Economie

Mont-Bouët sous tension : horaires imposés, revenus menacés, le bras de fer s’intensifie à Libreville

Libreville, Vendredi 20 Mars 2026 (Infos Gabon) – Au cœur de Libreville, le marché de Mont-Bouët redevient l’épicentre d’une contestation sociale. La décision municipale de restreindre les horaires d’activité ravive un malaise profond entre autorités locales et acteurs du commerce informel.

Une décision administrative qui passe mal

En réaffirmant l’application d’un arrêté datant de 2020, le maire de la capitale, Pierre Matthieu Obame Etoughe, pensait sans doute remettre de l’ordre dans l’organisation des marchés urbains.

Depuis le 10 mars, la règle est claire : fermeture obligatoire à 17h30 pour les commerçants de Mont-Bouët, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’à la saisie des marchandises.

Mais sur le terrain, la mesure est loin d’apaiser les esprits. Bien au contraire, elle a ravivé une colère latente dans l’un des plus grands centres névralgiques du commerce populaire gabonais.

Le choc des réalités économiques

Pour de nombreux vendeurs, cette décision ignore une évidence : l’essentiel de leur chiffre d’affaires se réalise en fin de journée. À Mont-Bouët, comme dans plusieurs marchés du Gabon, l’activité s’intensifie à partir de 17 heures, lorsque les travailleurs quittent leurs bureaux et affluent pour leurs achats quotidiens.

Réduire cette plage horaire revient, selon les commerçants, à amputer directement leurs revenus. « C’est à cette heure-là que nous travaillons vraiment », confient plusieurs vendeuses rencontrées sur place.

L’ancien horaire, fixé à 18h30, était déjà jugé contraignant. Le recul à 17h30 est perçu comme une décision « brutale » dans un contexte économique déjà fragile.

Une contestation structurée

La mobilisation s’organise. Réunis autour de la Solidarité pour le Développement du Gabon et du Syndicat des Débrouillards du Gabon, les commerçants dénoncent une mesure qu’ils jugent déconnectée des réalités du terrain.

Leurs représentants, dont Gabriel Steve Mve Ngomo et Alvaresse Beyeme Be Nguema, alertent sur les conséquences directes : baisse des revenus, précarisation accrue et risque de disparition pour les plus petits opérateurs.

Au-delà de la revendication économique, c’est aussi une question de reconnaissance qui est posée. Le commerce informel, pilier de l’économie urbaine gabonaise, se sent une nouvelle fois marginalisé dans les décisions publiques.

Des accusations qui jettent le trouble

À cette tension s’ajoutent des accusations plus sensibles. Plusieurs commerçants dénoncent des pratiques qu’ils jugent irrégulières dans la collecte des taxes journalières. Selon eux, certains agents municipaux exigeraient des montants largement supérieurs aux tarifs officiels, sans délivrance de reçu.

Si ces faits étaient avérés, ils poseraient un double problème : un manque à gagner pour les finances publiques, et une pression financière supplémentaire pour des acteurs déjà fragilisés. Ces allégations, qui restent à vérifier, alimentent toutefois un climat de méfiance croissant entre les commerçants et l’administration municipale.

Une question plus large : gouverner l’informel

Au-delà du cas de Mont-Bouët, l’affaire révèle un défi structurel pour le Gabon : comment réguler efficacement le commerce informel sans compromettre sa survie ?

D’un côté, les autorités invoquent la nécessité d’organiser les espaces urbains, de garantir la sécurité et de lutter contre l’anarchie commerciale.
De l’autre, des milliers de familles dépendent directement de ces activités pour vivre.

Le dilemme est réel : trop de rigidité peut asphyxier le secteur, trop de souplesse peut fragiliser l’autorité publique.

Vers une escalade ?

Face à ce qu’ils considèrent comme une impasse, les syndicats n’excluent plus de durcir le ton. Des actions de protestation sont évoquées, tout comme la possibilité de porter le dossier au plus haut niveau de l’État, notamment auprès du Chef de l’Etat

Une évolution qui transformerait un conflit local en dossier politique national.

Mont-Bouët, miroir des tensions sociales

Ce qui se joue aujourd’hui à Mont-Bouët dépasse largement la question des horaires. Le marché devient le symbole d’un débat plus profond sur la gouvernance économique, la justice sociale et la place du secteur informel dans le Gabon d’aujourd’hui.

Entre impératif d’ordre public et nécessité de survie économique, l’équilibre reste fragile. Et dans les allées du marché, une question revient avec insistance : peut-on réglementer sans étouffer ?

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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