Transport aérien : bras de fer naissant autour d’une taxe controversée au Gabon
Libreville, Mardi 17 Mars 2026 (Infos Gabon) – Une réforme qui passe mal auprès des compagnies aériennes.
À peine entrée en vigueur, la nouvelle redevance aéroportuaire appliquée aux passagers au Gabon suscite déjà une vive contestation. L’International Air Transport Association (IATA), qui représente l’essentiel des compagnies aériennes mondiales, demande purement et simplement la suspension de cette mesure.
Dans un courrier adressé à l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), l’organisation critique les conditions d’application de la taxe dite « R4 », entrée en vigueur le 26 février dernier.
Une procédure jugée non conforme
Au cœur du différend, la question du dialogue avec les acteurs du secteur. L’IATA déplore l’absence de concertation préalable avec les compagnies aériennes, pourtant recommandée par les standards internationaux.
Ces règles, définies notamment par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), prévoient un délai de préavis d’au moins quatre mois avant toute modification tarifaire. Un cadre qui, selon l’organisation, n’a pas été respecté.
Signée par Kamil Alawadhi, la correspondance insiste sur la nécessité d’un processus transparent et inclusif, condition essentielle pour garantir la stabilité du secteur.
Le casse-tête de l’application rétroactive
Autre point de friction : les modalités de calcul de la taxe. Contrairement aux pratiques habituelles, la redevance est appliquée à la date du voyage et non à celle de l’achat du billet.
Une disposition qui pourrait placer les compagnies aériennes dans une situation délicate. Des passagers ayant réservé avant l’entrée en vigueur de la mesure pourraient se voir réclamer un supplément, sans que les transporteurs aient pu l’anticiper.
Pour l’IATA, cette approche revient à imposer une forme de rétroactivité difficilement compatible avec les règles commerciales du secteur. L’organisation rejette également toute responsabilité des compagnies dans la perception de montants non prévus initialement.
Des risques pour l’attractivité du pays
Au-delà des aspects techniques, l’organisation alerte sur les conséquences économiques d’une telle hausse. L’augmentation des redevances aéroportuaires se répercute généralement sur le prix des billets, ce qui peut freiner la demande.
Dans un marché encore fragile, une baisse du trafic aérien pourrait impacter non seulement les compagnies, mais aussi des secteurs clés comme le tourisme et les services. Pour le Gabon, qui cherche à renforcer son attractivité et sa connectivité internationale, l’enjeu dépasse donc le simple cadre tarifaire.
Des exigences claires pour sortir de l’impasse
Face à cette situation, l’IATA formule plusieurs recommandations. Elle appelle à l’ouverture d’un dialogue conforme aux standards de l’Organisation de l’aviation civile internationale, à une clarification de l’utilisation des recettes générées par cette taxe depuis son introduction en 2021, ainsi qu’à une harmonisation de son application sur l’ensemble du territoire.
Mais surtout, l’organisation demande un geste immédiat : la suspension de la redevance tant que les préoccupations soulevées n’auront pas été examinées.
Un test pour la gouvernance du secteur aérien
Cette prise de position place désormais l’Agence nationale de l’aviation civile face à un choix délicat. Maintenir la réforme au risque de tendre les relations avec les compagnies, ou ouvrir des discussions pour apaiser les tensions.
Au-delà de ce dossier, l’affaire pose la question plus large de la gouvernance du transport aérien au Gabon, entre impératifs de financement des infrastructures et respect des équilibres du marché. Une équation sensible, dont l’issue pourrait influencer durablement la perception du pays par les acteurs internationaux du secteur.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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