Université Omar Bongo : le spectre d’une nouvelle crise universitaire
Libreville, Jeudi 14 Mai 2026 (Infos Gabon) – Le gouvernement tente d’éviter une paralysie avant les examens dans la principale Université du pays.
À quelques jours des examens de fin d’année académique, l’Université Omar Bongo (UOB) replonge dans une zone de fortes turbulences. Menaces de grève, revendications salariales, tensions budgétaires et inquiétudes des étudiants, le climat s’est brutalement tendu au sein du principal établissement universitaire du Gabon.
Face au risque d’une paralysie du campus, le ministre de l’Enseignement supérieur, le professeur Charles-Edgar Mombo, s’est rendu mercredi à l’UOB pour tenter de désamorcer une crise susceptible de compromettre toute la fin de l’année universitaire 2025-2026.
À l’origine du bras de fer, le Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC) et la Force de réflexion et d’action pour l’enseignement supérieur (FRAPES), qui dénoncent le non-paiement des vacations et primes dues aux enseignants pour les années académiques 2024-2025 et 2025-2026. Les syndicats avaient menacé de déclencher une grève à compter du 11 mai, faisant planer la perspective d’une interruption des cours et d’un report des évaluations.
Des enseignants à bout de patience
Devant les enseignants réunis sur le campus, le ministre a reconnu les difficultés rencontrées par les personnels universitaires, tout en expliquant que les paiements restaient suspendus à un audit général actuellement mené dans l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur du pays.
Selon Charles-Edgar Mombo, le dossier se trouve désormais entre les mains du ministère du Budget avant une validation finale par le président de la République. Une procédure administrative qui, aux yeux des syndicats, ne justifie plus les retards accumulés.
« Je ne peux pas aller à l’encontre des instructions du président de la République », a rappelé le ministre, tout en appelant à la responsabilité collective afin d’éviter une crise majeure dans une université qui n’avait plus connu de mouvements sociaux d’ampleur depuis près de trois ans.
Mais derrière les revendications financières se cache une exaspération plus profonde. Les enseignants réclament également le règlement des vacations de l’année académique 2022-2023, signe que les arriérés s’accumulent depuis plusieurs exercices budgétaires.
Le risque d’un blocage national
La situation dépasse largement le simple cadre de l’UOB. L’Université Omar Bongo concentre une part importante des étudiants du pays et demeure le principal symbole de l’enseignement supérieur gabonais. Une paralysie prolongée aurait des conséquences directes sur des milliers d’étudiants déjà fragilisés par les perturbations académiques récurrentes observées ces dernières années.
Conscients de cet enjeu, les responsables syndicaux ont finalement accepté d’ouvrir une phase de concertation. Conduits par le professeur Mathurin Ovono Ebe, ils ont proposé une reprise des cours le 18 mai 2026, mais à une condition : l’effectivité des paiements réclamés.
Une assemblée générale est désormais prévue le 19 mai afin d’évaluer l’évolution des négociations. En l’absence d’avancées concrètes, les syndicats menacent de relancer immédiatement le mouvement de grève.
Une crise révélatrice des fragilités universitaires
Au cours des échanges, le recteur de l’UOB a tenté de justifier les retards en expliquant que chaque année académique obéit à une programmation budgétaire spécifique, rendant impossible le transfert de crédits d’un exercice à un autre. Une explication technique qui illustre surtout les limites structurelles du financement universitaire au Gabon.
Car cette nouvelle tension met en lumière des difficultés plus profondes. L’on note la dépendance aux arbitrages budgétaires, les lenteurs administratives, l’accumulation des dettes sociales et la fragilité du financement de l’enseignement supérieur public.
Au-delà du conflit actuel, c’est donc toute la question de la stabilité du système universitaire gabonais qui se trouve posée. Le compromis provisoire obtenu par le ministre permet momentanément d’éviter une rupture immédiate, mais il ne règle pas le problème de fond.
L’Université Omar Bongo se retrouve ainsi à un tournant sensible. Celui de préserver l’année académique tout en répondant à des revendications devenues, pour de nombreux enseignants, une question de crédibilité de l’État et de survie professionnelle.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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