Environnement

Gabon : les gardes forestiers changent de statut

Libreville, Jeudi 7 Mai 2026 (Infos Gabon) – À l’Assemblée nationale, une réforme clé redéfinit le rôle des agents des Eaux et Forêts. Derrière ce texte technique, une mutation profonde : faire de la protection de l’environnement un enjeu de sécurité stratégique.

Une réforme au croisement de l’écologie et de la sécurité

À Libreville, le débat parlementaire sur le statut des personnels des Eaux et Forêts révèle une évolution majeure de l’action publique. Auditionné par les députés, le ministre des eaux et forêts, Maurice Ntossui Allogo, a défendu un projet de loi visant à ratifier l’ordonnance n°008/PR/2025, consacrée au statut particulier des agents paramilitaires de son ministère.

Présidée par Blaise Louembe, la séance a mis en lumière un constat partagé. La protection des ressources naturelles ne peut plus être dissociée des enjeux de sécurité nationale.

Un terrain de plus en plus hostile

Le diagnostic est sans appel. Sur le terrain, les agents font face à une intensification des menaces : braconnage structuré, exploitation illégale du bois, trafic d’espèces protégées, mais aussi conflits croissants entre populations et faune sauvage. Dans ce contexte, le cadre juridique existant apparaît inadapté.

Pour Maurice Ntossui Allogo, il est urgent d’aligner les moyens des agents sur la réalité de leurs missions. Il faut « donner aux personnels des moyens adaptés pour assurer efficacement la protection des écosystèmes et la sécurité des populations », a(t(il expliqué.

Le virage paramilitaire

La réforme propose un renforcement assumé du caractère paramilitaire du corps des Eaux et Forêts. Ce choix traduit une inflexion stratégique, celle de considérer les agents non plus comme de simples administrateurs de l’environnement, mais comme des acteurs opérationnels, engagés dans des missions à haut risque.

Formation, équipements, capacité d’intervention, l’objectif est, selon lui, de doter ce corps des outils nécessaires pour faire face à des réseaux souvent organisés et transnationaux.

Une reconnaissance attendue des agents

Au-delà de l’aspect sécuritaire, les parlementaires ont insisté sur la dimension humaine. Exposés à des conditions de travail difficiles, les agents des Eaux et Forêts souffrent d’un déficit de protection sociale et de reconnaissance institutionnelle.

La réforme entend corriger ces déséquilibres, en améliorant la gestion des ressources humaines et les dispositifs de couverture sociale. Un point crucial pour renforcer la motivation et la stabilité des effectifs.

Coordination : le défi de l’efficacité

Autre enjeu central soulevé lors des échanges, c’est la coordination des acteurs. L’intégration des écogardes de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) et la collaboration avec les forces de défense et de sécurité apparaissent comme des leviers indispensables.

Dans un environnement où les menaces sont hybrides, la réponse ne peut être que collective.

Un enjeu stratégique pour le Gabon

Pour les députés, la portée de cette réforme dépasse largement le cadre sectoriel. Dans un pays comme le Gabon, où la forêt constitue un atout économique et écologique majeur, la capacité à protéger les ressources naturelles est un facteur de souveraineté.

Elle conditionne aussi l’accès à des marchés internationaux, notamment liés au bois ou aux crédits carbone.

Entre ambition législative et réalité du terrain

Si le texte marque une avancée significative, sa réussite dépendra de sa mise en œuvre. Car au-delà des lois, c’est sur le terrain que se joue la crédibilité de la réforme : formation des agents, disponibilité des équipements, coordination effective des services.

Sans ces conditions, le risque est de voir une réforme ambitieuse rester lettre morte.

L’environnement, nouveau front stratégique

En défendant ce projet, Maurice Ntossui Allogo inscrit clairement l’environnement dans le champ des priorités régaliennes.

Au Gabon, protéger la forêt n’est plus seulement une mission écologique, c’est désormais un acte de souveraineté. Et à travers cette réforme, l’État envoie un signal clair, celui d’une montée en puissance face aux défis environnementaux du XXIe siècle.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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