davantage de visibilité sur l’évolution des tarifs et pour un cadre de concertation régulier.
L’État en position d’arbitre
En réunissant les différentes parties, le ministère des Mines cherche à éviter que ces tensions ne se transforment en blocage sectoriel. Le gouvernement entend maintenir un équilibre délicat : permettre la modernisation d’une infrastructure stratégique tout en préservant l’attractivité du secteur minier, pilier des recettes nationales.
Cette rencontre marque ainsi la volonté des autorités d’instaurer un dialogue plus structuré autour des conditions d’exploitation du réseau ferroviaire.
Une question appelée à revenir
Si aucun désaccord majeur n’a filtré à l’issue des échanges, le sujet des coûts de transport devrait rester au centre des discussions dans les mois à venir. Le Ministre a instruit l’organisation d’une réunion annuelle de concertation afin d’assurer davantage de transparence sur les tarifs, les volumes transportés et les investissements réalisés.
Car au-delà des chiffres, c’est toute la question du financement des infrastructures, du partage de l’effort entre opérateur, industriels et puissance publique, qui se trouve posée.
Dans un secteur où chaque franc compte, la transparence tarifaire pourrait bien devenir un enjeu aussi stratégique que le minerai lui-même.
Notons qu’avec une capacité actuelle d’environ 12 millions de tonnes par an pour un trafic déjà proche de 11 millions, toute augmentation significative des volumes transportés nécessitera de nouveaux investissements, conformément aux dispositions de la convention de concession.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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