Economie

Crédit bancaire : pourquoi les députés ont bloqué la réforme

Libreville, Vendredi 15 Mai 2026 (Infos Gabon) – L’Assemblée nationale freine un texte jugé incompatible avec les règles de la CEMAC.

Le rejet du projet de loi sur l’activité de crédit par l’Assemblée nationale gabonaise marque un sérieux revers pour le gouvernement dans sa volonté de réorganiser le secteur bancaire et de la microfinance. Le 8 mai 2026, les députés ont opposé un refus clair à ce texte pourtant présenté comme un instrument clé de lutte contre les dérives financières et de protection des emprunteurs les plus vulnérables.

Derrière ce vote, un message politique et institutionnel fort : les parlementaires estiment que certaines dispositions du projet risquaient d’entrer en contradiction avec les nouvelles réglementations communautaires de la CEMAC, notamment celles encadrées par la COBAC, l’autorité de supervision bancaire en Afrique centrale.

Un rejet qui ne vise pas Thierry Minko

Dans l’opinion publique, certains ont rapidement tenté d’associer cet échec au ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Minko. Pourtant, les autorités insistent sur un point essentiel : ce texte ne correspondait pas à une prétendue « Loi Minko ».

Le projet rejeté avait été adopté en Conseil des ministres dès le 23 octobre 2025 et concernait exclusivement l’encadrement technique de l’activité de crédit dans les secteurs bancaire et de la microfinance. Son objectif était de répondre aux nombreuses faiblesses identifiées dans le système financier gabonais.

Le gouvernement voulait notamment instaurer des mécanismes plus stricts contre les impayés, harmoniser les procédures de recouvrement, limiter les pratiques abusives et renforcer la transparence sur les coûts réels des crédits accordés aux clients.

La CEMAC au cœur du blocage

La principale objection des députés repose sur le règlement communautaire adopté par la CEMAC le 19 décembre 2025. Ce dispositif régional prévoit déjà des mécanismes de mise à l’index des mauvais payeurs auprès de la COBAC.

Pour les parlementaires, le texte gabonais risquait donc de créer une superposition de normes ou des contradictions juridiques entre les règles nationales et communautaires. En d’autres termes, l’Assemblée nationale a estimé qu’il était dangereux de légiférer sans garantir une parfaite compatibilité avec le droit sous-régional.

Ce refus révèle aussi une réalité plus profonde : dans les États membres de la CEMAC, les politiques financières nationales disposent désormais d’une marge de manœuvre plus limitée face aux réglementations communautaires de plus en plus structurantes.

Une réforme pourtant jugée nécessaire

Le rejet du texte ne signifie pas pour autant que les problèmes du secteur ont disparu. Au contraire, les difficultés dénoncées par le gouvernement restent bien réelles : explosion des impayés, taux d’intérêt parfois jugés excessifs, manque de transparence dans les contrats de crédit et prolifération désordonnée des établissements de microfinance.

Dans plusieurs localités du pays, de nombreux ménages continuent d’accéder au financement dans des conditions particulièrement fragiles, parfois sans véritable protection juridique face aux pratiques abusives.

Le gouvernement défendait donc cette réforme comme un outil de souveraineté économique capable de mieux protéger les populations tout en stabilisant le financement de l’économie nationale en monnaie locale.

Un nouveau bras de fer institutionnel en perspective

En rejetant ce projet de loi, l’Assemblée nationale oblige désormais le gouvernement à revoir sa copie. Un travail de concertation avec les institutions communautaires et les parlementaires semble désormais inévitable pour éviter un blocage durable des réformes financières.

Le défi est stratégique : comment renforcer la régulation du crédit et protéger les emprunteurs sans entrer en collision avec les règles de la CEMAC ?

Car derrière ce vote parlementaire se joue une question centrale pour le Gabon et toute l’Afrique centrale : celle de l’équilibre entre souveraineté nationale, intégration régionale et protection des populations face aux fragilités du système financier.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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