Economie

Gabon : Moanda, le laboratoire d’un nouveau contrat entre mine, emploi et développement

Libreville, Lundi 27 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Longtemps, les territoires miniers africains ont incarné un paradoxe. Riches en ressources naturelles, ils peinaient pourtant à transformer cette richesse en prospérité durable pour leurs populations.

À Moanda, capitale gabonaise du manganèse, une nouvelle approche tente de rompre avec ce modèle. À travers un investissement global de 1,2 milliard de FCFA, l’État gabonais, les collectivités locales et Eramet-Comilog misent sur une stratégie où la responsabilité sociétale de l’entreprise devient un véritable levier de développement territorial. Entre assainissement urbain, entrepreneuriat et création d’emplois, cette initiative traduit une évolution profonde de la manière dont les bénéfices de l’activité minière peuvent être redistribués au profit des communautés locales.

Transformer la richesse minière en développement concret

L’esplanade de l’Hôtel de Ville de Moanda a accueilli samedi 25 juillet une cérémonie porteuse d’un message fort. Présidée par le gouverneur de la province du Haut-Ogooué, Jacques Denis Tsanga, elle a officialisé le lancement de deux programmes structurants financés par le Fonds RSE État gabonais – Eramet-Comilog.

Le premier concerne la mise en œuvre d’un vaste Programme d’Assainissement Intégré. Le second marque le lancement de la deuxième phase du dispositif « Un Taxi, Un Emploi, Un Avenir », développé en partenariat avec le Pôle National de Promotion de l’Emploi.

Au-delà des annonces, ces deux projets répondent à une même ambition. Faire de l’exploitation du manganèse un moteur de développement économique local plutôt qu’une simple activité extractive.

L’enveloppe de 1,2 milliard de FCFA illustre cette orientation. Près d’un milliard est consacré au programme d’assainissement, avec 675 millions de FCFA destinés aux prestations et à l’encadrement opérationnel pendant une année, auxquels s’ajoutent 325 millions de FCFA pour l’acquisition d’équipements destinés aux Groupements d’Intérêt Économique. Les 200 millions de FCFA restants financent l’achat de vingt nouveaux taxis remis aux bénéficiaires du programme d’insertion professionnelle.

Cette répartition témoigne d’une vision où les investissements sociaux sont pensés comme des outils de création de richesse durable.

L’emploi et l’entrepreneuriat au cœur de la stratégie

Le Programme d’Assainissement Intégré couvre l’ensemble des quartiers de Moanda répartis en cinq zones opérationnelles. Son intervention repose sur la pré-collecte des déchets ménagers, leur transport vers les centres de regroupement, le curage des caniveaux ainsi que l’entretien des espaces publics et des espaces verts.

Mais derrière l’amélioration du cadre de vie se cache une ambition économique beaucoup plus large. Le dispositif permettra la création de 125 emplois directs avec une priorité accordée au recrutement local. Dix Groupements d’Intérêt Économique bénéficieront d’un accompagnement technique, de formations en gouvernance, en gestion et en normes de sécurité afin de professionnaliser durablement leurs activités.

Lancement de la deuxième phase de l’opération un taxi, un avenir à Moanda

Les moyens matériels mobilisés illustrent cette volonté de structuration. Les bénéficiaires disposeront notamment de cent tricycles, soixante-dix bacs à ordures ménagères, trente bennes à déchets et soixante-dix brouettes destinés à renforcer leurs capacités opérationnelles. L’assainissement devient ainsi un secteur économique à part entière, capable de conjuguer salubrité publique, insertion professionnelle et développement entrepreneurial.

Cette même logique inspire le programme « Un Taxi, Un Emploi, Un Avenir ». Vingt nouveaux taxis ont été remis à dix-sept hommes et trois femmes issus des communautés riveraines de Moanda. Avec les vingt-et-un véhicules distribués lors de la première phase, le dispositif totalise désormais quarante-et-un emplois directs.

Son originalité réside dans son mécanisme de location-vente sur trois années. Les bénéficiaires exploitent leur véhicule tout en devenant progressivement propriétaires, après avoir bénéficié de formations en gestion, entrepreneuriat et maintenance.

Pour le maire de Moanda, Lebomo Estimé Pédox, cette initiative participe à la construction de collectivités locales plus performantes et plus attractives. Les bénéficiaires, représentés notamment par Rose Bivigou et Djanoyigua Sheila Chancelle, ont salué un programme qui offre une véritable perspective d’autonomisation économique.

Vers un nouveau modèle de responsabilité sociétale

Au-delà des chiffres, l’expérience de Moanda pose une question essentielle pour l’ensemble des économies africaines fondées sur les ressources naturelles. Comment faire en sorte que les richesses extraites du sous-sol produisent des bénéfices durables pour les territoires qui les accueillent ?

La réponse apportée par le partenariat entre l’État gabonais, les collectivités locales et Eramet-Comilog repose sur une approche intégrée. Les investissements ne financent plus uniquement des infrastructures ponctuelles. Ils visent à créer des emplois, accompagner des entrepreneurs, professionnaliser des acteurs locaux et améliorer durablement les services urbains.

Au total, les deux programmes annoncent cent quarante-cinq emplois directs, l’accompagnement de dix Groupements d’Intérêt Économique, des équipements modernes pour l’assainissement et un mécanisme innovant d’accès progressif à la propriété pour les chauffeurs de taxi.

Le véritable défi commencera toutefois après la phase de lancement. La pérennité des emplois créés, la viabilité économique des GIE, l’efficacité du dispositif de collecte des déchets et la capacité des bénéficiaires à devenir effectivement propriétaires de leurs véhicules constitueront les véritables indicateurs de réussite.

À Moanda, les 1,2 milliard de FCFA engagés représentent ainsi bien davantage qu’un investissement financier. Ils traduisent l’émergence d’une nouvelle conception de la responsabilité sociétale où la richesse minière n’est plus seulement extraite du sol, mais progressivement réinvestie dans le capital humain, l’économie locale et la qualité de vie. Si cette dynamique produit les résultats attendus, elle pourrait devenir une référence pour d’autres territoires miniers africains en quête d’un développement plus inclusif et plus durable.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : Le réalisme industriel avant la souveraineté

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *