Economie

CEMAC sous pression : le FMI alerte sur une dérive à haut risque

Libreville, Samedi 11 Avril 2026 (Infos Gabon) – À quelques jours des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) à Washington, une note confidentielle jette une lumière crue sur la situation économique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Derrière les discours officiels rassurants, le diagnostic est sans détour : la trajectoire budgétaire et monétaire de la sous-région se dégrade, et les marges de manœuvre se réduisent dangereusement.

Une discipline budgétaire en recul

Le constat du FMI est sévère. Un an après les engagements de rigueur pris par les chefs d’État de la Cemac, les efforts de consolidation semblent s’être dissipés. Les dépenses publiques restent élevées, alimentant des déficits en nette progression. Le déficit budgétaire régional a doublé, passant de 1,3 % en 2024 à 2,7 % en 2025, avec des perspectives encore plus préoccupantes pour 2026.

Au cœur de ces déséquilibres, plusieurs économies majeures comme le Gabon, le Cameroun ou le Congo sont pointées du doigt. Les cycles politiques récents, notamment les échéances électorales, ont contribué à une hausse des dépenses, au détriment des engagements de rigueur. Résultat : une crédibilité budgétaire fragilisée et des négociations avec le FMI devenues plus exigeantes.

Des réserves de change sous tension

L’alerte la plus préoccupante concerne les réserves de change, pilier de la stabilité du franc CFA. Celles-ci auraient chuté à 4,43 milliards d’euros fin 2025, bien en deçà de l’objectif régional fixé à 5,75 milliards. Dans le même temps, la couverture des importations s’établit à 4,25 mois, avec un risque de tomber sous le seuil critique dans les années à venir.

Si la Banque des États de l’Afrique centrale se veut rassurante en excluant toute dévaluation à court terme, le FMI adopte une lecture plus prudente. Sans mesures correctives rapides, la stabilité du régime de change pourrait être mise à l’épreuve à moyen terme, ravivant le souvenir sensible de la dévaluation de 1994.

Une dette qui inquiète et un système bancaire exposé

Face aux besoins de financement croissants, les États de la Cemac se tournent massivement vers le marché obligataire régional. En 2026, les émissions pourraient atteindre un niveau record de 4 000 milliards de francs CFA. Mais cette stratégie a un coût : les taux d’intérêt grimpent, atteignant jusqu’à 10 % pour certaines obligations.

Dans le même temps, l’appétit des investisseurs s’érode. Les taux de souscription reculent, tandis qu’une part importante des titres arrive à échéance à court terme. Cette pression se répercute sur les banques locales, de plus en plus exposées à la dette souveraine. Dans certains cas, les titres publics représentent désormais près d’un tiers de leurs actifs, faisant peser un risque systémique en cas de défaut.

Le Gabon, maillon fragile de la zone

Parmi les pays sous surveillance, le Gabon cristallise les inquiétudes. Le FMI exige des réformes concrètes avant tout nouveau financement : élargissement de l’assiette fiscale hors pétrole, réduction des subventions inefficaces, maîtrise de la masse salariale publique. En l’absence de mesures crédibles, le pays pourrait compromettre non seulement son propre programme, mais aussi ceux de ses voisins, notamment le Tchad et la République centrafricaine.

Dans une union monétaire où les économies sont étroitement liées, les défaillances d’un État deviennent rapidement un problème collectif. Le Gabon, en retard sur ses engagements, se retrouve ainsi au centre d’une équation régionale délicate.

Une urgence de réformes structurelles

Pour restaurer les équilibres, le FMI préconise des mesures classiques mais politiquement sensibles : diversification des recettes, lutte contre la corruption, meilleure gestion des dépenses publiques. L’institution va plus loin en évoquant une réforme de la gouvernance régionale, avec des mécanismes de sanctions contre les États ne respectant pas les règles communes.

Une telle évolution marquerait un tournant dans une zone historiquement attachée à la souveraineté nationale. Mais elle pourrait aussi constituer une réponse aux fragilités structurelles qui menacent la stabilité de l’ensemble.

Entre déni et réalité

À l’approche des discussions internationales, la Cemac se retrouve face à ses contradictions. D’un côté, une volonté d’afficher la stabilité et de préserver la confiance. De l’autre, des indicateurs qui signalent une dégradation progressive des fondamentaux.

L’alerte du FMI n’est pas anodine. Elle pose une question centrale : la sous-région est-elle prête à engager les réformes nécessaires pour éviter une crise plus profonde ? Car dans une économie mondialisée, l’inaction a un coût. Et pour la Cemac, ce coût pourrait rapidement dépasser le cadre budgétaire pour toucher au cœur même de sa stabilité monétaire.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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