Environnement

Au Gabon, les forêts sous contrôle

Libreville, Samedi 25 avril 2026 (infos Gabon) – Au Gabon, les 100 premiers jours du ministère des Eaux et Forêts dessinent une stratégie entre protection, régulation et réalités locales.

Une politique forestière sous pression

Dans un pays où la forêt n’est pas seulement un patrimoine, mais un pilier économique et écologique, les premiers actes d’un ministère sont scrutés comme un indicateur de cap. Au Gabon, le bilan des cent (100) premiers jours du département des Eaux et Forêts, présenté par le ministre Maurice Ntossui Allogho, révèle une orientation claire : faire de la gestion durable des ressources naturelles l’axe central de l’action publique.

Face au vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, le ministre a défendu une approche qui se veut à la fois rigoureuse sur le plan environnemental et pragmatique face aux tensions croissantes entre l’homme et la faune.

Gouvernance forestière : un changement de méthode

Au cœur de cette feuille de route, un mot revient avec insistance : gouvernance. L’objectif affiché est de renforcer les mécanismes d’encadrement de l’exploitation forestière, afin de garantir une utilisation plus responsable des ressources.

Dans un contexte international où les exigences environnementales se durcissent, le Gabon cherche à consolider son image de modèle en matière de gestion durable. Cela passe par une meilleure traçabilité, un contrôle accru des activités et une adaptation aux normes globales.

Mais derrière ces ambitions, une question persiste : comment concilier exploitation économique et préservation d’un écosystème aussi stratégique que fragile ?

Le conflit homme-faune au cœur des priorités

Si la politique forestière se joue souvent à grande échelle, ses effets se mesurent d’abord sur le terrain. Et sur ce terrain, les tensions entre populations et faune sauvage restent une réalité quotidienne.

Le ministère a ainsi accéléré les procédures d’indemnisation des victimes de conflits homme-faune, avec des paiements annoncés comme imminents. Une réponse attendue depuis longtemps par les communautés rurales, souvent en première ligne face aux incursions d’animaux. Cette démarche traduit une reconnaissance : la protection de la biodiversité ne peut être durable sans justice sociale.

Sécuriser sans rompre l’équilibre

Autre mesure phare : le déploiement de clôtures électriques dans les zones les plus exposées. L’objectif est clair : limiter les intrusions d’animaux sauvages dans les zones habitées ou agricoles.

Une solution technique, certes, mais qui pose aussi des questions. Jusqu’où faut-il aller pour séparer l’homme de la nature ? Ces dispositifs peuvent-ils réellement résoudre un problème structurel ou ne font-ils que le déplacer ? Car derrière ces installations, c’est toute la question de la cohabitation qui est posée.

Entre ambition écologique et réalités locales

Le Gabon revendique une place de leader dans la lutte contre le changement climatique, notamment grâce à ses vastes forêts, véritables puits de carbone. Mais cette ambition se heurte à des défis concrets : pression démographique, besoins économiques et attentes sociales.

Le bilan des 100 jours montre une volonté d’agir, mais aussi les limites d’un exercice d’équilibre permanent. Protéger sans exclure, exploiter sans détruire, moderniser sans marginaliser.

Une stratégie à l’épreuve du temps

Ces premières mesures posent les bases d’une politique structurée. Mais elles ne constituent qu’un début. La réussite de cette stratégie dépendra de sa mise en œuvre sur la durée, de son appropriation par les acteurs locaux et de sa capacité à produire des résultats visibles.

Car en matière environnementale, les annonces ne suffisent pas. Ce sont les impacts concrets qui font la différence.

Le test de la crédibilité

En plaçant la gestion durable au centre de son action, le ministère des Eaux et Forêts engage la crédibilité du Gabon sur la scène internationale comme au niveau national.

Mais une question demeure : ces 100 jours marquent-ils le début d’une transformation profonde ou simplement une phase d’intentions bien calibrées ? Le pays peut-il réellement devenir un modèle de cohabitation entre développement et conservation ? Et surtout, les populations concernées verront-elles leur quotidien s’améliorer durablement ?

Dans la forêt gabonaise, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Il est politique, économique et profondément humain.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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